"La société ne peut pas entamer une phase pacifique si les problèmes que l'on agite, les massacres de populations, les purges et les luttes intestines ne sont pas mis en parole", a affirmé Daho Djerbal.Lors du deuxième et dernier jour du colloque organisé par l'Association d'aide, de recherche et de perfectionnement en psychologie (Sarp), les communicants ont abordé la problématique de "l'histoire et mémoire collective". Le sociologue Daho Djerbal pense que la guerre de Libération et les crises successives, qui ont secoué le pays, ont entraîné de multiples traumatismes non verbalisés et refoulés dans la mémoire. Un événement fortuit pourrait les faire émerger à la surface.
"La société ne peut pas entamer une phase pacifique si les problèmes que l'on agite et les massacres de populations, les purges et les luttes intestines ne sont pas mis en parole. Il est important de verbaliser cette histoire refoulée." Outre les silences et les non-dits, le sociologue avertit contre "le bavardage stéréotypé, le discours de propagande et l'instrumentalisation politique". Daho Djerbal cite les cas de liquidations internes entre frères au sens génétique du terme. "Cette situation engendre un double traumatisme. La victime et le bourreau sont transporteurs de ce traumatisme vers d'autres générations." Durant les épisodes de purge, d'affrontements interclanique et interfamilial, étaye le conférencier, l'oubli est nécessaire pour permettre à la société de se libérer, au risque de subir une dislocation. Interrogé sur ces jeunes qui idéalisent la France dans un contexte de mémoire post-coloniale, il explique que le ressentiment et la non-reconnaissance font que l'on bascule de l'autre côté, par provocation. Martine Timsit, neuropsychiatre à Toulon, a relaté les conditions d'ouverture de la première clinique de psychiatrie en Algérie après l'indépendance. Appelée "L'Hermitage", elle a été par la suite baptisée "Drid Hocine" du nom d'un infirmier exécuté par l'OAS.
Après avoir effectué des études en médecine à Paris et à Marseille, Martine Timsit est retournée en Algérie en 1962, où elle a contribué à la relance du service de psychiatrie de l'hôpital Mustapha-Pacha et à l'enseignement de la physiologie du système nerveux à la Faculté de médecine d'Alger.
À la suite du coup d'Etat du 19 juin 1965, elle s'est exilée en Belgique. Actuellement à la retraite, elle participe à Toulon à des consultations en faveur des populations en situation de précarité et des demandeurs d'asile. Dans une communication intitulée "Légitimation scientifique et reconnaissance politique", elle est revenue hier sur le déni de l'histoire du passé colonial et ses conséquences. "Pendant de nombreuses années, des milliers de personnes ont pu être prises en charge à Drid-Hocine dans l'urgence, avec des moyens précaires, parfois en l'absence de médicaments, mais toujours dans un climat de fraternité et d'égalité. Après la guerre de Libération, l'Algérie s'est heurtée à un choc moral. Les gens ont engagé une folle course pour s'emparer des biens vacants", a soutenu Martine Timsit. Il est temps, estime-t-elle, à partir de ce passé et "de monstruosités gardées secrètes dans la mémoire traumatique de susciter des ressources créatives".
Cette neuropsychiatre reconnaît que depuis que le terrorisme a provoqué de nombreuses victimes en France, l'intérêt pour le stress post-traumatique s'est renouvelé. Cet intérêt contraste, toutefois, affirme-t-elle, "avec l'indifférence portée aux problèmes de santé provoqués par le terrorisme dans d'autres pays et à la non-reconnaissance des souffrances psychologiques présentées par les demandeurs d'asile ayant subi des traumatismes sévères et répétés avant leur arrivée en France où ils sont déboutés".
Nissa H.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nissa Hammadi
Source : www.liberte-algerie.com