Après sa labellisation, la filière est en quête de soutien pour donner un nouveau souffle à son développement.Réputée pour sa figue sèche, la commune d'Aït Maouche est sortie de l'anonymat grâce à ce produit local et aux efforts des paysans de sa région. Constitués en association des figuiculteurs de la commune d'Aït Maouche, cette dernière organise, depuis 2012, la fête de la figue. Dix-huit ans après cette traditionnelle fête de la figue, qu'en est-il de la filière figuicole '
Au fil des années, force est de constater que cette filière est toujours en quête de soutien de l'Etat pour donner un nouveau souffle à son développement, notamment après sa labellisation en octobre 2016. Le label est attribué conformément au décret exécutif n°13/260 qui fixe les règles d'organisation, de reconnaissance et de protection des produits locaux d'origine agricole.
"Le nom de cette figue est déposé au niveau de l'Institut national pour la protection de la propriété industrielle (Inapi), ce qui implique que personne ne doit la commercialiser ou la planter en dehors de la région et des membres de l'association", tient à préciser Omar Bekhouche, SG de l'Association des figuiculteurs de la commune d'Aït Maouche. Un label protégé localement et à l'étranger, dont le logo est apposé sur l'emballage du produit portant indication géographiquement contrôlé (IGC).
"La production de la figue est 100% naturelle. Il n'y a jamais eu d'ajout d'engrais ni de produits chimiques ou de pesticides. La caprification, qui est une méthode de déshydratation partielle, est faite de manière naturelle, manuelle", ajoute notre interlocuteur.
Il existe trois variétés de figue destinées au séchage, donc à la consommation, blanche, noire et violette. "Sa valeur nutritive et ses effets thérapeutiques sont prouvés en matière de problèmes cardiovasculaires", renchérit le SG de l'association. "Depuis sa labellisation en 2016, l'Etat n'a apporté aucun soutien à cette filière. Même après la tenue, en 2017, à Alger, du Capdel consacré à la démocratie participative et le développement local dans le cadre du programme du Pnud", nous a déclaré en substance le maire d'Aït Maouche, M. Labdouci Mokrane.
"L'Etat n'a rien fait pour la mise en ?uvre des recommandations du Capdel telles que l'ouverture des pistes, les forages, etc.", déplore le maire. "Des recommandations pour la promotion et le développement des produits du terroir, dont notre figue est retenue", signale l'édile d'Aït Maouche. Le président de ladite association, Youcef Meziane, abonde dans le même sens que le maire. "Les recommandations du séminaire que notre association a organisé, en septembre 2019, n'ont pas été concrétisées à ce jour", regrette notre interlocuteur.
Pour donner un nouveau souffle au développement de la filière figuicole, l'association des figuiculteurs communale a introduit une demande au ministère de l'Agriculture pour "l'inscription d'un plan d'initiation local (PIL) de la figuiculture afin de promouvoir la filière". Pour les producteurs, le métier figuicole doit se battre sans cesse pour se réinventer afin de développer la qualité de leur produit et gagner en compétitivité.
"L'Etat doit impérativement soutenir cette filière", insiste le président de l'association. Pour ce faire, ce dernier signale que les producteurs revendiquent "la création d'un conseil national interprofessionnel de la figue sèche". "Pour le moment, la figue est classée dans un conseil général qui regroupe l'arboriculture.
La filière du figuier doit être autonome de ce groupe, comme c'est le cas pour l'oléiculture, les céréales, les agrumes, etc.", estime le président de l'association à cet effet. "Parallèlement, l'Etat doit apporter son soutien à la réalisation de pépinières et de fermes pilotes dans les zones IGC, les forages et les équipements agricoles", insiste notre interlocuteur. "Malheureusement, rien n'a été fait pour la mise en ?uvre du développement de la filière figuicole", déplore notre vis-à-vis. Pour étayer ses propos, Youcef Meziane signale que "toutes les résolutions des journées d'étude qu'a organisées son association, en septembre 2019, sont restées lettre morte".
Entre autres résolutions, "la création d'un institut mixte spécialisé en figuiculture avec ferme expérimentale, établir un répertoire des variétés et cultivars existants et la préservation des plus menacés, la mise en place d'une politique d'encouragement de plantation de variétés menacées, ériger la figuiculture au rang de filière nationale avec création d'un fonds spécial de soutien pour une réhabilitation encadrée visant l'augmentation du parc figuicole au niveau national et la zone IG en particulier, promouvoir la formation dans des spécialités liées à la valorisation du figuier au profit des acteurs de la filière et au bénéfice des femmes rurales et renforcer les mécanismes de financement de l'entrepreneuriat dans la filière figuicole et l'accès aisé aux assurances agricoles".
"L'Etat gagnerait à encourager la culture de notre produit et à encourager les jeunes à investir dans cette filière", suggère M. Meziane.
Les figuiculteurs revendiquent un accès aisé au crédit bancaire
Depuis que l'association des figuiculteurs organise la fête de la figue d'Aït Maouche, une petite industrie locale est née dans la région avec la création d'ateliers de transformation de la figue sèche en confiture, en pâte ou en chocolat. Une petite industrie qui a encouragé l'implication de la femme dans ce domaine.
On s'est rendu dans l'un de ces ateliers. Une fabrique de transformation située au rez-de-chaussée de la maison de l'un des actionnaires majoritaires. "C'est un atelier de conditionnement et de transformation créé par actions. Nous sommes huit actionnaires. Parmi nos employés, nous avons trois femmes formées dans le domaine des techniques de la transformation de la figue sèche en confiture", nous a déclaré Sakhi Amar, actionnaire de cet atelier de transformation de la figue sèche.
"Il existe quatre choix de la figue sèche destinés à la transformation en chocolat, en confiture et en pâte pour les gâteaux", précise ce transformateur. "Notre atelier s'est spécialisé dans la transformation des premier et quatrième choix de la figue sèche en confiture. Les troisième et quatrième choix sont destinés à la transformation en miel", signale-t-il. Notre interlocuteur révèle au passage qu'ils ont bénéficié de l'aide de l'Etat à hauteur de 89 millions de centimes pour monter leur atelier.
"C'est une aide dérisoire pour acquérir tout le matériel nécessaire à la transformation. Il nous faut de l'aide externe. C'est-à-dire que l'Etat doit nous faciliter l'accès au crédit bancaire pour l'extension de notre atelier de transformation et augmenter nos capacités de production", suggère ce transformateur. "Nous produisons actuellement jusqu'à 60 quintaux par an. Nous voulons augmenter nos capacités de production", estime notre interlocuteur. Sur un autre chapitre, ce transformateur soutient l'idée de l'association des figuiculteurs qui consiste en la création de coopératives de tous types, de figuiculteurs et de transformateurs.
"La mise en place d'une coopérative de transformateurs de la figue sèche est vitale pour l'avenir de notre petite industrie. Malheureusement, sa création patine depuis 2016", regrette Sakhi Amar. Comme tout d'ailleurs celle des producteurs de la figue sèche. "L'ébauche de création d'une coopérative agricole est en voie, mais cela tarde à se concrétiser sur le terrain en raison des lenteurs au niveau de la Chambre d'agriculture", apprend-on auprès du président de l'association communale des figuiculteurs.
Pour le moment, seule cette association communale veille, vaille que vaille, à la préservation et à la promotion de la figue sèche d'Aït Maouche, en respectant le cahier des charges par les paysans-producteurs.
Une seule tentative d'exportation depuis sa labellisation
Les producteurs de la figue sèche peinent à pénétrer le marché mondial. En effet, depuis sa labellisation en octobre 2016, un seul essai d'exportation de la figue sèche a été fait par un producteur local, à savoir Omar Bekhouche, qui est SG de l'association communale des figuiculteurs.
"Il y a des tentatives d'exportation par intermédiaires, mais je suis le seul producteur à faire un premier essai d'exportation officielle de quatre quintaux de figue sèche vers le Canada", nous a déclaré M. Bekhouche. Selon ce dernier, l'exportation de leur produit demande beaucoup de savoir-faire en matière de présentation du produit et de son emballage.
"Nous avons beaucoup de demandes d'Europe, des pays du Moyen-Orient et du Canada, mais il nous faut ce savoir-faire de présentation de ce produit pour y parvenir un jour", soutient-il. Trouver les circuits de la commercialisation de ce produit à l'étranger pour sa promotion est un autre challenge que l'Association des figuiculteurs d'Aït Maouche s'est fixé.
Reportage réalisé par : L. OUBIRA
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : L OUBIRA
Source : www.liberte-algerie.com