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Exils superposés



Exils superposés
L'auteure est l'épouse du sociologue Ali El Kenz qui apparaît par intermittence dans le récit. Elle est surtout née dans une famille palestinienne établie en Algérie. Tout commence d'ailleurs par une visite, un après-midi du mois d'août, au cimetière d'El Alia où est enterrée sa mère. Elle observe le manège d'un escargot sur sa tombe, symbole de l'errance et témoin de ses hallucinations et de ses soliloques. Comme lui, elle transporte sur son dos son foyer au gré des arrachements aux paysages et aux atmosphères familiers.De retour à Alger où elle a longtemps vécu avant de connaître un autre exil à Nantes, la narratrice déroule ses souvenirs éparpillés dans les deux pays. Elle décrit dans ce livre* déjà paru en 2013 en France les couleurs et les odeurs d'Alger en arpentant ses rues « fatigantes à vrai dire mais si vivantes ». Elle paraît par contre étrangère aux amis qu'elle retrouve régulièrement au restaurant la « Bérézina », microcosme d'une société qui change comme tous ces lieux qui attisent tantôt sa nostalgie, tantôt sa peine. Elle semble toujours maintenir une distance avec les êtres et les choses. Un peu comme ces personnes dont nul ne pourra jamais partager une douleur ou un secret.La Palestine, le pays des aïeux est toujours tapi dans la mémoire. Une blessure jamais guérie, un rêve inabouti et un horizon qui s'eloigne. Il est la source des colères, du découragement et des doutes. « C'est une musique intérieure, lancinante en nous, qui laboure nos archets, qui nous transporte vers sa triste beauté, celle que nous chérissons, que nous jalousons », soupire George. C'est un chauffeur de taxi qui fait découvrir à la dame et à ses deux enfants les charmes de Haïfa. Le retour à Jérusalem replonge la narratrice dans ce pays spolié, occupé. Le voyage avec sa fille et son fils en Israël munis de passeports français est surtout une découverte de l'humiliation des siens, du mur qui « coupe le souffle, coupe les âmes, coupe les regards, coupe les vies et coupe mon pays » (p. 58). C'est un séjour qui dit aussi la peur, l'arrogance de l'occupant et la fausse paix « semblable au sommeil d'une goule qui fait semblant de dormir ». L'exil de sa famille, sa fuite dans le désert après la Nakba de 1948, la géographie des sentiments qui fait un pays affleure. La tragédie et le fol espoir ne se déclinent pas dans des slogans, une colère mais dans l'attachement de la mère aux plats de son pays et à sa douceur de vie à jamais perdus et engloutis. La Palestine renaît dans les souvenirs et les portraits attachants que l'auteur dresse de la mère, de la grand-mère el Hadja Hind malmenée par l'histoire, et de la tante Labiba.Le livre interroge des exils superposés. Ceux qui font arracher à la terre natale, aux siens jamais oubliés mais aussi à soi-même.R. Hammoudi* « Aux pieds de ma mère », 157 pages éditions Frantz Fanon, 650 DA
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