Fragments de rêves, film-documentaire de Bahia Bencheikh Lefgoun, qui met en avant le parcours d'acteurs de la société civile et des témoignages d'activistes des mouvements de contestation depuis 2011, a été projeté jeudi à Alger, devant un public nombreux.Accueilli à la Cinémathèque d'Alger, le documentaire, tourné entre la fin 2012 et le début 2013, restitue, 75 min durant, la parole à de jeunes Algériens pour exprimer leur désarroi et leur mal-être dans une Algérie où le droit de manifester était encore interdit. Des parcours et des témoignages, à l'instar de ceux de jeunes médecins et d'universitaires en colère, ainsi que ceux d'activistes-chômeurs de la société civile comme l'internaute Tarek Mameri d'Alger et Tahar Belabès de Ouargla, ou encore Adel Sayed, un poète non conformiste, animateur à la radio locale d'El-Taref, renvoyé pour «avoir dit ce qu'il pensait».
Les propos directs et forts, exprimant un puissant désir de liberté, de dialogue et de paix des différents activistes, étaient appuyés par des images et des séquences d'archives, postées sur les réseaux sociaux, montrant des réunions nocturnes entre militants ainsi que des scènes d'organisation et de préparation de la contestation pacifique qui devait avoir lieu le lendemain, devant des bâtiments publics. D'une ville à une autre, la caméra de Bahia Bencheikh Lefgoun a permis aux spectateurs de s'extraire de «leur réalité» pour mieux la percevoir, car répercutée sur le grand écran, une «distanciation» qui aide, selon plusieurs spectateurs présents, à «mieux comprendre sa condition».
Laissant parler la profondeur des regards et des silences, la réalisatrice a, parfois, usé de langage poétique, réussissant à porter l'angoisse des jeunes activistes à l'écran, à l'instar de la «métaphore» de l'autoroute sous un soleil écrasant, prise, par moments, en gros plan et de manière continue, comme pour rappeler, de l'avis d'un spectateur, que «le chemin était encore long et difficile».
Programmé en septembre 2018 à la clôture des 16es Rencontres cinématographiques de Bejaïa (RCB), alors que les organisateurs n'avaient pas encore obtenu de visa culturel pour le projeter, Fragments de rêves a été frappé par la censure et interdit d'écran. Les raisons évoquées dans un communiqué rapporté par l'APS, par la Commission de visionnage des films cinématographiques au programme des 16es RCB, présidée par Mourad Chouih, également président du Centre national du cinéma et de l'audiovisuel (CNCA), avaient fait référence au contenu du documentaire qui «fait la promotion de certains activistes sur Internet, condamnés par la justice», selon la commission. Les organisateurs des 16es RCB avaient alors annoncé l'arrêt de cette manifestation cinématographique annuelle pour protester contre l'«interdiction» de la projection du documentaire.
Grâce à l'association cinématographique Project'heurts de Béjaïa, l'avant- première de Fragments de rêves a pu avoir lieu le 23 mars dernier dans la même ville. Invité à participer, depuis 2017, à plusieurs rencontres internationales, au Burundi, en Allemagne, en France et en Espagne, notamment, Fragments de rêves a été distingué en 2018 du Prix du meilleur documentaire en Italie, au «Al Ard Doc Film Festival».
Fragments de rêves est le deuxième documentaire de Bahia Bencheikh Lefgoun après H'na Barra (nous dehors), coréalisé en 2014 avec Meriem Achour Bouakaz et qui traite, en 52 minutes, du statut des femmes dans les sociétés maghrébines.
Présenté grâce à l'apport du collectif «Cinuvers», un ciné Club actif depuis 2014, le documentaire Fragments de rêves, écrit, réalisé et produit par Bahia Bencheikh Lefgoun a été programmé à la Cinémathèque d'Alger pour une projection unique.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : R C
Source : www.lesoirdalgerie.com