Alger - Revue de Presse

Folio : Djamila Zenir : l?écrivaine aux nouvelles exquises



Djamila Zenir s?affirme, très jeune, par des nouvelles exquises sur la condition des femmes en Algérie. Son meilleur récit à notre point de vue est Tatouages berbères. C?est l?univers vu de biais, par l?étroite fenêtre ouverte sur la réalité extérieure, qu?est l?âme sensible et inquiète d?une femme solitaire. Djamila Zenir sait donner à une narration apparemment méticuleuse un sous-entendu humain, voire même mystique. Elle est douée d?une puissance de style, d?une capacité de laisser percer le mystère et l?inquiétude au-dessous d?une intrigue qui semble extrêmement banale et qui pourtant, dans ses mailles relâchées, a su capter un sens symbolique universel. En 1998, l?auteure décroche le prix des femmes écrivaines de la Méditerranée. Sa nouvelle primée s?intitule Douleurs d?une femme chassée par la tribu. Une mélancolie légère, brumeuse, enveloppe les personnages « féminins » de cette nouvelle. Mais la limpidité d?un réalisme, qui a perdu toute lourdeur, s?enrichit chez Djamila Zenir d?une vision du monde ouverte aux problèmes universels. Cette femme chassée et humiliée par sa tribu deviendra une militante de la cause des femmes. « Elle a ouvert ses voiles et la mer est venue à son secours. Le rivage est déjà loin ! » La nouvelliste est douée d?un cachet particulier : l?acuité du regard pour la psychologie humaine. L?écriture, chez elle, sourd du contraste enraciné au c?ur même de l?existence, entre l?homme et son destin, entre la conscience et l?inconscience. C?est une écriture fine et sensible. Voici un extrait de sa nouvelle Cruauté, écrite en hommage aux femmes enlevées par les terroristes : « ... Comme des fourmis mécaniques, les purifiées vont et viennent, affairées, dans la forêt, arrachant les mauvaises herbes qu?elles mettent en tas pour les moutons volés, ramenant l?ordre dans le troupeau d?ovins à l?aide de bâtons coupés des oliviers proches, montant et descendant les pentes abruptes pour y ramasser du bois sec, mettant à sécher les poivrons et les tomates coupés en deux pour que la s?ur cheftaine « n?en manque pas cet hiver, laissant tout en plan quand le muezzin lève sa voix pour appeler à la prière où... à l?exécution de l?une de leurs camarades !... » Ici, l?auteure a écrit, avec une simplicité désolée et sincère, la vie réelle des « femmes captives » sous les bottes terroristes. Inspirée par son engagement, aimant le terroir où toute la richesse des traditions archaïques de l?Algérie s?exprime avec bonheur, Djamila Zenir démontre aussi dans ses nombreuses nouvelles qu?elle a un talent qui garde un équilibre raffiné entre subjectivisme et réalisme. L?appel de la maison paternelle, le temps qui semble immobile et qui pourtant coule sans pitié, voilà des éléments qui donnent un charme particulier à certaines de ses narrations et nouvelles parmi lesquelles il faut mentionner : La femme-bouclier, La fleur qui résiste au vent, Le chevalier blessé, etc.  1) Djamila Zenir est née en 1954 à Jijel. Elle est professeur de lettres arabes.  2) Editions Enal (1987), Alger.
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