Alger

Epiphénomène



Epiphénomène
Il était vain d'attendre un quelconque succès et une régularité dans une opération pilotée par un gouvernement dont la démarche consiste, depuis plusieurs mois, à faire le dos rond aux révélations sur des scandales de corruption éclaboussant des dirigeants en poste ou des dignitaires déchus. Avec la bérézina du bac, il peut exister au sein de l'Exécutif des responsables qui seraient presque soulagés d'assister enfin à un scandale «domestique» sans résonance dans la presse mondiale et des juridictions étrangères.Le sort de la ministre de l'Education nationale, livrée à la galaxie de l'échec qu'est la gouvernance du pays, est par contre peu enviable. Pire qu'un limogeage, elle a subi, pendant ce week-end, une réunion de huit heures dans le seul but de s'assurer que le pacte de stabilité avec les partenaires sociaux ne sera pas rompu à l'occasion de cette catastrophe éducative. En la faisant s'afficher aux côtés du patron du Renseignement, jeudi lors d'une cérémonie à l'Ecole militaire de Cherchell, les concepteurs de la communication officielle ne font pas avancer le débat sur les nouvelles missions des Services, d'autant que les fuites au bac n'ont aucune sorte d'équivalence avec les menaces aux frontières ou sur les sites gaziers. La tricherie aux examens n'est qu'un épiphénomène dans un contexte de sinistre chronique et envahissant. On reste plus que dubitatif devant la réaction du gouvernement qui s'engage à «préserver la crédibilité du baccalauréat et l'égalité des chances pour les élèves». Il faudra la construire, cette crédibilité, avant de vouloir la préserver, et inscrire une égalité des chances dans une perspective d'épanouissement et non d'échec annoncé.Ce ne sont pas les sujets d'histoire-géo «fuités» qui ont le plus choqué, mais le fait que ceux de mathématiques aient été jugés «trop difficiles». Même après un examen net et au-dessus de tout soupçon, les nouveaux bacheliers, complètement désarmés dans les matières scientifiques, ne peuvent pas construire des capacités managériales pour l'avenir. Un expert de la Banque mondiale n'a pas surpris en déclarant, la semaine dernière à Alger, lors d'une conférence régionale sur l'amélioration de la gouvernance, que les diplômés algériens «ne sont pas bien formés dans les spécialités scientifiques». Le drame de l'école algérienne ne remonte pas à l'avènement des TIC, lesquelles, il est vrai, donnent une visibilité scandaleuse à l'échec du secteur et à la déliquescence de l'administration publique. La destruction du système éducatif a été planifiée et exécutée il y a plusieurs décennies par les tenants de l'idéologie officielle encore en vigueur.Avant ce triste épisode des sujets d'examen publiés sur les réseaux sociaux, l'opinion publique a subi les interventions affligeantes de députés et autres hommes de main du projet obscurantiste qui intimaient, devant des médias enthousiastes, l'ordre à la ministre de l'Education nationale d'abandonner l'idée de la réforme des programmes. L'étendue des dégâts est telle que, même après une transition démocratique réussie, le développement du pays restera problématique.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)