Depuis des mois, la Russie exprimait, à juste titre, sonrefus du déploiement d'un bouclier antimissile à ses frontières qui crée undéséquilibre des forces intenables. Depuis des mois, les Etats-Unis et l'Otanne la prenaient pas au sérieux. La Russie continue, à leurs yeux, d'être «l'homme malade » qui n'aurait pas la capacité d'empêcher les Américains defaire ce que bon leur semble.Il semble bien que les Américains font, une fois de plus,une évaluation erronée de la situation. Hier, après la décision russe desuspendre sa participation au traité sur les Forces conventionnelles en Europe(FCE), Washington s'est dite « déçue ». A l'évidence, Bush avait cru que sarencontre récente avec Poutine, à défaut de créer une entente, le dissuaderaitde prendre des mesures de riposte à la volonté américaine d'installer lebouclier antimissile. Celui-ci est destiné officiellement à contrer une attaquedes Etats « voyous », en l'occurrence l'Iran et la Corée du Nord. Pas sérieux,disent de nombreux spécialistes: ni l'Iran, ni la Corée du Nord n'ont lacapacité d'attaquer les Etats-Unis et l'Europe et encore moins la volonté endépit de la propagande. Du coup, le bouclier apparaît clairement comme unedémarche offensive destinée, dès maintenant, à contrer une Russie sur le retouret décidée à reprendre son statut de puissance.Poutine a décidé en quelque sorte de suivre le « menteurjusqu'au pas de sa porte », pour reprendre une formule algérienne, en proposantque le bouclier antimissile soit déployé en Azerbaïdjan. Si le but était decontrer une attaque éventuelle de l'Iran, c'est le lieu idoine. La persistancedes Américains à mettre en place le bouclier aux portes de la Russie leconvainc définitivement que le but est bien de remettre en cause l'équilibre deforces actuel. Tout le calcul des Américains est fondé sur l'idée que Poutinene peut rien et qu'il n'osera pas prendre des mesures de rétorsion.Apparemment, ils ne tiennent pas suffisamment compte que laRussie aujourd'hui n'a plus de dettes et que la reprise en main du secteurpétrolier et gazier, largement livré aux prédateurs par Eltsine, rend la Russiemoins fragile aux pressions extérieures. Pourtant Vladimir Poutine, sans allervers l'anti-impérialisme militant d'un Hugo Chavez, a multiplié les signaux desa détermination, car c'est l'image même d'une Russie qu'il veut plus forte quiétait menacée s'il ne réagissait pas au déploiement du bouclier.« Il y a ceux qui, en utilisant habilement une phraséologiepseudo-démocratique, aimeraient revenir à un passé proche: les uns pour pillercomme avant, sans être châtiés, les richesses du pays, voler les gens etl'Etat, les autres pour priver notre pays de son autonomie économique etpolitique ». Les Occidentaux ont eu tort de ne pas le prendre au sérieux. Ilsle font désormais en s'inquiétant d'un retour à la « guerre froide ». C'estsans doute prématuré de le dire. La Russie vient de signifier qu'elle n'acceptepas d'être considérée comme « l'homme malade » de l'Europe et qu'elle a desatouts à faire valoir.De notre tiers-monde, on a la faiblesse d'être insensiblesaux cris d'orfraie des Occidentaux. L'hyperpuissance US a durablement polluéles valeurs de démocratie et de droits de l'homme par les désastres qu'elleprovoque. Si cette détermination russe annonçait un rééquilibrage stratégique,le monde ne s'en porterait que mieux. Vu du tiers-monde, on serait même enclinà dire: « Encore un effort, Poutine ». Et vivement la Chine !
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Posté par : sofiane
Ecrit par : K Selim
Source : www.lequotidien-oran.com