Alger - Revue de Presse

Folio : Les mots et la subversion



Saïd Khatibi (1) appartient à cette génération de nouvellistes algériens qui ne vivent à l'aise dans les mots que parce que les mots vivent notre vie. Mais à force de harceler cette vie, de la provoquer par le haut et par le bas, par le physique et le métaphysique, de la remettre en cause perpétuellement pour bien lui faire sentir qu'elle n'est toujours qu'un sursis, pour lui communiquer leur malaise et, parfois, leur désaccord d'être desservis par qui se dit leur serviteur, les mots prennent insidieusement leur revanche et se font de persécutés, persécuteurs.Les mots persécuteurs ' C'est certainement en partant de cette « persécution », vue par les « gens du pouvoir » comme une subversion, voire une rébellion, que Saïd Khatibi a nommé son dernier livre : Tropique de l'absence (2). Il s'agit de treize nouvelles que notre auteur a traduites du français vers l'arabe. .de Safia Kettou à Rachid Mimouni, en passant par Leïla Sebbar, le traducteur nouvelliste nous dit qu'un fil commun rattache tous les auteurs traduits et réunis dans son recueil de 125 pages : Une passion du mot et de la recherche de la vérité. J'ajouterai ceci : « Un combat acharné se livre et se poursuit dans ces nouvelles, afin que le verbe devenant chair dire soit manière de vivre, ou plutôt de faire rendre gorge à la mort ' comme aux mots ' de ce dont elle nous vole à chaque instant ; une certaine façon d'être en liberté, de faire que l'objet ' ou le mot ' ne soit plus notre maître, consiste à s'en emparer, à prendre mesure de ses pouvoirs, à travers son identité dans la 'subversion'. »L'identité du verbe est pour Youcef Zirem, Ali Malek, Sofiane Hadjadj, Abdelhakim Chaâla, H. A. Bouassida, Leïla Hamoutène, Salim Bachi, Habib Ayoub et Chawki Amari aussi féconde en couleurs contradictoires, rutilantes et surprenantes, que la leur, interrogée sans relâche avec une sorte de lucidité désespérée, face au dessein d'un univers trop surpeuplé pour que « l'absence de ce tropique - guide » ' sentiment qui hante les nouvelles, choisies et traduites par Saïd Khatibi ' ne soit pas considéré, entre autres, comme un masque qu'il convient d'arracher au néant.Le traducteur a choisi treize nouvellistes francophones, en majorité « réalistes ».Leur écriture joue parfois avec un excès d'habilité dans « sa prestidigitation des mots » mis en demeure d'avouer leur sens, mais qui souvent, au-delà de ses tours de passe-passe, laisse transparaître ses écorchures. Il est difficile de résumer treize nouvelles dans cette brève « folio », aussi, nous invitons les lecteurs à les lire et les relire, car elles ne manquent pas d'aisance ni d'intérêt. Le choix de Saïd Khatibi est judicieux, méthodique jusqu'à l'usure des lettres.Note :  1) Né en 1984 à Bou Saâda, Saïd Khatibi est nouvelliste et journaliste à El Khabar. 2) Editions El Beït, Alger 2009
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