
J'étais dans notre beau Sahara, contemplant le lever du soleil, aussi spectaculaire que son coucher, moins la pointe de nostalgie. Et quand la lueur naissante fit place à une douce radiation lumineuse puis enfin à l'aurore, dans un decrescendo de rouges, d'oranges et de mauves, je découvris avec horreur que les dunes étaient devenues grises. Totalement grises à perte d'horizon. En me rapprochant, il m'apparut qu'elles avaient été entièrement recouvertes de béton. Elles avaient gardé leur forme mais, sous la chape meurtrière, elles avaient perdu la soierie de leur grain, l'élégance de leur mouvement immobile et les nuances de leurs couleurs. Elles avaient perdu toute âme. Je me souviens que je fis l'effort de réfléchir, me demandant ce qui avait bien pu justifier un tel massacre et un tel gaspillage. Avait-on voulu fixer les dunes pour stopper la désertification ' Voulait-on les rendre carrossables ' D'effroi, je me réveillais.J'allais d'abord vers ma bibliothèque pour y consulter L'interprétation des rêves du seul Sigmund célèbre et Le Livre secret des rêves de Cheikh Abou Hend. Mais, les ayant lus, je savais qu'ils professaient ? rare point où ils ne divergent pas ? que toute activité onirique, agréable ou détestable, prend source dans la vie réelle. Je me rendis compte alors qu'en roulant à Alger, mes yeux avaient machinalement enregistré une image : le recouvrement total par du béton de la falaise sur laquelle se situe le cimetière d'El Madania où repose notamment le maître du chaâbi, Hadj Guerrouabi. Objectif apparent : rouvrir à la circulation le pont fermé pour cause de chutes de pierres. Voilà, semble-t-il, que le même traitement va être infligé, plus haut, à la montée vers Riad El Feth pour étouffer le mur naturel de calcaire et ses aloès d'origine. Et, dans la descente entre le pont d'Hydra et Bir Mourad Raïs, le même béton projeté a commencé à envahir les abords droits de la route. Des chantiers sans panneaux ni informations pour citoyens indignes de savoir et de dire mot sur leur cadre de vie.Alors que çà et là on constate des efforts d'embellissement végétal et floral, que signifie cette technique jamais encore pratiquée dans le monde, à ma connaissance ' Imaginez que toutes les percées et parois naturelles d'Alger, et il en existe plusieurs qui font aussi la personnalité et le charme de la ville, soient enterrées sous ce béton monstrueux et agressif. Déjà que la Mitidja, le littoral et tant d'endroits de notre (belle) Algérie se trouvent noyés et défigurés par ce matériau. Certes, il y a tant à construire. Mais cela doit-il se faire contre la nature ' Quand donc cessera l'alliance du béton et de la bêtise qui fonde l'entreprise d'enlaidissement systématique du pays ' Pourtant, nombre de décideurs, de retour de voyage, ne manquent pas dans leur intimité ? et avec poésie parfois ? de louer la beauté et l'harmonie des villes étrangères qu'ils ont visitées !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ameziane Farhani
Source : www.elwatan.com