
Une coutume bien ancrée chez les AlgériensUn Aïd sans gâteaux relève de l'impensable. Comment faire quand on est une femme active' Pas de panique...Comme c'est de coutume, la dernière semaine du Ramadhan les ménagères laissent de côté la chorba et le bourek pour les gâteaux de l'Aïd. Seules ou avec les proches et les amis, les femmes de la maison se consacrent à cet art qui a traversé les générations. Tout le monde met la main à la pâte. On se partage les tâches, on s'échange les gâteaux et même les recettes tendances du moment, tout cela dans une ambiance bon enfant. Chacun montre son savoir-faire dans sa spécialité. On trouve les spécialistes de la «baklawa», celle du «makrout», des sablés ou encore la «ghribia» et bien d'autres. Des gâteaux secs au miel, sans lesquels l'Aïd ne serait plus tout à fait une véritable fête. Car, il faut le dire, cette coutume est bien ancrée dans la société algérienne. Un Aïd sans gâteaux est des plus impensables! Cela malgré les prix des ingrédients qui ne cessent d'augmenter d'année en année, et qui viennent achever un portefeuille déjà bien atteint par un Ramadhan des plus difficiles. Mais si les prix ne refroidissent pas les ménages, le manque de temps chez les femmes actives pose un véritable problème. Elles sont obligées de se conformer à la «règle» malgré leur emploi du temps «over-booker» au risque de se voir montrer du doigt! Alors certains commerçants, qui sont dans la majorité des cas des femmes aux foyers reconverties dans le commerce de la débrouille, ont flairé la bonne affaire. Elles ont inventé le métier de confectionneuse de gâteaux traditionnels sur commande. En effet, la mutation qu'a connue la société algérienne ces dernières années a fait apparaître une nouvelle tendance, celle de l'achat des gâteaux traditionnels prêts à être consommés!Se conformer à la traditionSousou, une employée d'une banque étrangère fait partie des femmes qui ont succombé à la...tentation. «Le temps passe très vite, entre le boulot, la préparation du f'tour, les tâches ménagères, s'occuper des enfants, leur acheter les vêtements de l'Aïd... En plus, il faut aussi que je fasse les gâteaux. Non, non je n'ai pas le temps pour ça!», affirme-t-elle sans ambages. «Je préfère perdre un peu d'argent en les achetant que de perdre ma santé...», ajoute-t-elle pour expliquer son choix. Cet avis est partagé par Nesrine. «J'arrive à peine à préparer le f'tour que je rate parfois, faute de temps. Préparer les gâteaux de l'Aïd, c'est encore pire.L'unique solution est de passer commande de trois ou quatre modèles de gâteaux, juste pour marquer cette fête», avoue cette employée dans un bureau d'études privé et maman de deux garçons. Pour expliquer un peu plus son désarroi, Nesrine nous fait savoir qu'elle peine à demander une journée à son employeur pour acheter des vêtements de l'Aïd pour ses deux petits qui l'attendent chaque soir. Karima a elle aussi, opté pour l'achat de gâteaux faits. Elle résume son choix par une petite phrase: «Cela me sauve la vie.» Néanmoins, elle admet qu'au début elle était très réticente à le faire. «C'était pour moi «hchouma» (honte). Il n'a jamais été question que je le fasse. Je suis issue d'une famille très à cheval sur les traditions et la préparation des gâteaux en fait partie. Alors vous imaginez si ma mère ou pire, ma belle-mère apprenait que j'ai fait faire mes gâteaux...», souligne-t-elle avant de raconter l'histoire qui l'a poussée à devenir adepte des confectionneurs de gâteaux. «Il y a deux ans, avec la chaleur du Ramadhan et la fatigue, j'étais vraiment saturée. J'ai raté mes gâteaux, ce qui a provoqué chez moi une crise de nerfs», rapporte-t-elle. «Voyant mon désarroi, mon mari est allé en acheter chez le boulanger du quartier. Ils étaient aussi bons que les miens. Personne n'a su que je les avais achetés. Et donc depuis deux ans, avec l'accord de mon mari, j'ai décidé de ne plus me casser la tête», ajoute-t-elle.Des prix selon le quartier!Saliha, de son côté, avoue ne pas être un cordon bleu. «Je ne sais tout simplement pas faire de gâteaux. Quand j'étais célibataire, j'étais plus occupée à réussir professionnellement qu'autre chose. Mon mari le savait avant notre mariage et l'a accepté», admet-elle timidement en demandant au spécialiste de lui préparer 50 pièces de «makrout ellouz», «baklawa» et «aârayèche». Une commande qui lui revient à environ 6000 DA, à raison de 40 DA pièce. Ces tarifs sont pratiquement les mêmes partout, ils varient entre 35 à 70 dinars. Néanmoins, dans les quartiers huppés des hauteurs d'Alger, ces tarifs passent au double, si ce n'est le triple. A Deux-Bassins (Ben Aknoun), à Hydra, El Mouradia...les tarifs oscillent entre 120 à 200 DA le gâteau. Les confiseurs justifient ces prix exorbitants par la qualité de leurs gâteaux qui sont «faits à base d'ingrédients naturels et de qualité». «On utilise du vrai beurre, du vrai miel, du lait en brique et non celui en sachet, des amandes...», explique l'un d'entre eux qui met en évidence la renommée de ses gâteaux. «Regardez mes gâteaux comme ils sont beaux. En plus, le goût n'est pas du tout le même que les autres. Goûtez, vous verrez...», argumente-t-il pour faire passer la pilule. Toutefois, en contraste avec les paillettes des beaux quartiers, dans les quartiers populaires on propose des gâteaux low coast. C'est le cas au quartier Les Halles, à Belcourt, plus précisément à la rue Rouchaï Boualem, un pâtissier propose les gâteaux traditionnels à bas prix. On cite l'exemple de «halwate tabaâ» qui est vendu à 15 dinars la pièce ou encore le «tcharek el aâryane» à 25 dinars! Le secret de ces gâteaux à bas prix sont comme pour ceux aux prix qui flambent, c'est-à-dire les ingrédients. Les confiseurs utilisent des cacahuètes au lieu des amandes, du miel industriel au lieu du miel naturel,...Certains vont même jusqu'à diminuer les dosages pour faire des économies et proposent ces gâteaux à des prix abordables. Les supermarchés ont également surfé sur la vague de gâteaux puisqu'on trouve dans les étals des grandes surfaces des boîtes de gâteaux prêts à être exposés directement le jour de l'Aïd. Autre époque donc, autres habitudes! Elle est bien loin l'époque où les familles envoyaient les plateaux de gâteaux qu'elles confectionnaient aux boulangers du quartier pour les faire cuire...! Désormais, on prend directement ceux du boulanger...
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Walid AIT SAID
Source : www.lexpressiondz.com