Alger - A la une

En un combat douteux



Pince-sans rire, voilà que des articles de presse affirment que les «évènements d'Afghanistan éveillent chez certains Maliens le spectre d'une chute de Bamako, après un désengagement partiel français». Considérant l'horizon sécuritaire et politique comme toujours sombre, un an après «le coup d'Etat qui a porté les colonels au pouvoir». Jouant aux Cassandre, les auteurs de ces articles s'interrogent sur l'impact éventuel du retrait annoncé de la force Barkhane qui va se désengager progressivement au Mali pour laisser place à une force européenne, dite Takuba, dont la dimension est pour le moins symbolique. C'est ainsi que Le Soir de Bamako commentait les évènements en Afghanistan et notamment la chute de la capitale, après le retrait américain face aux talibans, en interrogeant les Maliens: «Faut-il s'attendre au même scénario qu'à Kaboul'».Il va sans dire que ce genre de questions paraît tout à fait aléatoire pour plusieurs raisons. D'abord, ce qui se passe au Mali n'a rien à voir avec ce qui caractérise l'Afghanistan depuis presque trois décennies. Et la présence française dans ce pays reste nettement moindre, en termes d'effectifs que ne le fut la présence américaine en terre afghane. Certes, les résultats, dans l'un et l'autre pays, sont tout aussi déplorables, à bien des égards. Mais oser dire que les deux interventions françaises Serval et Barkhane auraient «enrayé la progression des jihadistes, qui contrôlaient le nord du Mali et progressaient vers le centre, faisant craindre la prise de Bamako» est ubuesque. Si tel avait été réellement le cas, on voit mal pourquoi Paris a décidé, huit ans plus tard, un désengagement qui sent bon la retraite stratégique avant le sauve-qui-peut. Partir de Kidal, Tessalit et Tombouctou n'est pas vraiment une manoeuvre tactique mais la conclusion évidente d'un échec reconnu, que vient souligner la certitude de ne plus disposer des moyens nécessaires pour poursuivre l'aventure, du reste incertaine.
En outre, la capacité de nuisance des groupes terroristes qui sévissent non seulement au Mali mais dans l'ensemble des autres pays du Sahel, voire au-delà, si l'on considère Boko Haram et l'Iswap dont les incursions vont jusqu'au Tchad et au Cameroun, demeure très en-deçà de celle des talibans, autrement plus aguerris et nettement plus équipés en armes de destruction que ne le sont Aqmi et l'EIGS.
Derrière le discours selon lequel les villes maliennes pourraient tomber en moins de temps qu'il ne faut pour le dire face aux attaques «jihadistes» relève d'une opération insidieuse d'intox et de tromperie car le mode opératoire des terroristes au Mali, au Burkina et au Niger, consiste à frapper des populations désarmées, tard la nuit, avant de disparaître dans la nature. De là à «faire tomber Gao en moins de 30 mn», n'est-ce pas faire passer des vessies pour des lanternes'
Il est vrai que la démarche des dirigeants maliens, très attachés à l'Accord de paix issu du processus d'Alger, avec ses attendus au plan du dialogue et de la réconciliation, dérange certains intérêts...
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