Alger - Revue de Presse

Folio. Abdellah Cheriet, le poète philosophe



De son vivant, on classait Abdellah Cheriet (1921-2010) comme « philosophe » (1) et on oubliait souvent ses « écrits littéraires ». En fait, Abdellah Cheriet, qui vient de nous quitter ce samedi 10 juillet 2010, était aussi un bon poète. Dès les années cinquante, on distingua l'envergure de son talent poétique peu commun et la place qui lui revient dans l'histoire de « la poésie libre arabophone ». Il était parmi les premiers poètes algériens qui ont révolutionné l'écriture poétique arabophone au Maghreb. Abdellah Cheriet était un homme d'une vaste érudition ; d'une immense culture poétique. Son langage naturel et précis s'alliait à un génie poétique subtil, voire raffiné, et à une extraordinaire intuition verbale qui lui faisaient découvrir, parmi des dizaines de milliers de vocables, l'unique mot propre. Une grande souplesse et une variété infinie de rythmes et d'intonations lui permirent de « s'en approprier », selon sa propre expression, de les faire siens, au point qu'ils ne ressemblent à ceux d'aucun autre poète.Issu du peuple, enraciné en lui, Adellah Cheriet écrivait des poèmes dans lesquels les meilleures traditions de la poésie populaire et de toute la culture du peuple algérien se confondent avec l'histoire commune du Maghreb. Il était « un Maghrébin convaincu ».« J'aperçois notre pas, notre glorieux chemin. Au travers de la neige et de son frisson d'ailes. Et je me penche au sol pour prendre dans ma main. Ton empreinte gravée dans la neige nouvelle. » C'était en hiver. En ce début, de 1954, tout le Maghreb était embrasé. Abdellah Cheriet a longtemps cru que le Maghreb allait s'unifier dans sa lutte libératrice. Il a cru voir « l'empreinte de l'unité » gravée dans la neige nouvelle, la neige de l'hiver 1954. Plus tard, le poète écrira :« Nous voulions que s'efface. Plus vite l'écho des batailles. Partout dans le monde. Qu'au fil des années. Refleurisse la terre si lasse. Et que, plus jamais, les canons, les orages n'y grondent. »Le poète a toujours cru à la paix. « La paix assurée aux vivants et à ceux qu vont naître, car nous, nous avons combattu sans songer à la gloire », selon le poète. Tout au long de sa vie admirable, Abdellah Cheriet, même dans ses essais philosophiques, est resté ce chercheur, ce poète épris de liberté. Ses livres nous révèlent la beauté de l'homme libre sur la terre libérée qui lui appartient. (1) - Professeur de philosophie à l'université d'Alger, Abdellah Cheriet a défendu aussi dans de nombreux essais « le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». Ses débuts littéraires et journalistiques remontent aux années 1940.
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