Alger

ENTRETIEN AVEC MOHAMED BAIRI, CANDIDAT À LA PRESIDENCE DU FCE «Je veux apporter un nouveau souffle au forum»



Entretien réalisé par Brahim Taouchichet
Branle-bas de combat au sein du Forum des chefs d'entreprise (FCE) depuis que son président sortant a rendu publique sa décision de se représenter pour un 3e mandat de 2 ans, dans un entretien au Soir d'Algérie le 28 septembre dernier. Réda Hamiani se prévaut d'une demande pressante de beaucoup de membres du FCE à ce sujet. Depuis, outre le président sortant, trois candidats sont en lice pour le poste de président du forum. Mohamed Baïri, tout juste 39 ans, en fait partie. Il est à la tête d'Ival, distributeur des marques Iveco, Mazda et Fiat récemment et président de l'Association des concessionnaires automobiles (AC2A).
Des dents en porcelaine, faisant partie de la génération des quadragénaires, il a l'ambition d'apporter «un nouveau souffle» au FCE, lequel a «atteint ses limites» aujourd'hui dans son fonctionnement.
Le Soir d'Algérie : Vous voilà dans la course pour la présidence du FCE. Qu'est-ce qui vous motive : le challenge ou l'ambition somme toute légitime '
Mohamed Baïri : Il m'a été donné de m'expliquer sur ce sujet. Certains collègues du FCE m'ont sollicité afin que je me porte candidat. Oui, c'est un bon challenge pour moi qui, soit dit en passant, fait partie de notre culture familiale d'entrepreneuriat, tradition qui se transmet de père en fils. En mon âme et conscience, j'ai la conviction que je peux apporter un plus à notre organisation.
L'annonce de votre candidature a pour interface — si j'ose dire — tout un programme que vous comptez concrétiser une fois élu. Quels seraient les moyens de votre politique '
Le programme que je propose est réaliste, il est basé sur notre expérience. Nous projetons 10 actions à mener dont la restructuration du FCE sur demande des adhérents avec lesquels j'ai mené des discussions approfondies d'où leur insistance pour que je me porte candidat.
Quelle est l'idée force de ce programme '
C'est d'abord l'entreprise algérienne : recenser toutes ses difficultés, être à l'écoute de sa vie interne, permettre à chaque chef d'entreprise de s'exprimer. Il s'agit aussi de parvenir à la collégialité dans la gestion du forum, introduire durablement les règles de la démocratie.
Face à vous Réda Hamiani, président sortant, est serein quant à ses chances pour un troisième mandat car il se prévaut de sa longue expérience et du soutien de beaucoup de membres du FCE. Votre commentaire...
M. Hamiani est libre de dire qu'il est soutenu par plusieurs membres du Forum, ce sont les urnes qui permettront de sortir le candidat vainqueur.
Vous avez dit à propos du FCE — sous entendu sous Hamiani — que «l'action menée jusqu'ici semble avoir atteint ses limites». Est-ce à dire que vous récusez le bilan du président actuel '
Non, je ne rejette pas son bilan. Je dis tout simplement que le FCE a atteint ses limites et qu'il a besoin d'un nouveau souffle et d'alternance. Il y a des choses qui n'ont pas été faites durant ses deux mandats et ce n'est pas un 3e mandat qui garantira leur réalisation.
Un affaire d'âge, de génération '
Pas du tout car la vie de l'entreprise n'est pas assujettie à l'âge de son chef.
Certains parlent d'opacité dans la gestion et le fonctionnement actuel du forum. Vous semblez, vous aussi, partager ce point de vue. Quelles en sont les motivations profondes '
J'ai élaboré mon programme sur la base d'écoute des doléances des membres du FCE. J'en ai conclu qu'il faut développer la concertation et la collégialité dans la gestion des dossiers dont se charge le Forum.
Outre vous-mêmes, quatre autres candidats sont en course pour la présidence du FCE. Vous ne formez pas bloc face au candidat sortant. N'est-ce pas là un désavantage '
Croyez-vous en vos chances d'être à la tête du FCE après le 17 novembre ' Je peux vous dire que si je ne croyais pas en mes chances d'être élu je ne serais pas candidat. J'ai confiance et j'ai la capacité d'apporter ma contribution au forum. J'ai soumis mon programme aux membres du forum, preuve de mon désir de concertation s'il en faut.
Par rapport au président sortant, vous faites partie de la jeune garde du FCE, les quadragénaires qui se lancent à l'assaut du pouvoir au sein du forum. Une génération chasse l'autre '
Mais non, il y a continuité dans le travail. J'insiste sur la concertation qui doit prévaloir avant toute décision dans le cadre du conseil d'orientation stratégique. Nous avons besoin de l'expérience de nos aînés et apporter un souffle nouveau pour dynamiser l'action du FCE.
Parlant de nouveau souffle, est-ce le vrai départ cette foisci pour l'industrie automobile avec les négociations avancées entre le gouvernement et Renault notamment '
Nous avons sollicité la concertation sur ce sujet avec les pouvoirs publics. Cela fait plus de 40 ans qu'on en parle mais l'industrie automobile n'a pu voir le jour car chaque opérateur travaille isolément. Cela fait 12 ans que je suis dans le secteur de l'automobile ce qui signifie que nous sommes au fait de la politique du constructeur. Nous sommes une quarantaine de concessionnaires automobiles pour autant de marques. C'est dire que le marché de l'automobile est vaste. Il y a le Maghreb, l'Afrique. Nous disons aux autorités : écoutez-nous, prenez notre avis et il vous appartient à vous de décider.
Justement, quelle place pour les entreprises privées dans l'industrie automobile '
Il s'agit de développer la sous-traitance à travers les PME (NDLR : petites et moyennes entreprises), promouvoir le transfert du savoir-faire dans la fabrication de la pièce de rechange sur la base des normes reconnues en association avec le constructeur avec un taux d'intégration utile et profitable pour l'économie du pays.
Comment passer selon vous du statut de revendeur de véhicules à celui de producteur '
Concessionnaire auto, c'est d'abord un métier, un cahier des charges qui implique la garantie, le service après-vente, la disponibilité de la pièce de rechange. Il y a aussi la formation car il y a un énorme déficit en matière de qualification de haute technicité. Les jeunes formés dans les CFPA sont embauchés par les concessionnaires. Nous sommes sollicités par les sous-traitants tout comme la SNVI qui en avait 350 et qui aujourd'hui essayent de revenir. Les concessionnaires n'ont pas pour vocation de fabriquer la pièce de rechange qui revient aux sous-traitants qui nous sollicitent et là il faudra fixer un cahier de charges et bénéficier du soutien de l'Etat.
A propos du parc automobile, pensez-vous qu'il est saturé compte tenu des importations massives ces 20 dernières années '
Il y a 300 000 véhicules pour 36 millions d'habitants. En terme de marché, c'est 250 000 par an. Nous sommes le 2e marché avec des besoins de 500 000 unités par an. L'Afrique du Sud occupe la première place en matière de besoins estimés à 550 000 véhicules. Pour le reste, c'est une question d'infrastructures routières. Le parc de la wilaya d'Alger peut contenir 250 000 voitures ; or, il y a 1 300 000 immatriculations. Savez-vous qu'à l'hôpital Mustapha 15 000 véhicules entrent et sortent chaque jour ! Mais j'observe que suite à l'ouverture de la 2e rocade, la circulation est devenue plus fluide.
Le parc de voitures étant aujourd'hui à l'état neuf, qu'en sera-t-il demain s'agissant de la maintenance et de la disponibilité de pièces de rechange et aussi si le pays venait à manquer de ressources financières dont il dispose aujourd'hui '
Cela démontre une fois de plus la nécessité de développer le marché de la pièce de rechange. C'est à l'Etat de prévoir une clause avec le constructeur et veiller quant à l'importation de véhicules ne répondant pas aux normes.
B. T.
REPÈRES
Le Forum des chefs d'entreprises (FCE)
*Le Forum des chefs d'entreprises (FCE) est une association à caractère économique créée en octobre 2000 par un groupe de chefs d'entreprise, afin de contribuer à l'instauration de l'esprit d'entreprise au sein de l'économie nationale et de promouvoir les intérêts de l'entreprise algérienne.
*Président-sortant : Réda Hamiani, chef d'entreprise, ancien ministre de la Petite et Moyenne entreprise. Le Forum regroupe à l'heure actuelle 250 membres représentant plus de 500 sociétés parmi les plus importantes activant sur le marché algérien ; le chiffre d'affaires global de ces sociétés est de l'ordre de 5 milliards d'euros et l'emploi global est de l'ordre de 130 000 postes de travail.
*Le Forum des chefs d'entreprises s'est donné pour vocation essentielle de se constituer en une force de proposition et d'action au service de l'entreprise avec pour motivation principale de promouvoir une organisation crédible apte à faire valoir le point de vue des entreprises algériennes, tous statuts confondus, et à faire entendre leur voix sur la scène économique nationale, à travers le dialogue permanent avec les autorités économiques bien sûr, mais également avec tous les autres acteurs économiques et sociaux (médias, syndicats, chercheurs, etc.).
*L'idée de base que le Forum tente de promouvoir, c'est que le développement des entreprises est la seule voie appropriée pour organiser une relance forte et durable de la croissance, des créations massives d'emplois et une lutte efficace contre la pauvreté.
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