Alger - Revue de Presse

Faire écran



Il y a, entre Alger, lieu de la houkouma/beylek, et l?Algérie profonde, comme un écran, invisible et désastreux par ses conséquences qui met à la trappe la vie des populations de l?arrière-pays. Les métropoles de ces zones sont zébrées, rituellement en période de campagne électorale, de cortèges éclairs, tonitruants et arrogants de limousines blindées et sirènes de services d?ordre musclés pour ouvrir les lieux aux prêcheurs de la bonne parole. Les visites de nos dirigeants de ces jours-ci, préparatrices au référendum du 29 septembre, sont de cette veine. Celle du chef de l?Etat, entre autres à Tizi Ouzou, est révélatrice du génie de nos nouvelles mafias politico-financières et administratives locales à bétonner ces murailles périphériques. Cette visite a révélé aussi les capacités des médias gouvernementaux et d?une bonne partie des journaux privés à faire écran sur les réalités. Comme si M. Bouteflika allait, dès l?aurore du lendemain, examiner au scanner quel média a osé rapporter. De leurs comptes rendus d?information ont été gommées les vives réactions qui ont apporté, à leur manière, la contradiction aux discours univoques sur « la paix et la réconciliation » : sifflements, banderoles arrachées et jets de pierres sur le cortège. Le rendu de ces médias, tout comme les propos des autorités et notabilités locales, camoufle, pour plaire à Alger et pomper la rente, un mode de gestion fonctionnant à la prébende, au mensonge et à la satisfaction d?appétits privés voraces et sans contrôle aucun. L?écran total ainsi dressé voudrait faire prendre des vessies pour des lanternes, le badigeonnage des trottoirs en réalisation économique stratégique. Des deux rocades de contournement de la ville, programmées en 1974, une seule est « inaugurée » - mutilée dans sa finition parce que l?autorité de wilaya n?a pas voulu « donner » des logements sociaux à une trentaine de familles riveraines dans la précarité depuis 1961. En plus de tout ça, il y a un renforcement des velléités d?acheter ou de casser tout ce qui peut penser. Le chef de l?Etat a dû apprendre, juste avant d?annuler l?étape, que l?université de la ville - en légère réplique successive à l?interdiction de la conférence de Mouloud Mammeri de 1980 - est en agitation. Entre autres objets de colère, son « conseil scientifique » a décerné le titre de docteur honoris causa à Ben Bella, fervent président anti-amazigh, « déléguant » la messe cérémonielle à l?Université d?Alger.
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