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"Entre l'Algérie et la France, c'est encore très difficile"



img src="http://www.lexpressiondz.com/img/article_medium/photos/P131226-07.jpg" alt=""Entre l'Algérie et la France, c'est encore très difficile"" /Réalisé par Malik Aït Aoudia (Algérie) et Séverine Labat (France) le documentaire Le martyre des sept moines de Tibhirine de 72 mn revient sur une des épisodes sanglantes qu'a connues l'Algérie et touchées par extenso la France. En effet, après l'échec des tractations secrètes entre le gouvernement français via un émissaire et le GIA à Médéa, l'assassinat des moines trappistes est annoncé le 21 mai 1996 dans un communiqué attribué au Groupe islamique armé ce qui suscitera effroi et consternation des deux côtés de la Méditerranée. Des gens, qui sous le coup de menaces répétés des islamistes terroristes, refusent d'abdiquer devant l'obscurantisme préférant l'amour de Dieu aux ténèbres des jihadistes. Sans doute d'où le nom du film fiction Des hommes et des dieux, réalisé en 2010 par Xavier Beauvois. Dans le documentaire auquel ont assisté notamment Mon Seigneur l'archevêque d'Alger, Henri Tessier et même l'écrivain Rachid Boudjedra, l'investigation remonte jusqu'à l'émir du GIA qui évoque la logique de la peine de mort lorsque tu trahis ta cause, en tuant et tes ennemis et les amis de tes ennemis, autrement en s'attaquant à l'Etat et son peuple qui se ralliera contre le FIS lors de la nouvelle élection présidentielle, élisant Zeroual. Les témoignages très dures à supporter sont étayés par des images d'archives tirées de vidéos même des terroristes et celles de la télé algériennes insoutenables à regarder, où l'on distingue de nombreuses victimes entre adultes et enfants assassinés, mais aussi des images de propagande, de discours de Ali Benhadj et des manifestations de centaines de salafistes embrigadés courant dans les rues. On y découvre ainsi des témoignages exclusifs plusieurs fois recoupés de responsables du GIA, d'officiers supérieurs de l'Armée algérienne, mais aussi de membres du gouvernement français sous l'ère de Jacques Chirac, à savoir Alain Jupé et Charles Pasqua ainsi que des membres des services de renseignement. Ce film qui reste une clé de décodage parmi tant d'autres, demeure un outil important dans la lecture de ce passé pas encore cicatrisé. Son auteur nous en parle...L'Expression: Tout d'abord pourquoi un tel film'Malik Aït Aoudia: D'un point de vue personnel, c'est une dette morale. Ces moines avaient la possibilité de partir et se mettre à l'abri, mais ils ont choisi de traverser la nuit algérienne avec leur amis algériens au risque de mourir. C'est comme ça qu'ils sont morts, ont été enlevés et assassinés. En tant que réalisateur, leur rendre hommage c'est raconter leur itinéraire et le raconter le plus proche possible de la vérité. C'est pour cela que j'ai voulu faire ce documentaire. J'ai tout étudié avant de le réaliser et ensuite j'ai été rechercher et interroger les témoins, les acteurs. Ce que je raconte est ce que je pense être la vérité. A charge aux autres de répondre sur les faits. Je ne défends aucune thèse.Comment arrive-t-on justement à dépasser l'affect en interviewant ces criminels et comment les avez-vous retrouvés'C'est très long. Vous en rencontrez un, vous établissez avec lui une relation de confiance. Et un jour, il vous amène chez un autre. Et l'autre vous emmène chez un troisième et vous finissez par rencontrer beaucoup d'acteurs, c'est comme ça. Maintenant je suis citoyen algérien et comme citoyen algérien j'exprime mes opinions, mes sentiments par le vote, quand je suis réalisateur je n'ai pas à mêler les choses. Il est là, je l'interview car je pense que c'est de mon devoir. Et c'est ma responsabilité de le faire même s'il est émir du GIA, de le faire le plus neutre possible. Pour que vous et les autres, puissiez avoir ce témoignage et se faire une opinion. Cela n'a pas d'intérêt d'aller l'interviewer pour l'insulter. C'est mon métier de surmonter ces difficultés.Quel a été la réaction côté français vis-à-vis de ce film'C'est le silence..D'autant que vous rapportez dans ce film l'échec cuisant et délicat des négociations qui ont été menées en France pour libérer les otages en Algérie, bien que cela est dû aussi à des affaires principalement qui relèvent de la souveraineté nationale qu'il ne fallait pas écorcher..Non, ce n'est pas un échec. Je le pense honnêtement. Là je vais vous donner mon point de vue, à partir du moment où les moines ont été enlevés, ils étaient condamnés. Mais néanmoins, je constate une fois de plus qu'entre l'Algérie et la France, c'est très difficile. Le dernier exemple c'est «sain et sauf» à propos de Valls qui revient d'Algérie, (phrase prononcée par le président Hollande devant le Crif Ndlr). Rien n'est normal entre les deux pays. C'est normal en même temps, compte tenu de ce qu'a été l'histoire. Cette histoire n'a pas encore été digérée. Aussi bien du côté français, que du côté algérien. Elle est toujours conjuguée au passé pulsionnel. Et ça donne ce genre de dérapage tragique pour les moines ou grotesque lorsqu'il s'agit de Hollande et la visite de Manuels Valls en Algérie.


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