Alger - A la une

Exit les artistes indépendants Les portes des infrastructures culturelles sont closes



Lors du concours de jeunes talents organisé par Khaïmatekoum de Djezzy à l'hôtel Hilton d'Alger, nous avons rencontré une troupe de jeunes danseurs de Koléa qui a fait sensation. Mehdi, Raouf, Didou et leurs compères de la troupe Keep it fenky ont présenté un spectacle d'un bon niveau technique qui leur vaudrait une standing ovation. Abordé après la fin du spectacle, Mehdi nous contera l'aventure de la troupe qui a commencé en 1998. Les débuts n'ont pas été faciles. Les danseurs, accros à la danse, répétaient là où ils pouvaient, dans le garage d'un pote, sur un terrain de jeu désaffecté ou même dans un coin de rue déserte. Les choses n'ont pris une tournure sérieuse que lorsque, et Mehdi a tenu à le souligner, la directrice de la maison de jeunes de Staoueli, Mme El Kima, a pris en main la troupe. «Elle nous a ouvert les portes de la maison de jeunes, nous a acheté des tatami et nous a encouragés», dira-t-il. La directrice a en fait misé sur la volonté affichée par les jeunes danseurs qui en voulaient. Elle a investi dans cette troupe qu'elle ne connaissait pas en lui ouvrant les portes de sa structure et en lui donnant les moyens de travailler dans de meilleures conditions.Et elle ne sera pas déçue. Mme El Kima fera son retour sur l'investissement, pas en monnaie sonnante et trébuchante, mais en résultats et avec la satisfaction d'une mission bien accomplie. Car Keep it fenky prendra du grade et arrachera sa place sur la scène culturelle nationale. La formation croisera le chemin de la chorégraphe du ballet Caracalla et du chorégraphe Kamel Ouali, avec qui nos jeunes danseurs travailleront et feront de la scène. Mais, après El Kima, Caracalla et Ouali, il n'y aura plus rien. C'est le vide. Pourtant, la troupe a cinq spectacles. Mais elle ne tourne pas. A la question pourquoi ' Le danseur répondra du tac au tac : «Il n'y a pas de suivi.» Comprendre : les responsables n'en ont cure des artistes qui n'entrent dans aucun canevas, organigramme ou programme «officiel», ou plutôt ne veulent prendre aucune initiative qui les obligera à fournir des efforts, préférant le paisible ronronnement d'une gestion carrée, administrative, bureaucratique de la culture. Si on n'appartient pas à une association agréée, si on n'est pas adhérent, si on n'est pas inscrit au programme d'une manifestation «officielle», les artistes ne peuvent avoir le moindre espace dans une structure culturelle pour répéter ou travailler, encore moins une scène. Si on ne montre pas patte blanche, on est arrêté à la porte par le gardien. Pis, il y des maisons de jeunes ou de la culture qui appliquent les horaires administratif et ferment leurs portes à 17 heures, alors qu'elles sont censées demeurer ouvertes jusqu'à 22 heures au moins.C'est cette politique de gestion qui veut coûte que coûte, enfermer la culture et les artistes dans des cadres administratifs qui a fait que des jeunes rappeurs travaillent leurs mouvements et figures dans la petite plage au bas du Bastion 23 alors que cette même infrastructure aurait pu mettre à leur disposition un espace, voire les programmer pour un spectacle afin de mériter son titre de Palais des arts et sortir de la léthargie dans laquelle elle est plongée depuis des lustres. C'est cette même politique qui a fait qu'un happening, manifestation somme toute banale dans les pays où la culture et les artistes sont considérés à leur juste valeur et ont la place qu'ils méritent au sein de la société et dans les politiques de l'Etat, soit réprimé par les forces de l'ordre' Pourtant, un responsable digne de ce nom devrait savoir que la culture sans liberté d'expression et de mouvement s'étiole et se meurt. Et elle sera remplacée par ces ersatz et avatars, qui sont pour la culture ce qu'est le fast-food pour la gastronomie.
H. G.
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