Alger - Revue de Presse

Entre exhibitionnisme et religiosité Une histoire de maillots



Si les hommes attendent l'été avec impatience, pour exhiber leurs muscles «buildés» tout au long des courtes journées hivernales, les plages, pour les femmes, sont synonymes de podium dédié aux défilés de mode et aux maillots de bain.

Même si on est loin du sable chaud de Copacabana ou encore des rivages de Miami, la tendance nationale est plutôt à un esprit flirtant avec une insouciance, toute relative, née aux forceps après une décennie de privation.

 En effet, on assiste, depuis quelques années, à un retour vers une «décomplexion « vis-à-vis de la nudité féminine et une acceptation de soi et de son corps. Mais, loin de toutes ces approches philosophiques, la femme s'est de nouveau réconciliée avec ses bourrelets, ses vergetures et ses cellulites et n'hésite plus à s'afficher dans un deux-pièces avec ou sans paréo. Sur ce volet, les estivantes, surtout les jeunes femmes, sont incollables sur la mode et ses dernières nouvelles. Pour Meriem, 19 ans, étudiante à Sidi Bel-Abbès, le paraître est parfois plus important que le reste et elle avoue débourser jusqu'à 4 mille dinars pour un deux-pièces, histoire de ne pas être ridicule en présence des émigrées qui n'éprouvent aucune gêne à bronzer en maillot de bain, taille réduite. Les plages reflètent le quotidien social et ne peut nullement s'en dissocier et on y retrouve aisément une vitrine des moeurs qui le régissent.

 Malgré une ouverture des mentalités sur la véritable place de la plage dans la configuration sociale, il n'en demeure pas moins qu'avec le retour d'un rigorisme religieux de plus en plus présent, la mer à l'algérienne s'inscrit dans le droit chemin d'une réappropriation de l'espace perdu du temps de la montée de l'intolérance. Ainsi, et après les fameuses «bédiîas», «blousette» amphibie et cycliste imperméable, la mode actuelle est au maillot six pièces façon tchador, en vente libre dans les magasins spécialisés. On les retrouve à 2.600 dinars dans les vitrines du centre-ville, garantie hidjab.

 A leurs côtés, des deux pièces, une pièce et autres formules barbares propres à la compréhension de nos plages. Pourtant, les mentalités, même chez des jeunes filles, loin de tout tabou religieux, sont régies par un atavisme «inexpliqué», une horma qui a survécu à la modernité et aux diplômes universitaires. Majda, presque 23 ans, fraîchement diplômée, affirme sans sourciller qu'elle n'exhibe jamais son corps même si elle se baigne avec un maillot d'une pièce. «J'ai toujours une robe d'été sur moi et au moment de plonger je l'enlève et au moment de sortir, je demande une serviette». Un compromis entre la bédiîa et le bikini qu'elle trouve provocant. Pour les marques en vogue, elle citera Adidas, Aréna, Speedo dont la moyenne tourne autour des 3.500 DA.

 Des prix qui ne découragent pas les adeptes de la Grande bleue qui cherchent à allier plaisir avec m'as-tu vu. Pour les bourses plus modestes, il existe toujours des maillots de bain à mille dinars de qualité douteuse et dont l'espérance de vie ne dépasse pas la saison. Quoi qu'il en soit, et avec l'avènement proche du Ramadan, les plages croulent de plus en plus sous un foisonnement de tissus, excentriques, exhibitionnistes ou religieux.


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