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Enquête-Témoignages



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Accepter d'être la deuxième épouse n'est pas toujours un choix facile. Le «partage» n'étant pas chose aisée. Nous avons approché ces femmes en tentant de comprendre comment, elles et leur entourage, vivent-ils cette situation 'Samia, 48 ans, employée dans une agence de voyages :«Cela n'a pas été accepté par mes frères»Samia est une femme timide, plutôt effacée, mais elle a quand même accepté de nous ouvrir son cœur. «Il ne faut pas penser que j'ai toujours été comme cela. Toute jeune, je suis tombée amoureuse d'un jeune homme qui s'est présenté pour demander ma main. Mes parents et toute ma famille ont refusé que je l'épouse parce qu'il n'avait pas la même origine que nous. Cela a dévasté toute ma vie. Pour me venger, j'ai refusé systématiquement toutes les demandes en mariage. Au fil des ans, je prenais de l'âge et l'on me considérait comme une vieille fille, c'est à ce moment que l'envie d'avoir des enfants s'est manifesté et j'ai alors regretté mon choix. A 40 ans, j'ai fait la connaissance d'un homme instruit, la cinquantaine, qui se présentait une fois par mois au niveau de notre agence. Nous avons très vite sympathisé et, d'emblée, il m'a demandé d'être sa femme. Il m'a aussi expliqué dès le départ qu'il était marié, qu'il avait trois enfants et résidait dans une autre wilaya. Il venait à Alger deux semaines par mois.J'ai réfléchi et l'idée d'avoir un enfant de la dernière chance me taraudait. Alors j'ai accepté. Mes parents m'ont soutenue dans mon choix, mais pas mes frères.'d'ailleurs, ils n'ont même pas assisté au mariage. Nous n'avons pas expliqué à toute la famille que j'étais la seconde épouse, mais à la longue, je ne le cachais plus. J'ai maintenant mon appartement et un mari qui me donne beaucoup de tendresse lorsqu'il est près de moi, cela me réconforte. J'essaye d'oublier qu'il a une autre famille et je ne lui pose pas de questions lorsqu'il est avec moi. Je partage les moments de bonheur avec lui du mieux que je peux. Personne ne s'interroge sur notre façon de vivre, et c'est tant mieux. Lorsque mon époux est absent, je vais chez mes parents qui n'habitent pas loin de chez moi. Cela me procure un certain équilibre émotionnel car je suis consciente que je ne voulais pas finir ma vie seule. Mon unique regret est que j'ai fait une fausse couche dès notre première année de mariage et cela a anéanti mes chances d'avoir mes propres enfants. Je n'ai jamais rencontré les siens et je ne sais pas s'ils connaissent mon existence. Quant à son épouse, elle est au courant de notre union puisqu'elle était consentante. Il dit que je suis son jardin secret. C'est vrai, ce qui nous aide et qui nous protège, c'est que nous habitons (s'entend les épouses) dans deux wilayas différentes, nous sommes loin l'une de l'autre. En revanche, dans mon lieu de travail, personne ne sait que je suis la seconde épouse. Pour mes collègues, je suis sa femme et c'est tout.»Lamia, 36 ans :«je pleure seule dans mon lit, regrettant mon choix»Ouverte et pimpante, Lamia donne l'impression d'être bien dans sa peau. Pour peu que son maquillage coule et des traces de sa tragédie paraissent. «Pour moi, j'ai fait un mariage d'amour. Je n'attends rien de mon mari, matériellement parlant. Je suis installée à mon compte.J'ai mon propre véhicule et je n'ai besoin de rien. Je l'ai connu alors que je finissais mes études supérieures de commerce. Nous sommes un peu sortis ensemble et au bout de quelques semaines, il m'a expliqué qu'il était en instance de divorce et qu'il ne communiquait plus avec son épouse. Ils ne partageaient rien sauf l'obligation de maintenir un certain équilibre pour leurs enfants. Alors j'ai décidé de mettre un terme à notre relation car pour moi il était exclu que je sois considérée comme une briseuse de couple.J'ai continué mon chemin et j'ai rencontré des hommes qui n'ont pas réussi à me faire oublier notre petite idylle. Il représentait un modèle de générosité et de respect. Après sept ans de séparation, nous nous sommes rencontrés par hasard lors d'un évènement. Et la flamme s'est vite ravivée. Nous nous sommes compris dès le premier regard. Il m'avait expliqué qu'il n'avait pas eu le courage de divorcer et qu'il s'est contenté de survivre. Alors, j'ai décidé d'être sa deuxième épouse. Mes parents ont refusé catégoriquement. Je n'ai pas eu le courage de leur mentir. Ils ne m'ont pas pardonné et me boudent toujours. Pour eux, c'est incompréhensible.Sa première épouse n'a pas eu d'autre choix que de signer les papiers d'autorisation. Il y a des nuits où je pleure seule dans mon lit, regrettant mon choix et le fait de devoir partager celui que j'aime. Je n'ai pas rencontré sa première épouse, mais je vois de façon assez régulière ses enfants. Nous avons un enfant qui a consolidé notre mariage. Dès que je suis avec mon mari, j'oublie le reste. Je me dis que ce qui compte c'est l'instant présent. Je ne joue pas à la méchante belle-mère avec ses enfants car je veux que mon fils connaisse ses demi-frères. Mais pour ma belle-famille, c'est un peu plus compliqué. Ma belle-mère et ses filles attisent la jalousie entre les deux épouses et mon mari en est conscient. Donc, pour éviter les problèmes, je n'ai pas beaucoup de relations avec eux, sauf à quelques rares occasions. J'essaye de faire l'impasse sur la première épouse et je me dis que dans le cœur de mon bien-aimé, il n'y a que moi. Mais ce n'est pas évident tout le temps.Soraya, secrétaire de direction :«j'ai deux filles et je suis heureuse»Soraya est simple et rigoureuse à la fois. «Rares sont les personnes qui savent que je suis l'autre, la seconde épouse. J'ai été pendant plusieurs années la secrétaire de mon actuel mari. Nous avions, au départ, des relations très professionnelles. Mais, au bout de quelques années, et au fil des heures tardives, nous avons commencé à nouer des relations amicales. Il me racontait en détail ses journées chez lui, les disputes avec son épouse et l'évolution de la vie de ses enfants. C'est devenu un rituel ; à partir de 16h30, je prenais deux cafés et des croissants et nous nous attablions autour de sa table de réunion pour discuter. Je trouvais cela tout à fait normal. Puis, c'est devenu comme un besoin mutuel. A l'époque, j'avais plus de 36 ans et mon horloge biologique sonnait. Alors, je me suis dit que c'était le moment ou jamais de me marier. Je ne nie pas que je l'ai séduit et il m'a laissé le séduire. J'ai été égoà'ste et je l'assume. C'est pour cela que, dès que nous sommes arrivés au point de nous marier, j'ai préféré changer d'entreprise. Cela a été difficile pour que la première épouse consente à signer les papiers mais je n'ai pas voulu d'un mariage religieux simplement. Il fallait que ce soit enregistré avant de consommer notre union. Mes parents n'étaient pas comblés mais avaient compris que c'était un mariage de raison pour que je puisse avoir une autre vie que celle d'une vieille fille. Au fil des années, nous avons réussi à composer avec toute la famille et avons eu deux adorables filles. Je suis heureuse ainsi. Je me suis fait une raison et je ne pense jamais à sa première épouse. Et tant pis pour les mauvaises langues, à chacun sa vie !
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