Pour la troisième nuit consécutive, des incidents ont éclaté, tard dans
la nuit de jeudi, à Firminy, dans la banlieue de Saint Etienne en France, où
des incendies volontaires ont détruit des commerces et des véhicules. Selon des
organes et des agences de presse françaises, les violences ont commencé vers
23h00, au moment où se dispersaient les deux cents personnes rassemblées pour
un sit-in au pied de l'immeuble de la famille Benmouna, dont le fils de 21 ans
est mort lundi en garde à vue.
Le jeune homme, d'origine algérienne, a été retrouvé pendu dans la
cellule d'un commissariat où il avait été placé, lundi, en garde à vue pour une
affaire de tentative d'extorsion de fonds, selon le procureur de Saint-Etienne
Jacques Pin. Les proches, amis et habitants du quartier s'étaient réunis autour
de la famille pour évoquer l'organisation d'une marche en son honneur. Des
jeunes habitants ont lancé des pierres sur les forces de l'ordre qui ont
ensuite répliqué en faisant usage de gaz lacrymogènes. Un centre commercial, à
proximité du domicile de la famille du jeune homme, comprenant notamment une
pharmacie, une boulangerie, un salon de coiffure, un café et un tabac, a été
complètement ravagé par les flammes.
Depuis mercredi soir, neuf jeunes ont été interpellés et placés en garde
à vue. Deux d'entre eux devaient être présentés au juge jeudi, en vue d'une
mise en examen. Il devaient se faire notifier des poursuites pour «violences
sur personnes dépositaires de l'autorité publique et dégradations».
Selon le journal le Figaro qui cite le parquet, d'après les premières
conclusions de l'autopsie, le jeune homme n'a subi «aucune violence policière».
L'autopsie a confirmé qu'il avait succombé à un «arrêt cardiaque par
suffocation», après s'être pendu dans sa cellule avec la toile d'un matelas
dont il avait fixé les extrémités dans des trous percés dans la cloison en
placoplâtre de sa cellule. Dès que les policiers ont constaté la tentative de
pendaison, une tentative de réanimation a été tentée sans succès, précise
encore le parquet.
De son côté, la famille de Mohamed Benmouna a déposé plainte contre X
jeudi. Dans son dépôt de plainte, qui ne vise pas d'infraction particulière,
Abdelkader Benmouna, le père de Mohamed, demande «que la lumière soit faite sur
cette affaire». Il a pu se rendre dans les locaux du commissariat, accompagné
par le procureur de Saint Etienne et le consul d'Algérie.
Le Figaro souligne en outre qu'une partie de la famille avait exprimé des
doutes sur les causes de la mort du jeune homme, au regard du caractère
disproportionné entre le suicide, évoqué par la police, et la raison de la
garde à vue : une extorsion de fonds.
Elle soupçonnait une violence policière déguisée en suicide, d'autant que
l'enregistrement vidéo de la cellule dans laquelle était le jeune homme est
inutilisable. «Je veux savoir ce qui s'est passé pendant la garde à vue. Soit
les policiers ne l'ont pas surveillé, soit le suicide c'est une couverture»,
avait déclaré le père, affirmant toutefois avoir «confiance dans la justice».
Le procureur de Saint Etienne avait alors saisi l'Inspection générale de la
police nationale IGPN.
Une enquête menée par l'IGPN, la police des polices, a pointé des
dysfonctionnements matériels au commissariat du Chambon-Feugerolles, où le
jeune homme était en garde à vue, avec des parois de cellule en placoplâtre,
jugées «non-conformes». L'annonce de la mort du jeune homme a été suivie dans
la nuit par l'incendie de cinq voitures et d'un bâtiment désaffecté à Firminy
où il résidait. Un important dispositif de sécurité a été mis en place, avec
quelque 200 CRS et gendarmes mobilisés. La violence n'a cependant pas atteint
le niveau de la nuit de jeudi marquée par des échauffourées entre les jeunes et
les forces de l'ordre suite à une rumeur de bavure policière.
Mercredi soir, la famille Benmouna avait lancé un appel au calme. «Que
ceux qui veulent respecter la mémoire de Mohamed, le fassent de façon
pacifique, sinon ils n'auront pas notre aval», avait indiqué le porte-parole de
la famille. Pour sa part, le père de la victime a rappelé aux jeunes en colère
que cela ne servait à rien de brûler et de casser. Jeudi, les policiers du
syndicat Alliance, second syndicat de gardiens de la paix, a dénoncé les
«violences urbaines». Le syndicat «réfute toute mise en cause» des policiers,
qui « ne sont pas responsables de l'état de vétusté» de «certains» locaux de
garde à vue «souvent dégradés par ceux-là même qui y sont placés», alors que le
Parquet a évoqué lui-même le fait que la cellule n'était pas aux normes.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Djamel B
Source : www.lequotidien-oran.com