Après le sommet arabe qui s?est déroulé fin mars 2008, semblable à ceux qui l?ont précédé depuis une décennie, les invariants spécifiques aux dirigeants de cette communauté sont restés invariants et invariables.Les premiers responsables d?une entité en réalité «fictive», émotive, velléitaire, incohérente sans cap et progressivement dépouillée de toute dignité, font croire que la langue et la religion sont des liants productifs. Ce qui les différencie désormais est beaucoup plus décisif que les solidarités tissées au cours du fabuleux mouvement de décolonisation et de libération. De grands hommes comme Nasser, Boumediène, Arafat, Bourguiba, Ben Barka avaient des idéaux patriotiques et progressistes dans des régimes plus ou moins autoritaires, avec des partis, des syndicats uniques et des «familles» satellitaires qui servaient de «meddahs», d?appareils d?embrigadement, etc. Ces hommes sont partis et le monde s?est radicalement transformé ne laissant aucune place aux notions de «frères», «d?amis» de langue, de religion, etc. Les Américains et les Saoudiens, différents par la langue et la religion, s?entendent parfaitement sur le... monde arabe.A Damas, des dirigeants arabes absents au sommet ont imprimé, espérons-le, un tournant dans la relation interarabe. Ce tournant, empreint de lucidité et de réalisme, serait enfin porteur d?une modernité économique et surtout politique. Les Etats n?ont pas d?amis, ils ont des intérêts, ils n?ont ni religion ni langue comme moteurs de la croissance et encore moins comme exportateurs rentables. «La valeur d?usage d?une langue est indexée sur la suprématie de sa communauté d?origine, et la valeur d?échange de ses produits concrets (mesurable à la portée de leur arc de diffusion) sur la balance des flux entre cette communauté et ses rivales (1). A Damas, les intérêts stratégiques et énergétiques des USA ont été déterminants pour donner une image vraie des régimes arabes et pour, enfin, éradiquer des mythes de «fraternité» de solidarité, etc. Les régimes arabes ne veulent même pas être complémentaires, élaborer une monnaie unique, supprimer les visas, faire des films ensemble, une académie arabe de l?audiovisuel. Ils ne veulent pas parce qu?ils tiennent les peuples bien loin des choses politiques, syndicales, culturelles, de la séparation des pouvoirs. Ils sont seuls face aux empires.L?unité dite arabe est morte à Sabra, à Ghaza, au Liban, dans les maquis islamistes manipulés par les uns et les autres. Il faut fièrement être un rêveur fini, un idiot congénital pour croire un instant qu?une monarchie féodale, qu?un président à vie, un parti unique à plusieurs têtes, un syndicat unique financé par des contribuables qui n?y adhèrent pas, une famille régnante de père en petit-fils, une oligarchie militaire en civil, peuvent un jour voir très loin et constituer une force économique, un pôle politique. La langue ne suffira jamais. «Le sort d?une langue se décide sur les champs de bataille économique, militaire ou diplomatique. Il n?y a pas de langue innocente; chacune cristallise et reconduit un rapport de force historique. Une langue est dominante ou bien dominée à l?instar de la communauté politique à laquelle elle sert d?outil de communication et de gouvernement, et si elle n?est pas elle-même colonisée, c?est qu?elle en colonise d?autres à son tour (2)».La religion commune ? Elle ne l?est pas. Il y a des contrées arabes où on lapide et où on coupe les mains aux voleurs. Ailleurs, la femme ne vote pas, ne conduit pas et s?habille comme veut le jeune coq barbu du village. Par ci, le vendredi consacre un pays mort toute la journée, par là où tout est ouvert le même jour pour prendre des marchés touristiques.Des Palestiniens et des Irakiens se massacrent allègrement à coup de bombes, de Kamikazes. En Algérie, des musulmans tuent des soldats et des policiers musulmans et l?instituteur se fait imam selon le rite de son choix.Après Damas, avec beaucoup d?humour, on confie à l?Algérie le soin de réconcilier. Réconcilier qui ? L?Arabie Saoudite et les USA avec la Syrie. Le Hezbollah avec les autorités au Liban. Le Maroc avec l?Algérie. Moktada Sadr avec les sunnites à Baghdad. Ben Laden avec sa famille d?origine. Le Polisario avec la diplomatie française et celle-ci avec le gouvernement de la Syrie.. La mondialisation des économies, la guerre féroce pour le pétrole arabe pour quelque temps encore, la fermeture de certaines frontières arabes (Egypte, Palestine, Maroc, Algérie) et d?autres paramètres stratégiques sont au-dessus des capacités de l?Algérie, car les grands conflits entre Arabes sont managés par les faiseurs de l?économie du monde. Alors, il faut souhaiter du courage au Président Bouteflika et à la très vieille diplomatie nationale. Mais le constat est irréfragable, les Arabes se sont enfin dispersés pour confirmer ce que savent les peuples depuis des années : les Etats n?ont que des intérêts et les dirigeants n?ont pas d?amis, car chacun est censé ne défendre que l?avenir de ses concitoyens et celui des générations futures.Ceux qui dirigent le monde oeuvrent pour avoir des institutions démocratiques, des syndicats puissants et libres, une opposition représentative, crédible et ancrée sur le territoire national.Ils développent la recherche scientifique, la liberté du culte et de la critique à travers des médias performants où la société respire, s?exprime, conteste et revendique.Toutes ces forces constituent un front intérieur national sans état d?âme quand les intérêts vitaux de leur pays sont en jeu. Les régimes arabes sont solitaires, chacun chez lui et tous le sont devant les USA, l?Europe, la Chine, la Russie, l?Inde ou la «petite» Norvège. Celle-ci est le deuxième actionnaire de grandes sociétés françaises et gagne un milliard de dollars par jour en étant le 5ème exportateur de pétrole.Elle est présente dans 7.200 sociétés dans le monde. Ses dirigeants affirment qu?il a fallu des millions d?années pour que le pétrole se constitue et qu?il ne faut pas gaspiller cette ressource en une génération. En 2008, ce pays dépensera dix milliards d?euros pour le bien des citoyens et pour laisser des infrastructures modernes pour les enfants qui grandissent.Pour certains dirigeants arabes, le temps passe à regarder le prix du baril, sans stratégie, en prenant des ruses de Sioux pour éloigner les élites non formatées et engraisser des syndicats coûteux sans utilité. De rares régimes placent leur argent à l?extérieur.Les Egyptiens en Algérie, Abou Dhabi, dans le monde entier, y compris dans les antres capitalistes. Des peuples s?épanouissent, dansent et chantent, alors que des jeunes Arabes ne veulent que partir là où l?on rêve, où l?on voyage, où les loisirs sont pratiqués de jour comme de nuit, y compris le vendredi. A chaque pays une gouvernance bonne, d?avenir ou rien du tout.Â
1- Regis Debray in Le Scribe. Ed. Grasset2- Ibid
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Abdou B
Source : www.lequotidien-oran.com