Alger - Revue de Presse

Energie : L'ombre de l'OPEP sur le Forum de Djeddah



La guerre de positions entre pays consommateurs et pays producteurs de pétrole devrait prendre une configuration plus pacifique, en tout cas moins féroce lors de la tenue demain, à Djeddah (Arabie saoudite), du Forum international de l'Energie (FIE). Ce forum, un rassemblement informel qui regroupe les grands pays producteurs d'hydrocarbures ainsi que les multinationales, mais également les grands décideurs des marchés pétroliers, va se focaliser cette année sur les moyens de stabiliser les prix à des niveaux acceptables, les mouvements spéculatifs et les nouvelles sources d'énergie, comme le bioéthanol.

Le débat sur les prix pétroliers intervient en fait, à un moment où des appels de plus en plus pressants de grands pays consommateurs sont lancés aux pays producteurs, et principalement à l'OPEP pour qu'elle augmente sa production. Et, par effet direct, fassent refroidir les prix qui chauffent depuis presque une année, atteignant la barre des 136 dollars. Mais, selon M. Khelil, le débat est ailleurs, et ce sont principalement les pays consommateurs membres de l'OCDE et du G8, même s'il ne les pointe pas directement, qui sont à l'origine, directement ou indirectement, de cette flambée des cours pétroliers. Il explique, dans un entretien à l'agence de presse algérienne «APS», certains mécanismes que les pays consommateurs veulent occulter à leur opinion publique. Comme cette taxe sur les produits pétroliers appliquée en France et en Angleterre qui renchérit les prix à la pompe et rend le coût du gasoil tellement cher que les armateurs et patrons de pêche en France sont actuellement en train d'acculer leur gouvernement pour trouver une solution à cette situation. Et sortir en mer pour gagner leur croûte. Dans le secteur agricole français, il y a également problème de surtaxe du gasoil qui fait que les produits maraîchers sont devenus très chers, et les coûts de production multipliés par deux. D'autre part, le président en exercice de l'OPEP n'a pas manqué de rétablir certaines vérités lorsque Canberra a interpellé l'organisation pour qu'elle augmente sa production. Selon M. Khelil, l'Australie et tous les pays qui veulent faire pression sur les pays de l'OPEP pour qu'ils augmentent leur production, à l'image de l'Arabie saoudite, devraient de leur côté augmenter la production de leurs matières premières, comme le charbon, le fer, le phosphate ou le cuivre et le manganèse dont les prix sont excessivement élevés sur le marché des matières premières. M. Khelil va plus loin : «va-t-on demander aux pays qui produisent des voitures, des ordinateurs, des panneaux solaires ou des turbines à gaz d'augmenter leurs productions sous prétexte que ces prix sont très élevés ?». C'est illogique, et dans cette configuration, il est également tout à fait «irrationnel» de demander à l'OPEP d'augmenter sa production, au moment où les plus grands producteurs de brut (USA, URSS, Norvège et GB) sont non membres de l'organisation. En fait, et les experts s'accordent à le reconnaître, la hausse des prix et les tendances spéculatives sur les marchés financiers, deux des thèmes au menu du FIE de Djeddah, ne sont pas le fait d'une mécanique simple dépendant de la nature de l'offre et de la demande sur le marché. Depuis 1990, la 1ère guerre du Golfe, les données sur le marché pétrolier ont complètement changé depuis l'invasion du Koweït par l'Irak. On se souvient que Saddam Hussein, irrité par un prix du baril à moins de 15 dollars, surendetté à la suite du conflit avec l'Iran, et complètement étouffé par ses bailleurs de fonds, a été poussé pratiquement à envahir le Koweït pour exploiter ses ressources pétrolières. Depuis, ce sont les Etats-Unis qui dominent le marché, et les Européens, trop veules pour contester la suprématie américaine (militaire et politique) sur les richesses pétrolières du Golfe arabique, ont développé des sources d'énergie alternatives, peu agressives contre l'environnement, mais qui consomment presque la moitié de la production mondiale des céréales et des oléagineux (maïs, sorgho, soja). C'est le bioéthanol avec lequel des voitures roulent par exemple au Brésil et dans certains pays européens qui commencent à développer cette énergie. Mais qui coûte cher, et, surtout, est à l'origine des SOS lancés par la FAO et l'ONU sur le danger d'une famine généralisée dans quelques années en Afrique, en Asie et en Amérique Latine.

A Djeddah, il y aura également au menu du FIE le débat sur la propension des grands fonds de spéculation à faire chauffer le prix du brut, engrangeant des milliards de dollars de bénéfices sur des marchés volatiles, alors même que les pays producteurs non membres de l'OPEP alimentent cette spéculation et en font porter la responsabilité auprès de leur opinion publique à l'OPEP, aux pays arabes surtout. Le Forum international de l'énergie devrait ainsi reposer le problème des approvisionnements pétroliers, l'offre OPEP, mais également et surtout l'examen de la situation sous le biais des manoeuvres spéculatives à l'origine de la hausse des cours. Le bioéthanol, la nouvelle source d'énergie «écolo» sera évidement au menu de ce FIE, avec ses effets négatifs sur la situation alimentaire mondiale. Enfin, l'OPEP, en tant qu'organisation, ne sera pas présente à Djeddah. Mais tous les débats vont graviter autour de ce qu'elle peut faire pour calmer les marchés pétroliers.


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