A Doha, il n'y en avait que pour l'Algérie. Une offensive en règle. Y compris le bon accueil fait au film d'Alexandre Arcady, Ce que le jour doit à la nuit.
Le dernier soir, nous étions curieux de voir comment le cinéaste, Alexandre Arcady, né à Alger, allait s'en sortir avec sa saga, un mélange d'histoire algérienne, depuis 1945 aux années soixante, et un mélo sur fond d'occupation coloniale, d'arrogance des pieds-noirs, de racisme, de crimes de l'armée et de la police jusqu'au soulèvement qui va balayer 130 ans de présence française. Ce que le jour doit à la nuit dure trois heures, et à l'écran paraît être doté de puissants moyens de production. Un déploiement d'effets qui, finalement, fonctionne sur plusieurs niveaux : mise en scène professionnelle, belles images et décors remarquables, jeu des acteurs sans reproche : Mohamed Fellag, Fouad Aït Aattou, Anne Parillaud, Vincent Perez, Nora Aznezeder...
Au bout de trois heures, quand la lumière se rallume dans la salle du cinéma Al Rayanne, personne ne s'est endormi. Beaucoup d'Algériens de Doha ont acheté leur billet et paraissaient contents de revoir des images d'Oran et d'Alger, les plus beaux endroits d'ailleurs, comme devant la plaque dédiée à Albert Camus à Tipasa. Dans tout cela, Arcady communique bien son désir et son plaisir de filmer son pays d'enfance. Le cinéma d'Arcady n'est pas un cinéma cérébral à la manière d'Antonioni.
C'est un cinéma d'émotions, de sentiments. Et comme le film est surtout basé sur ses propres souvenirs, il montre avec brio les enfants, leurs jeux, leurs amitiés (éternelles). Ce qui compte aussi, c'est qu'il ne banalise pas l'histoire. Son regard n'est pas le regard de l'autre. C'est le sien, sur un pays qu'il a quitté très jeune. Il filme l'Algérie face à face pour ainsi dire. C'est pour cette raison qu'à Doha, son film a bien été bien accueilli. Le public de Doha, en général, comprend bien l'arabe algérien, contrairement au public égyptien dont la langue est un peu spéciale... C'est pour cela aussi que l'hommage rendu au cinéma algérien a drainé beaucoup de monde.
Assia Djebar sera contente d'apprendre qu'une salle pleine, avec beaucoup de femmes qataries, a accueilli chaudement La Nouba, dans l'exquise salle du musée d'art islamique. Par contre, Lakhdar Hamina n'a pas apprécié que la copie du Vent des Aurès (celle de la télévision) était si détériorée, quasiment invisible. Des décennies après, la Télévision algérienne n'est pas capable de faire des copies neuves des films classiques. Le Festival de Doha-Tribeca a projeté environ 200 films, un bon panachage international où figuraient des 'uvres du Kazakhstan, d'Ethiopie, d'Inde, d'Iran, du Chili, de Chine, des Philippines, d'Indonésie...
Sans compter les films algériens, des autres pays arabes, d'Europe et des Etats-Unis. Le catalogue comprend 200 pages, édité en anglais et en arabe. Doha pratique une sorte de diplomatie cinéphile, une manière noble de rapprocher les peuples grâce au cinéma. Par contre, on évite de parler commerce : le festival n'a ni marché du film, ni boutique pour vendre des gadgets, alors que Venise, Berlin, Toronto vendent même leurs catalogues, et à Rotterdam un journaliste ne peut rien faire sans acheter son badge !
Rien de tout cela à Doha. On ne peut pas comparer le Qatar, le pays le plus riche au monde, avec des pays d'Europe et d'Amérique en crise... Merzak Allouache, en recevant son Grand prix, a déclaré qu'il le dédiait à tous ceux qui luttent en Algérie pour la démocratie, et a affirmé qu'avec cet argent, il allait tourner un nouveau film, Les Terrasses, long métrage fiction, qui a aussi obtenu l'aide de Doha Film Institute (DFI).
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Azzedine Mabrouki
Source : www.elwatan.com