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Frontières fermées pour 3 millions de vacanciers algériens



9 429 000 touristes, toutes nationalités confondues, ont fait le voyage de Tunisie l'année dernière. Si les hautes autorités tunisiennes brandissent ce chiffre comme un trophée pour lequel elles ont ?uvré depuis quelque temps ? à contre-courant d'une crise économique qui va s'aggravant doublée d'une situation sécuritaire précaire ? elles avaient bien des raisons d'espérer une sortie du tunnel.Ce résultat obtenu pour l'année 2019 est le fruit d'une campagne médiatico-publicitaire agressive dont les Tunisiens ont le secret. Sa pertinence c'est tout simplement le retour progressif des vacanciers occidentaux sous l'impulsion de tours?opérateurs tout heureux de réinvestir un marché qui offre de nombreux avantages tant au plan de l'accueil que des prix.
En dépit de troubles sociaux récurrents, la menace permanente d'attentats terroristes ? en plein c?ur de la capitale Tunis (attaque du Bardot) en 2015 et celle de Sousse la même année, les professionnels du secteur voulaient tourner la page et faire mieux en cette année 2020 défendant bec et ongles la destination Tunisie qui jouit d'une longue tradition et d'une crédibilité incontestée.
Français, Russes, Allemands, Britanniques, Italiens, etc. étaient attendus. Il était espéré une présence massive en dépit des blocages psychologiques liés à la peur des attentats. Foued El Oued, représentant de l'Office national du tourisme tunisien (ONTT) à Alger, abonde dans ce sens et avance le chiffre de 369.490 entrées entre le 1er janvier et le 10 mars. De quoi croire à des lendemains qui chantent grâce aux 6,7% d'augmentation du flux touristique durant la même période de l'année écoulée.
La crise sanitaire, toutefois, va anéantir les espoirs. Le 17 mars toutes les frontières seront fermées. Un vent de désolation va souffler sur les places fortes des circuits touristiques aujourd'hui désormais désertées. Le Covid-19 va tuer le tourisme tunisien pour cette année, de quoi faire le deuil de tant d'espoirs de relance. Très vite, les autorités tunisiennes vont prendre la mesure de ce fléau mortel à plus d'un titre. En Tunisie, la question est lancinante, il faut sauver l'année touristique. Coûte que coûte ! Le système sanitaire mis à contribution est soumis à rude épreuve, d'emblée il semble donner des résultats. Des pays du Maghreb, la Tunisie apparaît comme le pays qui est en passe de juguler la pandémie qui la frappe de plein fouet. Tout le bien qu'on dit sur le système santé tunisien semble se confirmer. Mais après une courte période d'accalmie, les contaminations reprennent de plus belle.
Le déconfinement étalé sur trois phases, du 4 mai au 14 juin, paraissait précipité et sans impact réel. C'est à peine si l'on enregistre un timide retour des voyagistes qui avaient annulé en cascade leurs réservations : quelques Hongrois, Tchèques, Luxembourgeois. Le directeur de l'ONTT d'Alger veut malgré tout croire à une embellie lorsque qu'il nous affirme qu'avant mars, l'on a enregistré 1.221.271 entrées, soit, dit-il, une augmentation de 7,8% pour la même période en 2019. Voire... Et comme pour ne pas céder aux coups du sort, les autorités tunisiennes prennent le risque d'ordonner la réouverture des frontières tant terrestres, maritimes et aériennes dès le 27 juin, la réouverture progressive des hôtels ayant commencé le 4 du même mois. Des mesures d'accompagnement strictes ont été transmises par l'ONTT aux différents opérateurs dont les hôtels, les musées, restaurants dédiés aux touristes. Justement, l'instance supérieure du tourisme tunisien a élaboré un manuel intitulé « Protocole sanitaire pour le tourisme tunisien anti-Covid-19 ». Sont destinataires et tenus à l'appliquer tous les opérateurs du tourisme.
À grands traits, il s'agit de « précautions et mesures d'hygiène à respecter lors de l'accueil et transfert des clients » ; « l'établissement d'hébergement touristique » ? pas plus de 50% de l'espace de l'hôtel ; « les précautions et les mesures de prévention dans les restaurants touristiques ».
Foued El Oued avoue malgré tout que, pour l'avenir, la visibilité est au degré zéro. Si le tourisme interne tente tant bien que mal de remplir le vide, cela reste un pis-aller. Qu'on en juge, bon an mal an, il frôle tout juste le 1,5 million. De plus, ce n'est pas tous les Tunisiens qui peuvent se payer de telles villégiatures à l'heure où la contestation sociale contre les difficultés de la vie occupent l'espace public. On recourt donc aux frères algériens qui ont institué une tradition : le sauvetage chaque de l'année touristique depuis déjà l'époque du régime de Ben Ali. Ce sont pas moins de 3 200 000 visiteurs que projetaient d'accueillir sur leur sol les Tunisiens. Ces prévisions se sont avérées être un mirage.
En effet, si des mesures draconiennes en matière de respect des mesures d'hygiène et de sécurité sanitaire contre le Covid-19 accompagneront le visiteur depuis son arrivée jusqu'à sa sortie du territoire, les espoirs étaient grands jusqu'à cette date du mois de mars. Il n'empêche que pour tous ceux qui seront tentés de franchir le Rubicon, ils devront obtempérer à une foule de consignes dans leur lieu de résidence et au dehors. C'est dire qu'à l'ombre du coronavirus, l'année touristique restera unique dans les annales tunisiennes. Autant de contraintes et de désagréments risquent-ils de décourager les plus téméraires des Algériens ' Pour l'heure, les frontières, côté algérien, restent fermées.
Le ministre des Transports vient de le rappeler, en dépit des assurances des autorités du pays voisin. Il a écarté cette éventualité dans les conditions sanitaires actuelles. «Lorsque la situation sera maîtrisée à 100%, nous allons pouvoir parler de la réouverture des frontières.
À l'heure actuelle, nous devons lutter contre cette pandémie», a-t-il souligné. Voilà qui est on ne peut plus clair pour tous ceux ? des deux côtés ? qui étaient suspendus à la décision de réouverture de la frontière de l'Est. 95% des entrées en provenance d'Algérie se font par route. Les interminables files d'attente aux postes frontières sont là pour le confirmer. Mais, à croire Foued El Oued, le rush estival est trompeur car l'engouement des touristes algériens pour la destination Tunisie est plus marqué en basse saison.
En effet, le plus fort afflux serait enregistré en décembre, mois des fêtes de fin d'année. Pour les Tunisiens, le marché algérien est le plus porteur, c'est pourquoi l'ONTT a ouvert une représentation à Alger, l'unique en Afrique, nous dit-on ! Terrorisme, Covid-19, de sérieux handicaps pour les touristes. Pas pour les Algériens que rien ne rebute dans les situations particulières ' Nous l'avons vu lorsqu'il s'était agi de se solidariser avec la Tunisie à la suite des attentats terroristes de 2015. Et c'est pourquoi ils s'estiment en droit d'attendre en retour un meilleur accueil et plus de considération sur le sol tunisien, au moins comme pour tous les autres touristes dans leur séjour à la recherche de repos et de décontraction. Une question qui, visiblement, agace le directeur de la représentation tunisienne à Alger, il veut mettre les désagréments vécus par certaines familles algériennes sur le compte de comportements individuels qui avantagent les « yeux bleus ».
La spéculation de certains voyagistes est aussi pour beaucoup dans les problèmes survenus dans les réservations dans les hôtels, selon notre interlocuteur. À l'évidence, la situation induite par la pandémie Covid-19 est vécue dans la douleur. C'est le degré zéro de la destination Tunisie...
Brahim Taouchichet
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