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Enquête-Témoignages



Enquête-Témoignages
Sujet tabou et douloureux, le suicide est une triste réalité dans notre pays comme dans beaucoup d'autres. En parler est une rude épreuve pour l'entourage des suicidés et même pour ceux qui ont tenté cet acte de détresse. Dans cette page, nous laisserons les voix l'évoquer pour exorciser ce sentiment de détresse et cet appel à l'aide où on pense que tout est perdu.Samia, maman de trois enfants, cadre dans une entreprise publique : «Ma meilleure amie s'est suicidée»«C'est devenu presque comme un réflexe depuis mon adolescence. Dès que je vois une femme, peu importe son âge, pleurer, je m'arrête et je lui parle. Dès que je vois une personne triste, je prends le temps de comprendre les raisons de son désarroi. C'est une façon d'être que j'ai acquise depuis le suicide de ma meilleure amie. Depuis, je me sens continuellement coupable. Coupable de ne pas avoir pris le temps de lui parler, coupable de ne pas avoir pris le soin de l'écouter, coupable de lui avoir dit qu'on peut vivre sans le premier amour de sa vie. C'est parce qu'il s'agit tout bonnement à cause de cela qu'elle s'est suicidée. Le jeune homme dont elle était tombée amoureuse ne voulait pas d'elle et sa famille à elle aussi refusait tout contact avec lui. Après quelques semaines de déprime, j'ai commencé à m'éloigner un peu parce que j'en avais assez de cette histoire, elle est passée à l'acte. Elle n'en a jamais parlé et elle s'est suicidée. Lors de son enterrement, tout le monde disait qu'il s'agissait d'un accident mais par la suite, j'ai su la vérité. Je me dis que c'était du désespoir de se retrouver seule. Personne ne voulait comprendre son appel. Je prie pour son âme durant mes prières et je me dis que c'est du gâchis. Je voudrais dire par le biais de ce témoignage que rien ne mérite d'attenter à sa vie et que pour toute chose il existe des solutions.»Souad, maman de six enfants, retraitée : «J'ai tenté de me suicider»«Quand je repense à ma vie, et elhamdoullah, je me dis que j'ai pu réaliser pas mal de choses et je peux en être fière. Fière surtout de mes enfants et maintenant de mes petits-enfants. Mais avant de me marier, c'était loin d'être chose aisée. Elevée dans une famille conservatrice, comme on dit mrabet, le mariage ne devait se contracter qu'avec des familles également mrabet. A la fin de ma dernière année au collège, j'ai fait la connaissance par hasard d'un jeune cadre prometteur travaillant dans une entreprise publique. Loin d'être kabyle et encore moins mrabet, nous avons toutefois décidé de nous marier. Il s'est présenté avec sa famille pour demander ma main. J'étais très contente et je pensais déjà comment j'allais vivre à l'ouest du pays. Mais ma famille a catégoriquement refusé. Pis encore, elle a décidé de me marier et conclut l'arrêt de mes études sans que je le sache. Lorsque j'ai appris ce qui se passait, j'ai tenté de me suicider. Ma famille m'a sauvée in extremis. Le mariage a été retardé mais a bien eu lieu. Maintenant je regrette mon geste et je me rends compte que j'ai agi de façon très précipitée. Je le regrette d'autant plus que depuis je suis devenue encore plus croyante. Je crois au destin, au courage de l'être humain et j'ai foi en Dieu. Les années m'ont fait comprendre que le mariage que j'ai contracté a été une très bonne chose pour moi. Je voudrais dire à toutes les jeunes filles et aux jeunes hommes d'être forts lors des moments de détresse. C'est trop facile de penser au suicide mais affronter la réalité est encore plus dur.».Sofiane, marié, cadre dans une entreprise : «la vie est belle, il faut apprendre à la vivre»Sofiane veut témoigner de sa tentative de suicide. Il veut le faire pour sauver pourquoi pas des vies et des destins. Lui-même avait pensé passer à l'ultime acte. «A un certain moment, il y avait beaucoup de personnes qui s'immolaient à cause du logement, un emploi ou la hogra tout simplement. Je réfléchissais comme eux. Je n'avais pas de travail. Je voulais me marier mais je n'avais pas le minimum. Et cela me rendait fou. Et chaque fois que je faisais les démarches nécessaires pour un emploi, cela n'aboutissait pas.Le pire est que personne, même dans ma famille, ne me parlait ou bien m'encourageait à patienter. Il y avait un vrai problème de communication avec mon entourage. Des fois, je me réfugiais dans la religion ou bien je m'en éloignais carrément pour fréquenter de mauvaises personnes. Mais cela me rendait malade. Je voyais tout en noir. Pour moi, il n'y avait pas d'espoir. Je me disais que je finirai ma vie comme un voyou, un bon à rien alors que j'ai tout tenté. Et lorsque je disais à quelques proches que je voulais en finir avec la vie, ils me disaient mais non, beaucoup de personne le disent mais ne le font pas. Un jour quelqu'un m'a signifié que ceux qui veulent se suicider ne le disent pas, ils passent directement à l'acte. Le fait que ce soit hram, un péché m'a retenu un moment. Et puis, je me suis ouvert les veines. Cela a été atroce.Plus je sombrais, plus je me disais que j'avais bien fait. Mes parents ont défoncé la porte de la chambre où je m'étais enfermé et j'ai été sauvé malgré moi. Et heureusement que je suis toujours vivant. Je n'ai pas repris goût à la vie facilement. Et j'ai galéré encore un peu. Et puis, un jour j'ai trouvé un petit emploi dans une entreprise. Et cela a été lé début d'une nouvelle vie pour moi. Il y a des moments difficiles mais la vie est belle. Il faut apprendre à la vivre.»


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