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Euro 2012 : Des Algériens au marché noir : suivez le guide !



Euro 2012 : Des Algériens au marché noir : suivez le guide !
500 euros pour Pologne-Russie, c'était trop cher.
Se déplacer jusqu'en Pologne ou en Ukraine sans pouvoir assister à des matchs de l'Euro-2012, constitue une grande frustration pour beaucoup. Ils sont des milliers à avoir vécu cette situation. Bien sûr, les plus frustrés sont les supporters des nations participantes, pour qui il est dur d'être aux alentours du stade sans pour autant avoir le «sésame» qui leur ouvre les portes : le ticket d'entrée. Avoir parcouru des milliers de kilomètres et savoir que là, dans cette enceinte, sa sélection nationale va jouer sans qu'on puisse la regarder et l'encourager n'est pas facile à accepter. Cependant, même pour ceux qui ne sont pas concernés directement par l'Euro, la quête d'un ticket est obsessionnelle, tant le désir de se sentir participer à ce grand événement est grand.
Des écriteaux «I need tickets» pour racheter des tickets légalement
Comment dès lors faire pour avoir des tickets d'entrée ' Deux moyens «classiques» sont utilisés : le rachat des tickets à des spectateurs qui se désistent pour le match visé et le recours au marché noir. La première option est celle utilisée en premier lieu, car tout à fait légale et plus «civilisée». Les acheteurs indiquent clairement, soit à la criée ou sur des écriteaux, leur quête de tickets d'entrée pour un match donné. Cela se passe généralement aux alentours du stade, le jour du match. Avant les matchs Pologne-Russie à Varsovie (Pologne), Portugal-Allemagne et Danemark-Portugal à Lviv (Ukraine), on pouvait croiser de nombreux supporters arborant des bouts de cartons sur lesquels étaient inscrits en anglais «I need tickets» (Je cherche des tickets) ou «Buying tickets» (Achat de tickets). Dans pareils cas, les autorités ferment les yeux, surtout si ceux qui cèdent leurs tickets le font au prix officiel. Cependant, le prix officiel n'est souvent pas respecté, le revendeur réclamant un petit supplément symbolique à titre de «frais».
Malgré la surveillance des policiers, des Algériens ont quand même acheté au noir
Reste la seconde option, très universelle : le marché noir. Or, elle est compliquée depuis que l'UEFA a informatisé le système de distribution des tickets. Ainsi, les deux plus gros quotas sont vendus aux fédérations des deux pays concernés par le match, à charge pour elles de les revendre aux supporters locaux, avec obligation de veiller à ce qu'il n'y ait pas de revente en gros en deuxième main afin d'éviter que les barons du marché noir s'en accaparent. De plus, les services de sécurité en Pologne et en Ukraine ont été instruits d'appréhender tout revendeur de billets qui s'affiche ostentatoirement. Or, des tickets ont bel et bien été revendus au marché noir durant cet Euro. Plus même : des Algériens en ont bénéficié.
Le code des revendeurs, c'est justement... «I need tickets»
C'est donc quoi, l'astuce ' C'est toujours... «I need tickets». En effet, ceux qui demandent à acheter des tickets sont souvent en même temps des revendeurs. Plus simplement, il y en a qui veulent revendre des tickets tout en voulant se montrer discrets et, pour ce faire, il laissent croire qu'ils cherchent à en acheter. «C'est un code connu des initiés en Europe», explique Merouane, un Algérien qui a eu recours par deux fois au marché noir pour assister à des matchs de l'Euro. «Ils font semblant d'acheter ' et ils sont toujours prêts à acheter des tickets si le prix est intéressant, pour les revendre par la suite ', mais ce sont, à la base, des marchands au noir.»
De 350 euros, ils ont négocié jusqu'à ramener le prix à 220 euros
Avec ses amis Farouk et Youcef, il a eu affaire une première fois avec le marché noir dimanche dernier à Gdansk, à l'occasion du match Espagne-Italie : «Nous sommes venus d'Algérie sans tickets d'entrée. Comme nous sommes des supporters du FC Barcelone, c'est naturellement que nous avons cherché à assister au premier match de l'Espagne. Arrivés aux alentours du stade de Gdansk, nous avons trouvé plein de revendeurs sous couvert d'acheteurs. Les prix proposés étaient vraiment exorbitants : 350 euros et plus. Après d'âpres négociations, nous avons péniblement ramené le prix à 300 euros, mais c'était encore beaucoup. Il est descendu jusqu'à 270 euros, mais pas assez pour nous», raconte-t-il. Finalement, ils ont pu arracher au revendeur trois tickets à 220 euros chacun. «Ce qui nous a aidés, c'est que le match allait commencer et qu'il y avait des places vides», reconnaît-il.
Les Maghrébins sont en Pologne et en Ukraine pour le business des tickets
Autre raison de la baisse du prix : le revendeur était un Maghrébin vivant à Paris. «Nous ne savions pas si c'était un Algérien ou un Marocain et nous n'avons pas osé lui demander. Ce qui est certain, c'est que nous avons utilisé nos origines communes pour le baratiner un peu. Il a finalement cédé.» Déjà, une partie du secret de la prolifération du marché noir des tickets a été levée : ce sont des gens vivant en Europe occidentale, des Maghrébins entre autres, qui ont acheté des tickets par internet et qui sont venus en Pologne et en Ukraine pour en faire un business. En vendant au prix fort une vingtaine de billets chacun, ils amortissent les frais de leur déplacement et de leur séjour et engrangent même des bénéfices.
500 euros pour Pologne-Russie, c'était trop cher
Mardi passé, les trois Algériens étaient à Varsovie et avaient projeté d'assister au match Pologne-Russie. Là, l'affaire était plus compliquée. «Déjà, c'est un match du pays organisateur, ce qui fait que la demande était déjà très forte. Quand on y ajoute qu'il y avait la Russie, une sélection qui a drainé 12 000 supporters, dont plus de la moitié n'avait pas de tickets d'entrée, c'était presque mission impossible.» Les trois hommes ont essayé quand même de négocier, en vain : des tickets se sont revendus à 500 euros et il y avait des preneurs. «C'était bien au-dessus de nos moyens. Le meilleur prix qu'on nous a proposés était de 400 euros, mais nous ne pouvions pas.» Les trois amis sont donc redescendus en ville pour suivre le match dans la Fan Zone, le périmètre aménagé afin de permettre aux supporters sans tickets de suivre le match sur des écrans géants, comme s'ils étaient au stade. Ce soir-là, le tableau a affiché qu'il y avait 106 000 personnes dans la Fan Zone ! «L'ambiance a été extraordinaire, mais elle ne vaut pas celle d'un stade», regrette Merouane.
Une bonne affaire hier : 90 euros seulement pour Espagne-Irlande
Hier matin, les trois amis algériens étaient réduits à deux, puisque Farouk est rentré au pays via Barcelone. Cependant, ils avaient fait une excellente affaire la veille. «Nous étions à la gare centrale de Varsovie et nous avons vu un couple de Russes affichant le fameux écriteau «I need tickets». Nous nous sommes renseignés auprès d'eux et nous avons appris qu'en fait, ils cherchaient à vendre des tickets qu'ils avaient achetés pour eux et leur petite fille afin d'assister au match Espagne-Irlande. Visiblement, ils n'avaient plus envie d'aller voir ce match et ils cherchaient à se débarrasser au plus vite des tickets puisque nous avons réussi à les acheter les trois à 270 euros, soit à 90 euros l'unité, alors que leur prix unitaire officiel est de 120 euros. N'est-ce pas une belle affaire '» Ainsi, avant de rentrer au bled, Merouane et Youcef ont pu assister hier au match Espagne-Irlande à Gdansk.
Une autre bonne affaire dans la soirée : le billet de Farouk a rapporté gros
Mieux : ils ont même pu faire une autre excellente affaire en revendant le troisième ticket, puisque Farouk était parti. «Les Espagnols étaient nombreux, les Irlandais également. Tout le monde sait que les Irlandais mettraient n'importe quel prix pour pouvoir assister à un match de leur sélection.» Ils n'ont pas voulu nous dévoiler le montant de la revente de ce ticket, mais le sourire de nos interlocuteurs était révélateur : «Disons simplement que nous avons récupéré une partie des frais engagés dans l'achat des tickets. Ainsi, nous rentrerons en Algérie très satisfaits de notre séjour.» Même dans le marché noir, on peut parfois voir la vie en rose...

Euro vision
Leçon de «génétique» à Varsovie
Il y a eu des brigades antiémeutes. Si, si ! Il y a eu des couteaux tirés. Mais si, puisque je vous le dis ! Il y a eu des batailles rangées. Il y a des témoins, je vous assure ! Il y a eu des biens publics dégradés. Vous pourrez le constater, il y a encore des restes de débris. Il y a eu des excités arrêtés. Allez demander à la police et vous verrez ! Il y a eu du sang qui a coulé. Les laboratoires ont vérifié, ce n'était pas de la grenadine ! Il y a eu des insultes qui ont fusé. C'est sûr, des micros les ont enregistrés ! Il y a eu un fumigène qui a été lancé. Je vous dis que les caméras l'ont filmé ! Il y a eu des véhicules caillassés. C'est certain, il n'y avait pas d'Algérien à l'intérieur, encore moins d'Algériens footballeurs ! Il y a eu des vitres cassées. J'ai bien vérifié, ce n'était pas à cause d'un ballon mal dégagé ! Bref, il y a bien eu des émeutes à l'occasion d'un match. Une de plus ou de moins, quelle importance pour les Algériens. Sauf que ça s'est passé dans un pays de gens blonds aux yeux bleus, de gens civilisés et intelligents, de gens qui ne sont pas fichés dans les répertoires de police du monde entier, des gens qui n'ont pas besoin de faire la queue durant des heures pour avoir un visa, des gens qui n'ont pas la «harga» comme projet de société. On peut être tout ça et être violent. Merci, Russes et Polonais, pour la superbe leçon de «génétique» !


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