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Explorations



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«Considérer l'homme comme un consommateur, c'est tout s'implement lui faire perdre son identité, sa véritable image...» Anthony Burgess
Ce qu'il y avait de remarquable chez le rédacteur en chef, c'était sa science de la psychologie. Sans disposer d'une vaste culture comme ces vieux meneurs d'hommes débonnaires que l'on rencontrait jadis dans les rédactions, qui, les cheveux ébouriffés et la mise négligée, couraient d'un bureau à un autre et restaient accrochés au téléphone le temps d'une mise au point ou d'une vérification d'un évènement, traitant cent et une tâches à la fois et donnant l'impression d'être débordés mais ne perdant jamais leur sang-froid lors d'un retournement de situation ou à l'occasion d'un dramatique ratage né de l'incompréhension de l'exécutant, lui, il savait distinguer chez chacun de ses subalternes les points forts et les points faibles de leur caractère et leur inclination ou leur capacité à traiter un sujet. Comme, il avait le don de simplifier les choses et savait les rendre accessibles au plus borné. Il avait du métier et de la pédagogie. Ce qui peut sembler pour un observateur extérieur comme une prouesse relevait pour lui de la plus terne des banalités. Il savait pertinemment que dans le monde de la presse, tout était possible et aisé à condition de savoir où mettre les pieds. Son enthousiasme d'ailleurs n'avait jamais débordé sur sa modération. C'est pour cela qu'il ne pouvait pas s'empêcher de prodiguer des conseils aux jeunes qui prenaient l'actualité à la hussarde.
«Vous voyez, avait-il repris, comment d'un sujet aussi banal et ponctuel comme un festival de cinéma, on peut trouver mille et un sujets qui peuvent intéresser le lecteur qui a maintenant des centaines de chaînes satellitaires pour se mettre au fait de l'actualité. Ce qui l'intéresse, ce n'est pas tant ce qui se passe dans les couloirs des administrations des partis ou dans les travées d'une assemblée, mais une explication à la situation qu'il vit actuellement. Il ne faut pas posséder la science infuse pour débusquer les explications: il suffit de chercher. Toi, par exemple Abdennour, qui nous a pondu l'année dernière un reportage sur les accidents de la route dans la banlieue d'Alger, tu as su nous en expliquer les causes les plus apparentes comme l'excès de vitesse, la pléthore de véhicules sur les routes, la facilité pour certains jeunes d'accéder au permis de conduire sans une formation technique et morale dans la conduite, la vétusté de beaucoup de véhicules, le manque de fiabilité de certains contrôles techniques, tu peux continuer dans cette veine en te rapprochant des personnalités qui peuvent expliquer les comportements inciviques au volant: les psychologues et les sociologues sont à même de proposer des explications sur ce sujet tout comme il y a des économistes sérieux qui peuvent nous dire pourquoi ceux qui ont décidé de l'orientation économique, ont longtemps privilégié l'acquisition de véhicules importés de l'étranger à l'amélioration des transports en commun. Pourquoi, depuis trente ans ou plus, une industrie de montage de véhicules n'a pas vu le jour ici. Je ne vous demande pas de conclure que l'importation de véhicules est une autre manière de détourner la rente pétrolière et permettre ainsi à certains individus de se remplir les poches sans faire suer le burnous. C'est aux spécialistes d'expliquer la chose: le journaliste n'a pas d'opinion et s'il en a une, il la garde pour lui. Il transmet l'information sans la commenter. Il peut à tout hasard rappeler des épisodes du passé ou ramasser des chiffres auprès des institutions spécialisées sur les sommes allouées en devises pour l'importation de véhicules asiatiques. Il peut analyser les mouvements du marché, faire ressortir les marques préférées par les consommateurs. Les raisons profondes qui les poussent à acheter telle ou telle marque: le prix, l'esthétique, le service après-vente, la disponibilité de la pièce détachée...».
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