Depuis quelques années déjà, le mois de Ramadan tombe en plein été, coïncidant avec la période des départs en congé. Les hommes préfèrent-ils continuer à travailler ou traîner entre les jupons de leurs femmes ' Si certains choisissent de se mettre au vert durant ce mois sacré, arguant qu'ils ne sont pas prêts à supporter les sautes d'humeur de leur boss, d'autres, au contraire, pensent qu'il vaut mieux continuer à trimer. Ça les aide à passer le temps et ne pas voir s'écouler les heures, puis les minutes...
Rester cloîtré à la maison à se tourner les pouces en cherchant à en découdre avec femme et enfants, ce n'est pas trop le truc des hommes. L'ennui, ils en ont eu un petit acompte durant le week-end et ne souhaitent pas renouveler cette expérience traumatisante. Regarder la petite trotteuse de l'horloge avancer comme un escargot leur met les nerfs en boule. Humer les alléchants effluves qui s'échappent de la cuisine, ça les tue à petit feu. Autant sortir le plus tard possible du travail, tailler une bavette avec les collègues, faire une escapade au marché du coin pour expérimenter une nouvelle zlabia et rentrer vers 18h, épuisé mais content d'avoir fait la peau au temps.
Samir, 34 ans, employé de banque à Alger
Le mois de trop ! Pour lui, prendre un congé pendant le Ramadan est suicidaire. «Durant l'été 2010, mon congé a coïncidé avec le carême. Je m'en suis mordu les doigts. Ennui mortel sur toute la ligne. Le temps ne voulait vraiment pas passer. Depuis, je diffère mon congé pour septembre et je me sens mieux. Je pense que les heures s'écoulent plus vite lorsque la tête est occupée. Et puis, on voit du monde, on échange nos commentaires sur la dernière bagarre de rue, le meilleur qualb ellouz, etc. Enfin, il y a toujours plein d'anecdotes à partager. L'ambiance est plutôt sympa. Avec les collègues, on commente le sketch-chorba de la veille et on taquine les drogués en manque de caféine et de nicotine, complètement groggy. D'autant que je ne dispose pas encore de la clim chez-moi ; travailler au frais dans des locaux climatisés, c'est toujours plus agréable que la fournaise de la maison !»
Smaïl, 27 ans, jeune commercial
Il a anticipé sur ses vacances d'été. Il est parti au soleil avec une bande de potes, vers la mi-juin. Pour lui, vacances et Ramadan sont antinomiques. «Indiscutablement, pendant le carême, je préfère travailler !» confie-t-il. Si je devais rester inactif toute la journée, je deviendrais certainement «mahboul». Il n'y a qu'à voir les week-ends. Les heures s'écoulent au compte-gouttes. On ne pense qu'à la faim, la soif et le manque de café et de cigarette. Mieux vaut occuper le ciboulot avec des dossiers, même si l'encéphalogramme est aussi plat que celui d'un inanimé», plaisante-t-il.
Le Ramadan, une affaire d'hommes !
«Il faut de tout pour faire un monde», dit l'adage. Autres convictions, autres sons de cloche. Certains, et ils sont nombreux, ne se risqueraient pour rien au monde à aller au charbon durant le Ramadan. Surtout pas pendant l'été avec des journées interminables et le mercure qui fait du yoyo au-delà des 40° à l'ombre. Et plus, le thermomètre grimpe, les esprits s'échauffent et les incivilités s'amplifient dans les espaces publics.
Hamid, 49 ans
«Pour moi, boulot et Ramadan ne font pas bon ménage. Personnellement, je suis confronté au public toute la journée. C'est mon travail qui l'exige. Dès les premiers administrés, la moutarde ne tarde pas à me monter vite au nez à cause des comportements bizarres de certains spécimens. La faim, la soif, en plus de l'agressivité des jeûneurs, c'est trop ! Même le dalaï-lama ferait sa crise de nerfs. Honnêtement, je préfère me mettre au frais à la maison et c'est ma bourgeoise, la pauvre, qui trinque. Je dois aussi reconnaître, à ma grande honte, que je suis complètement éméché lorsque je n'ai pas ma dose de café. L'astuce que j'ai donc trouvée pour éviter le télescopage frontal avec mon épouse et passer un bon congé, c'est de veiller pratiquement toute la nuit, entre parties de dominos avec les copains et la télévision, puis, je m'endors aux premières lueurs du jour, juste avant les ultimes minutes du s'hor. Et ce n'est que vers 16h que j'émerge enfin. Juste le temps d'enquiquiner un petit peu ma femme en rôdant dans la cuisine et c'est déjà l'heure du med'fâa. Et, ainsi de suite pendant tout le mois de Ramadan !» Comment survivre à ce mois et s'en sortir indemne, lorsqu'on est marié avec Môssieur «boule-de-nerfs», Môssieur «soupe-au-lait», Môssieur «enquiquineur» ou les trois à la fois, en un seul et unique époux. Car nul ne peut l'ignorer. Il y a des épouses qui commencent à avoir les chocottes dès que le mois de Châabane commence à boucler ses valises et que Ramadan se prépare à prendre ses quartiers. Non pas, parce qu'elles vont enchaîner trois journées en une, mais parce qu'elles craignent surtout l'inévitable et invivable métamorphose de leur mari. Le compagnon, d'habitude calme, doux et conciliant, se transforme subitement en zombie.
Anissa, 47 ans, femme au foyer
Elle se fait de nouvelles racines blanches à la suite de chaque Ramadan. Cela fait exactement 15 ans qu'elle supporte des éruptions volcaniques à faire pâlir le Vésuve. Et c'est ainsi à chaque fois que Sidna Ramadhane débarque. La raison, un mari complètement agité durant les 30 jours de jeûne. «Je l'ai supplié à plusieurs reprises de différer son congé pour s'occuper, et ne pas rester à la maison, mais, rien à faire. Il préfère rester à la maison et passer ses nerfs sur moi. Mon mari est un gros fumeur (deux paquets par jour). C'est aussi un accro du café. Alors, je vous laisse deviner dans quel état la privation le transforme. Il crie, hurle, éructe, me cherche les poux, squatte la cuisine, fourre son nez dans les marmites. Enfin, il est ingérable. J'évite de lui répondre pour ne pas jeter de l'huile sur le feu mais, pour lui, se défouler sur quelqu'un, est un besoin inéluctable. Franchement, les femmes dont le mari bosse durant le Ramadan ne connaissent pas leur chance !» conclut-elle, dépitée. Décidément, le Ramadan a quand même bon dos ! Tout dépassement, incivilité ou manquement aux obligations les plus élémentaires... c'est la faute à qui ' C'est le Ramadan ! Et pour tout le reste de l'année, alors '
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Sabrinal
Source : www.lesoirdalgerie.com