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Entre l'amusant et le tragique...



Entre l'amusant et le tragique...
Contre-fugues est un roman difficile à classer : d'aventures, psychologique, de poésie, de témoignages, autobiographique ' C'est à la fois tout cela et quelque chose de plus complexe qui consiste en la recherche du sens profond des choses de la vie.Cet ouvrage de 335 pages, dont c'est apparemment la première publication de l'auteur, a paru aux éditions ENAG en 2015. L'auteur, médecin de profession, a également embrassé la politique puisqu'il a été élu deux fois député, en 1991 et 2007. Contre-fugues est un roman difficile à classer : d'aventures, psychologique, de poésie, de témoignages, autobiographique ' C'est à la fois tout cela et quelque chose de plus complexe qui consiste en la recherche du sens profond des choses de la vie. L'histoire se déroule entre le "Cap des vents", situé dans la montagne, quelque part en Algérie, et la campagne française où "il ne croyait pas découvrir autant de terres fertiles, plus étendues que la Soummam ou la Mitidja".Davouj ou Tonton pour les intimes est un ancien maquisard qui garde encore des éclats de bombe dans son corps, marié et père de famille. Les tempes grisonnantes, charmant, vif et léger, tout le destine à une vie peut-être dure, mais tranquille dans son village où "les gens préfèrent l'austérité à toute forme de bassesse". Il va pourtant se retrouver projeté dans El Ghorba aussi mystérieuse qu'implacable. Sans jamais abandonner sa première femme et ses enfants, il va prendre pour seconde épouse Rosalie la Française, journaliste de son état mais qui aide ses parents possédant une ferme et une fabrique de fromages. Mais cela ne vient pas facilement, le père Joseph et le frère François, entre autres, voyant d'un mauvais ?il cet étranger arrivé à leur ferme pour gagner sa vie, s'emparer de leur fille. Le couple va dès lors se retrouver balloté entre les railleries des gens du mas et les moqueries des parents et des voisins du bled. "Les choses de la vie rendent fou, à en oublier l'essentiel", disent ses proches et les villageois qui lui reprochent d'avoir convolé en secondes noces à son âge et avec déjà une famille à charge et d'avoir pris une Française de surcroît. Même la venue de la petite Tamazouzt n'y changera pas grand-chose. Chacun de son côté, Rosalie et Davouj affronteront longtemps les médisances de leur entourage, espérant au fond d'eux-mêmes que le bon sens et l'amour finiront par triompher de la bêtise. L'auteur va dérouler la complexité de la relation coincée entre l'amour et les traditions.Entre les réminiscences historiques et la réalité des échanges humains d'aujourd'hui. Se voulant sociologue, parfois psychologue, Mohammed Stiet dissèque les contradictions des deux sociétés (celle du Cap des vents et celle de la campagne française) qui semblent se rejeter et s'embrasser à la fois. L'ancien combattant de la guerre de Libération nationale va avoir une idée de génie en venant réaliser une fromagerie dans son village natal, donnant du travail aux jeunes et aux femmes du village, les uns s'occupant de la fabrication, d'autres de l'élevage caprin qui procure le lait. Cela génère une sorte de transcendance qui décrispe l'atmosphère.Comme par magie, "l'écart" de Davouj qui a osé épouser une roumia est vite pardonné, voire approuvé, même d'ailleurs par la première épouse et la vielle maman Ourida qui clament, pour sauver leur dignité, qu'El Ghorba impose cette situation à beaucoup d'émigrés qui se battent loin des leurs pour les nourrir, les vêtir et instruire les enfants. Les péripéties sortent le village de sa monotonie, là où la venue d'une pelleteuse est vécue comme un évènement historique.De l'autre côté de la Méditerranée aussi, on commence à accepter Tonton dans la famille du père Joseph, même si des piques occasionnelles rappellent Davouj à sa réalité d'émigré avec tout ce que ce mot contient de péjoratif dans la bouche de François. Mais il s'y habitue et n'y prête pas trop d'attention. Ainsi iront les choses, perpétuel aller-retour entre les deux bords. Entre-temps, la vie s'écoule, avec ses moments de bonheur et ses vicissitudes. Mais que lui demander de plus, semble suggérer l'auteur qui pense "qu'il existe des valeurs chez les uns et les autres...Au fil du temps, des échanges s'effectuent entre humains. Là réside l'intérêt à édifier des passerelles avec autrui. Apprendre et découvrir, faire évoluer et non se renier". Le récit de Mohammed Stiet est captivant, allant de l'amusant au tragique. Ecrit dans un spectre de langue française alliant le style des anciens auteurs au langage moderne des jeunes, il requiert toutefois du lecteur qu'il se munisse d'un dictionnaire, tant l'?uvre foisonne de mots du vieux français, mais qui ont le mérite de décrire les personnages, les situations et les émotions avec une étonnante précision.À voir l'imagination de l'auteur et son parcours professionnel et parlementaire, il faut s'attendre à d'autres publications puisqu'il continuera certainement "d'essayer d'écrire un peu, par moments", comme il le dit lui-même.Contre fugues de Mohammed Stiet Editions ENAG 2015, 335 pages.


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