Les nouveaux
systèmes de stockage permettent aux entreprises de gagner en compétitivité, d'augmenter
le chiffre d'affaires et de sécuriser les données. L'investissement en vaut la
chandelle disent les techniciens. C'est ce que nous explique Fabiano Chalhoub, directeur
commercial Maghreb et Afrique francophone de la société américaine NetApp de solutions de stockage informatique, rencontré
lors du 1er ICT-Management d'Alger.
Vous faites un
lien direct entre l'augmentation du chiffre d'affaires d'une entreprise et
l'acquisition d'équipements de stockage. Comment vous l'expliquez ?
La première
réaction dans une entreprise c'est de dire que les informaticiens (et les
équipements qui vont avec) sont un centre de coût. La réponse est que les
systèmes informatiques sont un centre de profit et non pas de coût. D'abord
parce que la majeure partie des métiers dans une entreprise est rentrée dans
l'informatique qui permet ainsi de créer de la valeur ajoutée. L'informaticien
ne peut plus se comporter en vendeur de quincaillerie, il est obligé de
comprendre les métiers auxquels il s'adresse. J'étais hier dans un laboratoire
pharmaceutique à qui j'ai demandé de m'expliquer leur flux business, de la
recherche et développement sur un médicament jusqu'à sa mise en marché, pour
que je puisse comprendre, m'y adapter, avant d'apporter des solutions
informatiques qui répondent aux différentes phases de ce flux. Quand je
m'adresse à un secteur donné, je suis obligé de connaître la terminologie et le
métier.
Il n'existe donc
pas de solutions identiques pour tout le monde ?
Non. La
quincaillerie est générique. C'est un peu comme un véhicule. Il y en a pour
transporter une famille (voiture), un malade (ambulance), de la marchandise (camions),
et d'autres pour cosmonautes (vaisseau spatial). L'informatique il faut la voir
exactement de la même façon.
Comment convaincre
un patron d'une entreprise d'aller vers ces nouveaux systèmes de stockage dits
intelligents ?
C'est la tâche la
plus rude dans notre métier. D'abord, il faut parler le même langage que lui. Prenons
l'exemple d'un responsable d'une société de télécoms. Sa préoccupation première
est de fournir une ligne téléphonique, un accès Internet Adsl,
et autres services liés. Le métier de l'informaticien, c'est d'étudier tout
cela pour comprendre comment assembler un certain nombre d'équipements pour
permettre à la société de télécoms de proposer ces services mais surtout de
répondre à un problème majeur que rencontrent les opérateurs de téléphone (fixe
ou mobile). Ce problème majeur c'est qu'à chaque appel téléphonique doit
correspondre une contrepartie financière que doit récupérer l'opérateur. C'est
ce qu'on appelle la gestion du «ticket téléphonique». Lorsque vous effectuez un
appel, il y a une base de données chez l'opérateur qui indique le numéro de
l'appelant, le numéro de l'appelé et la durée de la communication, pour pouvoir
vous facturer. Ce ticket a une valeur financière. Si l'opérateur ne peut pas
inscrire ce ticket quelque part, pour ensuite le transformer en facture, il ne
gagne pas d'argent. L'informaticien doit traduire tout cela en système
informatique reliant l'interface téléphonique et la facturation, mais surtout
le sécuriser en assurant un plan de continuité en cas de panne du concentrateur
téléphonique qui enregistre les tickets des appels, l'opérateur puisse toujours
récupérer son argent. Il s'agit donc de résoudre un problème métier (financier)
par une solution informatique.
Vous avez
également parlé d'amélioration du business par l'introduction de ces nouveaux
systèmes de stockage.
Dans un marché
concurrentiel, la vitesse de mise en marché d'un produit ou d'un service est
très importante. Imaginez trois opérateurs télécoms dans un même pays, dont
l'un veut sortir une offre Adsl. Ses concurrents
veulent en faire de même pour ne pas perdre des parts de marché. L'idée c'est à
quelle vitesse est-on en mesure de déployer l'Adsl, un
service qui n'est rendu que par des systèmes d'information. Si on utilise des
systèmes archaïques pour lesquels il faut plusieurs mois pour mettre en Å“uvre
l'offre Adsl, alors qu'un autre concurrent dispose
d'un système extrêmement moderne qui permet de lancer l'offre en deux semaines,
vous vous rendez compte qu'il va arriver sur le marché beaucoup plus vite et
avoir de l'avance sur son concurrent. On retrouve cela dans beaucoup d'autres
domaines.
Quelle différence
y a-t-il entre systèmes de stockage anciens et nouveaux, dits intelligents ?
L'évolution du
mode d'utilisation de l'informatique a fait que maintenant on ne se contente
plus de stocker de l'information, comme cela était possible avec les anciens
systèmes de stockage, mais de comparer et d'en comprendre le contenu. Le
système de stockage va savoir ce qu'il a comme information, sans aller poser la
question à des logiciels, des systèmes d'exploitation ou des serveurs externes.
Le serveur fait une requête d'information, et c'est le système de stockage qui
va se débrouiller pour traiter cette requête, non pas pour savoir les données
qui sont dedans, mais pour pouvoir rendre un service de sauvegarde ou de retour
assez rapide de l'information.
A partir de quel
volume d'affaires une entreprise doit passer à ces nouveaux systèmes de
stockage ?
Tout le monde est
concerné, mais avec des approches différentes. Seules les grandes entreprises
ont les moyens de se payer des systèmes pareils. Cependant, nous allons de plus
en plus vers une «IT as a Service», c'est-à-dire une
informatique vendue comme un service dans un système de cloud. Toutes les
entreprises, y compris les PME et les TPE, peuvent accéder à cette panoplie de
services qui sont rendus dans ces stockages modernes, en les louant à un tiers.
Se posera
certainement la question de la confiance et de la sécurité des données placées
dans ces systèmes…
A partir du moment
où on met ce type d'approche, on est obligé de monter dans un niveau de
sécurité extrêmement élevé, de façon à ce que personne ne puisse voler, altérer
ou modifier les informations. Maintenant, il peut aussi y avoir des données
assez sensibles que les chefs d'entreprises ne souhaiteraient pas mettre dans
le cloud. Dans ce cas on va fonctionner en mode hybride qui permet de garder au
niveau de l'entreprise les informations sensibles.
Il y a aussi de
plus en plus de règlementations prises dans de nombreux pays notamment en
matière de fiscalité d'entreprise ne permettant plus, une fois que la clôture
fiscale annuelle a été faite, de modifier la comptabilité, tant que
l'administration du fisc a la possibilité de faire un contrôle. Il y a ce qu'on
appelle de l'archivage légal. Une fois que j'ai écrit ma donnée, je ne peux
plus l'effacer, ni la modifier. L'administration fiscale sait maintenant
qu'elle peut faire confiance à une entreprise, qui a mis en Å“uvre ce système, car
sa comptabilité ne sera jamais trafiquée.
Pour quels coûts ?
Il n'y a aucune
limite haute. Ça va de quelques milliers à plusieurs millions d'euros. Il y a
certains systèmes d'information qui nécessitent des quantités de stockage
énormes. Pour donner une idée, des sociétés comme Orange possèdent
rien que dans la marque NetApp, quelque 24 pétaoctets de stockage, soit 24 millions de gigaoctets, ça
fait 700 machines.
A travers votre
expérience en Algérie, est-ce que les compétences existent pour gérer ces
systèmes ?
Je viens
régulièrement depuis quelques années en Algérie, et je peux vois assurer que
les compétences existent. Nous avons travaillé, avec de grandes entreprises et
des institutions, sur des projets d'une très grande sophistication. En Algérie,
il n'y a pas de problèmes de compétences mais de cycles de décisions. Dans les
pays occidentaux, les cycles de décisions sont de 3 à 6 mois. Dans les pays de
la région (Maghreb), ça va de 6 à 12 mois. En Algérie, entre le moment où un
projet est envisagé et celui où il est exécuté, ça prend de 12 à 24 mois.
Pourquoi, d'après
vous ?
Je pense que les
décisions sont beaucoup plus consensuelles en Algérie qu'ailleurs. Souvent, en
Europe, aux Etats-Unis ou ailleurs, les décisions sont prises par une seule
personne. Ici, un projet est élaboré et décidé en équipe. C'est positif qu'une
équipe entière d'informatique ou d'une entreprise participe à la décision.
NetApp* est plus
présente dans les grandes entreprises en Algérie ?
Nous sommes
présents dans de grands groupes, qui nous sollicitent pour des projets
importants, mais aussi dans des entreprises de tailles moyennes, comme dans le
secteur de la pharmacie.
* NetApp compte parmi ses clients en Algérie des compagnies
comme Sonatrach, BP, Djaweb
et GlaskoSmithKline.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdelkader Zahar
Source : www.lequotidien-oran.com