Evolution historique de la ville
Deuxième partie et fin
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La présence et l’exploitation des minerais de fer ont été la cause déterminante de la création de Béni-Saf, de son développement, de son plein essor et la place parmi les grands centres de l’Oranie et même d’Algérie puisqu’elle est souvent appelée «Béni-Saf : capitale algérienne de la pêche et du fer».
Le village de Béni-Saf est d’abord implanté par une Société dénommée «Soumah et Tafna» dans la crique de Sidi Boucif (appelée aussi Mersat Sidi-Boucif) à proximité de l’exploitation minière de Dar Rih...
Mais c’est dans l’installation de la société minière «Mokta El Hadid» qui a obtenu en 1875 une concession de 99 ans sur une superficie de plus de 400 ha lui donnant la liberté de réaliser tous les travaux utiles à son organisation, qu’est fondé le village de Béni-Saf en commençant par la partie basse de Sidi Boucif.
L’extraction du minerai de fer était restée depuis plus de 50 ans, une activité de taille dans la région. La forme actuelle de la ville est le résultat d’une urbanisation à la fois volontariste et spontanée dont le processus de développement a été entamé depuis l’implantation de la Société minière «Mokta El Hadid». Ainsi, de 1875 à ce jour, la ville de Béni-Saf est marquée par cinq (5) périodes de construction :
Période de 1875 à 1900 :
Les premières populations européennes de composante espagnole en majorité étaient installées dans la partie basse de Sidi Boucif, un replat qui a permis l’implantation des habitations au nord, des équipements scolaires, sanitaires, culturels et cultuels au sud.
Le siège social de la société minière «Mokta El Hadid» était implanté dans la zone portuaire.
Les premières populations algériennes utilisées pour les travaux les plus durs devaient s’installer à proximité des galeries de la mine et au loin de la zone résidentielle européenne.
Ainsi, la pente forte du site de Boukourdan a été le lieu propice pour leur implantation.Période de 1900 à 1930 :
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Étant donné que le site initialement choisi était arrivé à saturation du fait que l’exploitation minière et les activités induites (pêche ...etc.) ont atteint leur vitesse de croisière, les nouvelles populations européennes se sont implantées aussi bien sur la berge orientale de Oued Sid Ahmed constituant le centre ville actuel que dans la zone du port.
Une amorce d’urbanisation a commencé déjà par la population algérienne sur les hauteurs du quartier appelé communément «Plan 2» diminutif du terme topographique «Plan incliné 2» employé par les ingénieurs de la mine.
Période de 1930 à 1958 :
Avant cette période, les thalwegs ont été remblayés ce qui a, par la suite, facilité autant que possible les liaisons entre les différentes parties du site. Ces remblais ont permis d’obtenir au Centre Ville soit sur l’Oued Ahmed, une plate-forme propice aux activités économiques dont la hauteur du bâti n’a en général jamais dépassé le simple rez-de-chaussée.
Il est à remarquer que l’affaissement des trois immeubles de la Cité d’El Djamila est dû à une poussée tangentielle des sols de remblai qui ne sont pas du tout désignés pour une grande portance (5).
C’est durant cette période également que la Plage des Puits s’était réellement urbanisée. Dans sa grande partie, Boukourdan s’est développé de façon continue et selon la même typologie (précarité et spontanéité de la construction) de 1900 à 1958.
Période de 1958 à 1970 :
Les constructions datent beaucoup plus de 1958 que de 1970.
Cette poussée urbaine affecte les quartiers de Boukourdan et de Sidi Boucif par des habitations de recasement et surtout au quartier du «Plan 2» par des habitations individuelles traditionnelles et le sud du haut Centre par l’habitat collectif (Cité d’ El Djamila, par exemple) .
Période de 1970 à ce jour :
Ce sont les mêmes quartiers précédemment cités qui sont touchés par l’urbanisme.
Mais le «Plan 2» a reçu le plus important programme durant cette période (logements, stade, polyclinique, collège d’ enseignement moyen, lotissements, etc.)
Malgré les différentes contraintes (site accidenté), l’évolution spatiale connaît une extension urbaine importante.
Plusieurs entités urbaines isolées les unes des autres forment l’espace urbain de la ville de Béni-Saf, notamment le centre ville (noyau ancien) et le port constituent le centre actif et attractif et économique de la ville ainsi que les quartiers périphériques dont les plus importants (Faubourg Boukourdan, le Plan 2, Sidi Boucif, Ghar el Baroud et Sidi Sohbi).
Ce type d’urbanisation soulève, du point de vue de la croissance de l’agglomération, un problème majeur qui se traduit par une répartition très déséquilibrée des équipements.
La pêche:
Le port, commencé en 1876, terminé en 1880, est construit à l’embouchure des deux Oueds, Oued Ahmed venu du sud est et l’ Oued Boukourdan venu du sud ouest.
Originalité du port de Beni-Saf
C’est un port public concédé à une compagnie pour 99 ans. Le décret du 14 Juin 1876 avait autorisé la compagnie des mines de Soumah et de la Tafna (laquelle avait fait la demande) à «établir ce port à ses frais, risques et périls sans subvention ni garantie de l’État (6).»
Description
Superficie du bassin :
17 ha. Le port a été construit à l’emplacement d’une ancienne lagune servant de confluent aux oueds Ahmed et Boukourdan. Il est situé au fond d’une baie très ouverte entre l’île de Rachgoun et le cap Figalo.
Les jetées :
La jetée ouest mesure 875 m et est coudée à angle droit. La jetée est mesure 300 m et était réservée au commerce. Entre ces 2 jetées, la passe d’entrée était de 160 m de longueur.
Le port, centre de pêche important tant par l’importance de la flotte et la population maritime que par le volume des apports.
Ce phénomène n’est pas du au hasard, il est le résultat de la position géographique privilégiée de cette zone littorale qui, bien que son plateau continental soit étroit par rapport à la moyenne mondiale, n’en est pas moins le plus développé de la côte algérienne. En outre, la proximité de Gibraltar lui permet de bénéficier directement du courant froid, qui, riche en zoophyte et phytoplancton, pénètre en permanence en Méditerranée (7).
Ces phénomènes naturels ont toujours contribué à faire de ce secteur du littoral, une zone de pêche privilégiée du poisson bleu et donne à Béni-Saf sa place de premier port de pêche de la sardine dans notre pays.
Cette circonstance heureuse vaut d’être soulignée car elle permet d’envisager raisonnablement, avec optimisme, le développement de la pêche dans cette commune.
L’exploitation de la pêche au port de Béni-Saf se pratique «à la part» suivant une coutume locale, d’origine espagnole.
Développement du tourisme
Le littoral béni-safien est caractérisé par des paysages remarquables et la beauté de ses sites. Il présente des potentialités économiques importantes: tourisme balnéaire, activités portuaires, pêche maritime.
Béni-Saf est classée station balnéaire suivant décret exécutif n°98-370 du 4 Chaâbane 1419 correspondant au 23 novembre 1998 (J.O n°88) ,c’est à dire commune offrant aux visiteurs des avantages résultant de sa situation géographique.
Sa promotion en station touristique dépendrait de la réalisation d’un ensemble d’hébergement, de curiosités touristiques naturelles, artistiques et culturelles ainsi que des structures de loisirs et de détente.
Béni-Saf occupe dans la région une position stratégique tant sur le plan géographique situé sur le littoral méditerranéen, économique possédant un tissu industriel et un port que touristique par la splendeur de ses sites pittoresques, de son architecture et de ses plages de sable fin.
A travers les repères historiques notés précédemment, le site de la côte béni-safienne constitue un trésor d’une très grande valeur touristique dépréciée malheureusement par l’urbanisation anarchique d’une part et le peu d’intérêt accordé depuis déjà plusieurs années à la vocation réelle de la ville.
A priori, commune à vocation touristique, Béni-Saf est déjà prédestinée à devenir une cité dortoir où aucune activité intéressante n’est enregistrée depuis déjà longtemps et vit dans la léthargie la plus absolue.
Malgré la réalisation d’un tissu industriel, ses activités économiques ne sont pas encore très développées et ses infrastructures restent insuffisantes pour une commune qui dispose d’atouts laissant présager des perspectives très prometteuses et un budget conséquent pour la promotion du tourisme au profit de cette ville en tant que station balnéaire (8).
La relance du tourisme dans son sens le plus large pourrait faire sortir la ville de sa léthargie et de l’anonymat.
C’est pourquoi les élus doivent accorder plus d’importance à ce secteur qui n’a pas encore trouvé sa véritable place dans le développement économique, social et culturel.
Pour peu que la volonté existe et avec des études appropriées et sérieuses, nul doute que l’essor de cette ville est un pari gagné.
Dotée de tous les atouts mais privée des infrastructures en matière d’hôtellerie, Béni-Saf, pour la plupart des gens, a un goût salé de poisson et n’est qu’un simple port de pêche.
Un seul hôtel de 44 lits réalisé en 1978 sur concours de l’Etat est mis à la disposition des touristes locaux ou étrangers mais loin de répondre aux besoins d’une ville à vocation essentielle-ment touristique.
Les trois hôtels qui constituaient l’infrastructure d’accueil des voyageurs et des touristes ont été cédés mais ont vite perdu leur vocation puisqu’ils ont été transformés en bâtiments administratifs (Agences bancaires, cabinets médicaux privés et autres...) délestant ainsi la ville de ses véritables atouts touristiques.
Il s’agit d’établissements à caractère touristique concédés en 1968 par l’Etat aux communes balnéaires en vue de développer leurs capacités d’accueil et développer leurs ressources financières.
Commune à vocation touristique disposant d’atouts laissant présager des perspectives très prometteuses, Béni-Saf devient durant l’été pour les milliers de visiteurs des régions environnantes, de la communauté algérienne vivant à l’étranger et les jeunes colons de toutes les wilayas environnantes, le littoral le plus beau qui fait l’orgueil des habitants de la ville.
Actuellement, le secteur touristique privé connaît la construction de complexes touristiques balnéaires de haut standing mais reste en deçà des perspectives.
Voilà, en tout et pour tout, les possibilités qu’offre actuellement Béni-Saf dans le domaine du tourisme auquel il est nécessaire que les élus doivent donner les moyens essentiels à son épanouissement et à son développement puisque favorisé par ce don de Dieu et par ces facteurs naturels que peuvent envier plusieurs villes européennes.
Le site de la côte béni-safienne constitue un trésor d’une très grande valeur touristique.
Toutes les études et autres réflexions réalisées ça et là mentionnaient la nécessité et l’urgence qu’il y avait à relever le niveau du secteur du tourisme mais en vain.
L’Aquarium :
Construit vers les années 1950 compte tenu de l’importance de la faune et la flore marines et les traditions de pêche. La bâtisse a été élevée sur un bloc rocher mouillant dans l’eau.
La structure a été aménagée en salle aquarium de 24 bassins d’ornements (eau de mer) présente une faune aquatique, des laboratoires scientifiques (étude de la faune) et d’une salle de documentation scientifique et technique. Il a existé au niveau de la structure: un aquarium, une unité d’aquarium en eau douce et un musée marin. Cette infrastructure mériterait une attention particulière. Sans autre commentaire.
Culture
L’unique salle des fêtes construite durant la période coloniale (aucune date précise n’a pu être avancée, faute de documents) d’un style et d’une architecture de type européen dont la vocation et la dimension culturelles sont méconnues depuis déjà longtemps.
En s’éloignant petit à petit de l’espoir de renouer avec les traditions de la ville dans ce domaine, cet édifice se dégrade de plus en plus puisque aucune mesure n’a été prise pour réhabiliter et sauvegarder ce chef d’œuvre patrimonial.
D’autres infrastructures culturelles et artistiques aussi importantes architecturale-ment déjà délabrées et profanées méritent qu’on s’y intéresse.
De telles infrastructures ont perdu leur vocation à l’instar de celles d’autres villes du pays et risquent le même sort, entre autres: une salle de cinéma de plus de 230 places, nationalisée puis restituée à son propriétaire dans un état de délabrement total; une deuxième salle de cinéma de plus de 150 places, devenue un banal établissement de location de cassettes vidéo. Celles-ci pourraient apporter, sans aucun doute, un «plus» à la vie culturelle et artistique de la ville si on leur restitue leur vocation.
Un autre lieu de rayonnement qui mériterait d’être souligné, la Mosquée de Ghar El Baroud de style architectural maghrébin, premier édifice religieux construit lors de la création du village, vaut la peine aussi qu’on s’y intéresse de près.
Une étude sérieuse révèlera, sans nul doute, la valeur de ce patrimoine historique et religieux situé dans une localité qui a connu la première transformation du minerai de fer qui se faisait dans des forges primitives et où l’on fabriquait aussi de la poudre pour les troupes de l’Émir Abd El Kader.
Sport
Béni-Saf fut aussi la capitale régionale de basket-ball (Sport local) avec des équipes valeureuses.
L’équipe locale, plus connue sous le nom de la Jeunesse Populaire de Béni-Saf,(J.P.B.S.) a battu des adversaires redoutables, en remportant des victoires et des titres.
Elle est restée pendant très longtemps le symbole du basket-ball dans toute l’Algérie et même à l’étranger puisqu’elle a eu à affronter de grandes équipes en matchs amicaux -Etats-Unis (Michigan)- Maroc (Rabat, Berkane)- Russie (Géorgie)- Chine (Equipe universitaire)...etc.
Connue pour ses exploits dans cette discipline mais reléguée malheureusement à un rang inférieur, une relance des activités sportives accompagnées de moyens conséquents pourrait redorer le blason du basket-ball béni-safien.
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5 Revue de la presse algérienne et actualités économiques n°19 - 27 Juin 1946,
6 Monographie de la wilaya de Tlemcen (Mai 1980),
7 Plan directeur d’Aménagement et d’Urbanisme (PDAU) du Groupement de Béni -Saf - Sidi -Safi -Émir Abd El Kader (1997).
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Omar Brahami
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com