Si dans une grande partie de Le Loup blanc se sent pousser des ailes(1) de Abderezak Boukebba, la lyrique du poète se nourrit de la passion d'affirmer des ampleurs ignorées ou mésestimées, dans une autre, en rien plus restreinte, sa prose tire sa substance d'une ardeur destructive directement dirigée contre les valeurs dites « constantes » : on ne saurait qu'improprement l'appeler « essais », car elle conserve « les ailes de la poésie ». Visant sans faux-fuyant les tares politiques et sociales de l'Algérie d'aujourd'hui, ces pages évoquent un univers infernal, (notamment quand l'auteur décortique « la période du terrorisme aveugle »), surpris dans ses contorsions immondes avec une force de critique digne des grands pamphlétaires. Boukebba transforme le pamphlet en une poésie pure du grotesque énorme.L'image de la corruption et de la décadence générale environnante tend à dénoncer une présence active du mal dans le monde, un complot qu'il trame sans répit, contre la création, avec une persévérance diabolique. Les représentations de Boukebba, fondées sur la littérature patriotique orientale, donnent une hallucinante matérialité à ce tableau monstrueux ; Boukebba dresse un véritable inventaire de l'abjection qui poursuit le mouvement politique et social de notre pays. Il découvre, avec une alarme vaticinante, la coalition d'innombrables forces obscures qui, quelque part, dans le noir et l'humidité, dans d'horribles grouillements et fermentations purulentes, conspirent contre la vie : « Requiem pour une pomme (p. 23) ; « Les pas du tronc » (p. 31) ; « Le coq divin » (p. 37), « L'ange gardien » (p.41), « Les lunes de l'intérieur » etc.)Une unité de lémuriens, satanique, de monde « déchu » qui parodie de façon siniesque la création, rassemble les créateurs, les milieux, les institutions, et les actes entrés dans le champ de la diatribe de Boukebba. Les êtres dont s'occupe notre pamphlétaire, ses « papiers » n'ont qu'en apparence un visage humain. ils sont des êtres rampants. Dans la partie réservée aux poèmes (le livre comporte deux parties), Boukebba se montre (les choses tombées du lit (p. 205) ; (Le c'ur du « blanc ») (p. 257) ; « Illusion » (p. 312) ; « Fatalité » (p. 313) ; « Paradoxe » (p. 317) etc), un mélancolique évocateur de gestes et de reliques de l'amour, de rencontres et de séparations, sous des bosquets ou au bord de la mer dans une monotone atmosphère d'automne. Nous le reconnaissons surtout à la musique des accords mourants, à peine murmurés. Chez Boukebba, le réalisme et le grotesque sont souvent tournés au fantastique. En effet, l'imagination de notre poète déforme le réel, construit des figures monstrueuses ou hybrides.(1) Éditions Alpha Alger 336 pages
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Djilali Khellas
Source : www.elwatan.com