Au tribunal, madame a été relaxée. Elle n'a ni menacé, ni insulté, ni Sidi Zekri!
Maître Mohammed Djediat était arrivé tôt à la cour d'Alger chez Aït Akacha, le sobre président de la chambre correctionnelle d'Alger, chez qui il croyait plaider son dossier de menaces de mort et d'insultes venant de Sidi M'hamed (Alger) où la relaxe avait été accordée à la cliente de l'avocat de la rue Patrice-Lumumba.
Effectivement, ce n'est que vers onze heures que le plaideur brun venait d'apprendre qu'il devait changer d'étage et de chambre car l'affaire avait été confiée à la joviale Fazia Aït Mesbah, cette présidente à l'excellente réputation de juge honnête, compétente et courageuse. Ces trois qualificatifs que Aït Mesbah balaie du revers de la main avec ce commentaire éloquent: «Depuis le temps que j'écoute les justiciables, je ne me suis jamais regardée dans la glace pour vérifier si j'étais honnête, compétente et courageuse. Je ne suis sûre que d'une chose: mes parents m'ont bien éduquée. Cela me suffit et j'en tire toute ma fierté de mère de famille qui ne fait que son boulot sans rien attendre de personne!» Ce commentaire de cette admirable magistrate bien assise nous renvoie à l'affaire du jour: voilà une dame mariée hors d'Alger à des centaines de kilomè-tres au Sud avec un polygame qui lui a accordé un congé chez ses parents. Et aux yeux de son frangin, ce congé a pris de l'électricité et beaucoup de temps:
«Ton mari ne te manque donc pas' Que fais-tu donc ici à Alger'» avait tonné le frangin qui prit mal la réplique de la cadette:
«Je suis dans le domicile paternel. Ce n'est pas uniquement ton bien. Cela ne te regarde pas si mon époux me manque ou pas!»
Evidemment, ces échanges vifs deviennent tranchants. Les mots s'enchaînent et forment par la suite des maux. L'incident donne naissance à d'autres. C'est la guéguerre puis la guerre carrément et les ennuis, de gros ennuis! Ça chauffe au Mouradia. Les voisins entendent tout mais se terrent chez eux, évitant de se mêler de ce qui ne les regarde pas. Les murmures deviennent des sons. Le brouhaha devient du bruit. Le bruit devient un assemblage de cris, d'interjections et puis hop! Le frangin prend acte de ce qu'il considère comme des menaces de mort et d'insultes de la part de sa soeur dont le mari apprend les faits et prend fait et cause pour sa douce moitié. «Prends un avocat et défends-toi!» siffle l'époux touché dans son amour-propre surtout qu'il s'était renseigné autour des articles...
Et les peines encourues et des peines d'emprisonnement ferme, SVP, c'est le hallali, le branle-bas et la course pour battre et abattre l'autre partie. Entre-temps, les membres des deux familles ont eu vent de ces histoires que personne n'a voulu. Pour les uns, c'est un accident de parcours. Pour les autres, c'est un complot ourdi pour priver les uns aux dépens des autres. Même si tout cela paraît abstrait, il y a le concret. Et le concret, c'est la justice qui est interpellée. En première instance, la juge tranche: la dame est relaxée faute de preuves et de témoins. En appel, Maître Djediat oublie Sidi M'hamed et...re... plaide comme devant le tribunal car si là-bas, entre les rues Abane-Ramdane et de la Liberté cela a payé, il n'y a aucune raison pour que devant l'impériale Aït Mesbah, cela soit autre.
Et l'avocat de mettre l'accent surtout sur les mots et autres seules déclarations balancées en l'absence de toutes les preuves que la justice exige: «Madame la présidente, je vous laisse le soin d'apprécier au moins, les excellents attendus du jugement. Le reste ne reste qu'au stade du bavardage. Et un bavardage qui ne profite qu'à celui qui le propage çà et là faisant le plaisir des amateurs de ragots.»
La présidente félicite le défenseur pour la brièveté et l'efficacité de la plaidoirie, prend note du dernier mot que la loi accorde au prévenu et décide sur le siège de confirmer la relaxe de madame, heureuse comme si c'était un jour de fête! Noté, M'dam!
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abdellatif TOUALBIA
Source : www.lexpressiondz.com