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FRANTZ FANON. IL Y A CINQUANTE ANS, LE 6 DECEMBRE 1961, DECEDAIT LE THEORICIEN DE LA REVOLUTION ALGERIENNE Il avait 36 ans...



Cinquante ans après sa mort, retenons que l'auteur du remarquable Peau noire et masque blanc fut l'un des rares dirigeants du FLN à avoir tenté de théoriser la guerre de libération nationale à travers deux livres - Les Damnés de la terre et L'An V de la révolution algérienne et des articles et éditoriaux dans El Moudjahid . Et qu'il avait pris conscience sans doute bien avant de nombreux dirigeants nationalistes que la guerre de libération nationale dépassait le cadre de l'Algérie et du Maghreb et se gagnait aussi en Afrique en isolant le colonialisme français.
Ceux, en effet, qui avaient pris l'initiative de déclencher la guerre de libération contre ce qui constituait le noyau dur de la colonisation française - l'Algérie coloniale - n'en ont pris conscience que tardivement (1). C'est en Tunisie, en 1957, comme cadre actif du FLN et l'un des membres de la rédaction d' El Moudjahid, que Fanon fait partie de ceux qui comprennent que la guerre de libération algérienne va accélérer le processus de la décolonisation de l'Afrique sub-saharienne et inversement. Il fera alors naturellement partie de la délégation du FLN à la première conférence de l'Union des peuples africains à Accra au Ghana, aux côtés d'Ahmed Boumendjel et Chawki Mostefaï. Outre le Ghanéen Kwame N'Krumah et le Malien Mobido Keita, il connaissait bien le Camerounais Felix Moumié et le Congolais Patrice Lumumba avec qui il s'était lié d'amitié, avant que tous deux ne soient assassinés. Les rencontres avec les dirigeants des mouvements de libération africains se poursuivirent à Tunis où, en janvier 1960, se tiendra la deuxième conférence de l'Union des peuples africains à laquelle il prendra une part décisive en tant que représentant du FLN. Et c'est à Tunis, où il dénonce les «visages camouflés de la domination coloniale», qualifiant l'Ivoirien Houphouët Boigny d'«empereur délégué de l'ancienne métropole», qu'il lance l'idée d'un corps de volontaires africains pour se battre aux côtés des Algériens, tout en activant à l'émergence de foyers d'insurrection à travers toute l'Afrique pour venir à bout de la domination coloniale. Nommé ambassadeur du FLN à Accra, Fanon continue à croire en une révolution africaine tout en mettant en garde contre la montée de ces bourgeoisies prêtes à s'allier à l'ancien colonisateur français ou britannique. Proche des officiers de l'ALN (Armée de libération nationale), dont le chef, le colonel Houari Boumediène, l'invitera à animer des conférences-débats avec ses officiers, il se voit confier une mission : ouvrir un troisième front armé à la frontière algérienne au Nord Mali. Une tâche dont Fanon s'acquittera alors qu'il était déjà rongé par la leucémie. Hospitalisé aux Etats-Unis, il décède le 6 décembre 1961, moins de trois mois avant le cessez-le-feu. Quand son corps est transféré en Tunisie, le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) décide alors de respecter son vœu : être enterré en Algérie. Une unité combattante de l'ALN achemine la dépouille de Fanon pour l'inhumer en Algérie, à Aïn Kerma, dans la région d'El Tarf.
H. Z.
(1) Cet article emprunte aux livres d'Alice Cherki, Fanon, portrait (Editions du Seuil. 2000), L'Algérie en armes de Slimane Cheikh (Editions OPU, Alger. 1981) et Frantz Fanon, Pour la Révolution africaine et L'an V de la révolution algérienne (Editions Maspéro).
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