C'est pratiquement la création de brigades «d'incorruptibles» chargées
d'enquêter sur le train de vie de certaines personnes qui a été annoncée jeudi
par le premier argentier algérien, M. Karim Djoudi. En marge d'une séance
plénière du Conseil de la nation, il a annoncé que «le service des
investigations fiscales, prévu par la loi de finances 2009, sera mis en place
dès l'adoption par le gouvernement du décret définissant les missions et les
modalités de fonctionnement de cette nouvelle structure». Ce service
d'investigations, qui a toutes les allures d'une opération «mains propres» mise
en place par l'exécutif, aura pour «objectif de faire de la recherche fiscale
sur un certain nombre de contribuables», a précisé M. Djoudi, selon lequel «un
décret en cours d'examen au niveau du gouvernement va permettre de mettre en
place ce service».
Les contribuables qui feront
l'objet de ces investigations (fiscales), faut-il le préciser, sont ceux, a
ajouté le ministre, dont «le rythme des dépenses dépasse leurs déclarations de
revenus». En clair, il s'agit de faire la chasse aux fausses déclarations de
revenus, de chiffre d'affaires ou de faux rapports comptables de personnes
physiques ou morales en «passant au peigne fin leur train de vie». Ce service
devra disposer «d'outils de contrôle fiscal qui ne sont pas totalement opérés
par les services traditionnels de l'administration des impôts et aura pour
mission également de faire de la vérification fiscale», précise encore le
ministre des Finances. Cette nouvelle structure sera rattachée à la Direction
générale des impôts (DGI), et aura des antennes régionales en vue de mener des
investigations fiscales au niveau national. En ligne de mire de ces brigades
d'investigations «particulières»: l'identification et la quantification des
personnes physiques et morales qui échappent partiellement ou totalement à
l'impôt. Vaste opération, qui devra éplucher des milliers de kilomètres de
lignes comptables, mais, surtout, de faire des enquêtes sur «le train de vie»
de certaines personnes ciblées. Le décret exécutif qui sera promulgué pour
donner vie à ce service d'investigations va, sans nul doute, provoquer un petit
séisme dans les milieux financiers et économiques qui ont, jusqu'ici, joué «au
chat et à la souris» avec les services des impôts.
Dans les années 1980, on se
rappelle, les services des impôts avaient mis sur place des brigades
d'investigations dont la mission avait été centrée sur les déclarations de
revenus de certaines corporations, dont le chiffre d'affaires à l'échelle
nationale dépassait à l'époque le un milliard de dinars. Mais, très vite, les
limites éthiques, professionnelles et juridiques de ces brigades ont incité les
responsables des services des impôts à les dissoudre. Presque 30 années après,
ces brigades spéciales d'investigations fiscales sont de nouveau sur le point
d'être réactivées. Le contexte socio-économique actuel est, cependant,
différent des années 80. Beaucoup de sociétés nationales sont éclaboussées par
des scandales financiers, l'évasion fiscale a atteint un niveau inquiétant:
officiellement, elle serait, selon la Direction générale des impôts, d'un peu
plus de 70 milliards de dinars. Selon des recoupements effectués par la CNRC
(Chambre nationale du registre de commerce), l'évasion fiscale serait de plus
de 200 milliards de dinars par an à travers plus de 80% de transactions
commerciales qui se font sans facturation et entre 70 et 80% de ces
transactions utilisent le «cash» comme moyen de paiement.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Yazid Alilat
Source : www.lequotidien-oran.com