Je reste en mon burnous*
ce monde impossible où l'on traque l'humain
où l'on pense pour nous
où l'on parle pour nous dans les cages de haine
où l'on mange pour nous cendre étrange et caviar
on vit
en notre lieu et place au plus haut de la fête
où nous sommes témoins du crime et de l'ordure
des cris de la bassesse et des hommes de proie
ah ce monde impossible
le rêve est une faute où pleure un homme libre
l'espoir est un supplice
hiver de glace
l'amour un subterfuge où la joie reste étrange
ranc'ur contre soi même
et soi même en autrui
ma bonne argile humaine
errant
sur les chemins de l'exil et de rouge épouvante
quelle âme est à l'encan au bazar du vieux monde
où l'enfance est un crime au signe sans valeur
angoisse et sable au vent en mon âge de plomb
je ne suis rien encore
mais pour ne pas mourir dans leur labyrinthe
je reste en mon burnous un chant de nuit nomade
pâtre au c'ur musicien
errant
de soif en soif
pleurant dans le secret de ma vieille transhumance
la joie future
où l'on m'empêche d'être
dans ce déluge d'ombre et de poussières
où mon regard s'arrête
au seuil de mes vergers brûlés
au faîte de leur joie
Celui que l'on peut considérer comme l'un des plus grands poètes contemporains algériens est né le 11 février 1933 à Sour El Ghozlane où il a toujours vécu. Elevé dans une famille modeste, Messaour Boulenouar s'est abreuvé, tout petit, aux sources de la poésie populaire, à travers sa grand-mère, elle-même poétesse. Il fréquente la médersa et l'école coloniale, mais doit arrêter ses études pour raisons de santé. Il n'abandonne pas pour autant le savoir et devient un «autodidacte érudit». Combattant pour l'indépendance, il est arrêté et incarcéré en 1956 à la prison de Barberousse à Alger durant plus d'une année. Soucieux de sa liberté, il a exercé divers métiers : cafetier, enseignant, assureur, fonctionnaire à l'enregistrement et au timbre et, parallèlement, animateur culturel bénévole.
La semaine dernière, il a fêté son 80e anniversaire. El Watan associe tous ses lecteurs et lectrices à la considération et la reconnaissance que ce grand poète mérite tant.
Arts & Lettres.
*Les vers ci-dessus sont tirés de l'anthologie en trois volumes parue en 2007 aux éditions Dalimen. Le titre est de la rédaction.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : El Watan
Source : www.elwatan.com