Pour bien saisir ce que représente Sofiane Draouci dans l'histoire du hand algérien, le mieux est de consulter son palmarès d'ancien joueur international et d'entraîneur. Son parcours de joueur a été jalonné de succès tant avec son club de quartier, le NAHD, qu'avec le MCA. En sélection, il a fait partie de cette EN de rêve des années 80, puis en se reconvertissant au métier d'entraîneur, il est allé conquérir les pays du Golfe où il a exercé pendant plus de 15 ans avec, notamment, la Coupe du Koweït, celle de l'Arabie Saoudite et celle du Qatar. Coup de projecteur sur un handballeur qui a fait partie des meilleurs.Que devient Sofiane Draouci '
Je suis à l'arrêt.Je n'ai pas été sollicité et, par conséquent, je ne travaille pas pour le moment.
Par contre, vous avez travaillé pendant plus de seize ans dans les pays du Golfe où vous étiez très apprécié. Pourquoi ce retour au pays '
D'abord, parce que j'avais des priorités familiales. Ensuite, au cours des deux dernières années de mon séjour là-bas, je me suis retrouvé seul et je n'ai pas pu supporter la solitude, parce que je suis quelqu'un qui aime vivre en famille. A mon retour en Algérie, j'ai été sollicité par l'actuel président de la FAHB qui était SG de l'USM Alger pour driver l'EN de handball. On s'est donc réuni pour discuter des conditions de travail et du projet et on était d'accord sur tous les points.
Y compris les conditions financières '
Sur le plan financier, j'avais demandé le même salaire que les entraîneurs nationaux. Ce qui, à mon avis, était raisonnable et tout à fait normal. Mais j'avais exigé de constituer mon propre staff. Il y a eu les Championnats du monde U21 à la salle Harcha. A l'époque, il y avait M. Ould Ali qui était ministre de la Jeunesse et des Sports, et il m'avait demandé de commencer par visionner les jeunes pour déceler ceux qui avaient les qualités techniques requises pour intégrer les rangs de l'EN. Mais par la suite, tout s'est arrêté et on ne m'a pas appelé. Cela s'est passé en 2017 et depuis plus rien.
Et pourquoi '
Je n'ai aucune idée.
Si l'on revient à vos débuts. Vous aviez une double licence au sein du NAHD. L'une pour l'équipe de handball et l'autre pour celle de football. Qu'est-ce qui vous a poussé à opter pour la petite balle '
En fait, dans mon quartier, il y avait les joueurs du NAHD tels que Khedis Mohamed ?'Allah yrahmou'' et Meziane Ighil avec lesquels je disputais des matchs de quartier. Et comme j'étais un bon gaucher, ils m'ont conseillé de faire du foot. Je me suis retrouvé au NAHD où j'ai été rapidement accepté et j'ai eu la chance d'avoir deux grandes figures du football algérien en l'occurrence Amar Boudissa et Mokhtar Khalem. J'étais un bon ailier gauche, mais finalement c'est un ami intime, Lebaïli Azzedine qui m'a emmené vers le hand et je n'ai pas regretté ce choix.
Revenons à votre expérience dans le Golfe. Les conditions de travail étaient excellentes '
Oui. Il y a les infrastructures les moyens pédagogiques et financiers.
Est-ce qu'il y avait un engouement pour le handball '
Bien sûr, et vous n'avez qu'à vérifier qu'au cours de ces dernières années, les clubs algériens se sont souvent inclinés face à des formations du Golfe.
Et le Qatar a même été finaliste d'une Coupe du monde ...
Je ne parle pas uniquement du Qatar qui est loin du Bahreïn et du Koweït.
Et vous avez entraîné au Qatar '
Oui, j'ai été le premier entraîneur algérien à exercer au Qatar.
Ardilès, l'ex-international argentin qui a entraîné des clubs de football dans le Golfe, s'était plaint des horaires de prière qui empiétaient sur ses séances d'entraînement. Avez-vous connu le même problème '
En tant que musulman pratiquant moi-même, je dirais qu'il exagère. Il n'y a pas de problème avec les horaires de la prière. Quand on s'entraîne le soir et que vient l'appel à la prière du maghreb, les athlètes savent que celle d'el-icha va suivre et ils terminent leur séance assez tôt pour, ensuite aller prier. Il faut savoir que les gens du Golfe aiment le sport et, d'ailleurs, ils se sont améliorés dans toutes les disciplines, notamment le hand.
On dit qu'Aziz Derouaz, que vous avez connu, a révolutionné le handball algérien. Vous êtes d'accord '
Aziz Derouaz a été mon entraîneur et il mérite un grand respect. Aziz, c'était le grand frère avec ses qualités et ses défauts comme tout être humain. Il faut dire qu'à l'époque, l'Etat avait mis tous les moyens et qu'il y avait une pépinière de bons joueurs. Avec tout cela, il a su mettre son grain de sel pour obtenir des résultats excellents. Je dirais qu'il a travaillé, que nous avons travaillé pour atteindre le sommet.
Ensuite, ce fut la chute et vous avez même déclaré que le handball algérien est en régression. Comment vous l'expliquez '
D'abord par le fait que les sociétés nationales se sont retirées du sport. Le hand est la deuxième discipline après le foot en Algérie et il ne méritait pas d'être largué de cette façon. Ceci a engendré la perte des pôles de développement du handball dont on connaît les villes qui produisaient.
A titre d'exemple, qui dit Chlef,dit athlétisme et volley. Qui dit Skikda dit handball et non pas basket. A Annaba, c'est aussi le hand. Hélas, certaines villes ont perdu cette particularité et certains clubs ont disparu. À Alger, il ne reste plus que deux clubs alors qu'avant, il y en avait plusieurs. Il y avait un réservoir rempli de talents.
Le hand a régressé parce qu'il n'y a plus de moyens. Tout a été réquisitionné pour le football et pour rien puisque nous avons une équipe nationale avec des joueurs qui viennent de l'étranger. Je ne dis pas qu'il ne faut pas donner de l'argent au foot mais il ne faut pas oublier que les heures de gloire du sport algérien ont été vécues avec d'autres disciplines aussi.
Faut-il professionnaliser le handball comme on l'a fait pour le football '
Le président de la FAHB en a parlé en disant qu'il souhaitait le faire. Mais moi, je n'ai pas encore compris ce que l'on veut dire par professionnaliser. Avant de parler de professionnalisme, il faudrait que l'institution elle-même soit professionnelle;
Et ce n'est pas le cas '
Non pas du tout. Les équipes nationales ne se préparent pas. Et puis, il faut de l'argent pour faire du sport Dans les pays du Golfe ,les joueurs sont salariés. Ils touchent des sommes conséquentes selon leur talent bien sûr.
Faut-il suivre l'exemple des pays du Golfe '
Pourquoi aller si loin. Moi,je me contenterais de l'exemple de la Tunisie ou de celui de l'Egypte. En Algérie, on a des infrastructures, mais en fait, on n'en a pas.
Que voulez-vous dire '
L'Etat algérien a construit un nombre important de salles, mais les clubs n'ont pas où s'entraîner. Même l'EN n'a pas où s'entraîner. Par conséquent, il y a un problème. Et la philosophie d'un président de fédération ou d'un ministre, c'est de régler les problèmes. C'est ce que je pense en tant que citoyen d'un pays de 40 millions d'habitants avec ma modeste expérience et mon vécu. Malheureusement, chez nous, on ne veut pas profiter des expériences et des compétences de certains athlètes qui étaient à l'étranger.
Vous avez failli devenir entraîneur national. Aujourd'hui, vous vous sentez prêt à relever le défi si on vous refait la proposition '
Ce serait un grand honneur pour moi.
Allons plus loin. Entre le poste d'entraîneur national, celui de président de la FAHB, ou de secrétaire d'Etat aux Sports, que choisiriez-vous '
Pour le moment, je dirais entraîneur national.
Pourquoi '
Parce que j'adore l'adrénaline issue du terrain bien entendu, le jour où je sentirai que je ne peux plus rien donner, je me convertirai en commerçant ou dans un autre domaine.
A 60 ans, vous êtes encore jeune pour driver une équipe. S'il y a une proposition, vous diriez oui '
S'il y a du sérieux, oui et c'est ma seule condition.
Et l'argent '
Non, je ne discute jamais argent en premier lieu. J'ai vécu une expérience avec l'équipe d'El-Biar où les joueurs n'étaient pas payés. Comment voulez-vous travailler avec un tel problème' Vous ne pouvez pas le faire et c'est le cas de tous les clubs, mis à part le GSP. Sans sérieux, on ne peut pas avancer.
Votre idole, c'était Lamdjadani '
Lamdjadani, c'était l'idole de tout le monde, de toutes les familles algériennes. J'avais une admiration pour Sayad et Benabdallah parce qu'ils évoluaient au même poste que le mien, ailier gauche.
Quel est votre avis sur le prochain Championnat du monde qui opposera le Portugal, l'Islande et le Maroc à l'Algérie '
Le Portugal a réalisé un bon Championnat d'Europe. L'Islande est une bonne équipe. Moi, je dirais qu'il ne faut pas rater le match contre le Maroc et essayer de vaincre une des deux sélections européennes. Avec la nouvelle formule, il y a trois qualifiés par groupe. Moi, je dirais que l'Algérie a 99% de se qualifier au deuxième tour.
Mais ce ne sera pas facile '
C'est un Championnat du monde qui réunit les meilleurs. Il ne fallait pas s'attendre à affronter des équipes faciles.
Pour conclure. Pensez-vous que l'EN retrouvera son lustre d'antan '
Oui, parce que le vivier existe et que le hand algérien ne mourra jamais. Il peut tomber malade, traverser des périodes difficiles, mais il se relèvera toujours.
Propos recueillis par Hassan Boukacem
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Hassan Boukacem
Source : www.lesoirdalgerie.com