Nulle part au monde, des économies n'ont émergé durablement sans disposer de systèmes de formation de qualité. Cela avait été déjà le cas pour les grands pays développés à l'instar du Japon, de l'Allemagne, du Danemark et de la Suède notamment. Mais cela reste valable plus récemment encore en Asie (Chine, Corée du Sud, Malaisie) et en Amérique latine (Brésil, Mexique).
Chez nous, en dépit du caractère extensif et même prioritaire donné aux secteurs de l'éducation et de la formation, la qualité et l'efficience, voire même l'utilité, font encore largement défaut. Cela est du reste le cas pour la plupart des pays arabes si l'on croit les analyses produites dans l'ouvrage collectif réalisé sous la conduite de Boutrous Labaki intitulé : Enseignement supérieur et marché du travail dans le monde arabe (Edition Presses de l'IFPO ,Beyrouth, avril 2009). Ainsi il est relevé dans ce livre, pour tous les pays arabes, un « développement quantitativiste de l'enseignement supérieur au détriment de la qualité, son manque de relation avec le secteur privé et ses méthodes pédagogiques passives déconnectées des réalités professionnelles » en soulignant cependant « l'amélioration globale de la force de travail dans les différents pays ». Mais forcément c'est la contribution sur l'Algérie écrite par Jamel Ferroukhi, chercheur au CREAD, Université d'Alger, qui m'a le plus intéressé. L'intérêt de cet article est qu'il met bien en évidence la rupture encore problématique entre les logiques d'un système universitaire hérité de la période d'économie planifiée (réforme de 1971, carte universitaire de 1984) et celles encore entravées d'un système universitaire régulé certes mais devant d'abord répondre aux besoins du marché du travail. En dépit des différentes tentatives de réformes opérées depuis, y compris le passage au système licence, mastère, doctorat (LMD), les incohérences, notamment l'inadaptation à l'offre du marché du travail, subsistent. Certes l'émergence, depuis au moins deux décennies d'une offre privée de formation a été une tentative utile de substitution au manque d'adaptation et de réactivité de l'appareil public d'éducation et de formation. Il n'en demeure pas moins que cela n'affranchit pas les secteurs de l'enseignement supérieur et de la formation professionnelle d'avoir à opérer le plus tôt possible les ajustements requis par les différentes demandes des entreprises et du marché du travail de façon plus générale.
En vérité j'aurai tendance à affirmer que les systèmes publics et privés sont tous les deux nécessaires et devront être réformés et soutenus pour répondre aux demandes d'une économie qui devra être de plus en plus diversifiée et de plus en plus compétitive. A titre d'exemple, la mise en place de procédures agrées et transparentes en matière de contrôle et d'assurance de qualité de l'enseignement concernent les deux secteurs. Le ministre en charge de l'enseignement supérieur a annoncé, à l'issue de son audition en août dernier par le Président de la République, qu'un système d'assurance de qualité de l'enseignement universitaire allait être mis en place. Saleh Helali Salah, représentant de l'association nationale des établissements de formation agrées (ANEFA) relève quant à lui la problématique du système de validation des formations données et des diplômes servis, en demandant notamment une assurance de qualité pour les formations professionnelles car leurs établissements sont aussi « concernés par le programme national de mise à niveau des PME/PMI ». Les grandes entreprises aussi sont concernées par la formation et développent assez souvent non seulement des formations internes (corporate training) mais créent aussi dans certains cas des « académies» dédiées spécifiquement à leurs métiers. Il convient que les pouvoirs publics les encouragent aussi dans cette voie.
Mais malheureusement les retards sont aujourd'hui considérables et ont un impact direct sur l'efficacité des entreprises. A titre d'illustration on peut citer l'exemple de l'implantation du nouveau système comptable et financier appelé « international financial reporting system » (IFRS). La mise en 'uvre de l'IFRS, légalement requise, rencontre des difficultés dans les entreprises du fait d'une offre de formation interne et/ou externe insuffisante.
Si le segment privé de l'offre de formation est constitué d'un grand nombre des très petites entreprises (TPE) avec moins de dix formateurs, il y a aussi quelques grands centres. Aussi il faut ajouter l'existence d'un réseau de grandes écoles de formation au management et au marketing que les besoins, et assez souvent les initiatives du marché, ont contribué à mettre en place. On peut citer des écoles d'excellence publiques et privées telles que l'Ecole supérieure de Banques, l'Ecole des Hautes études commerciales (ex INC) et l'Ecole algérienne supérieure de affaires(ESAA) aux cotés d'une dizaine au moins d'écoles de management complètement privées situées dans les grandes villes côtières algériennes . Il reste à ce propos à dire que l'implantation d'établissements de formation de qualité devrait être équirépartie dans le pays pour assurer l'équité territoriale car les compétitivités internationales et territoriales passent de plus en plus par la disponibilité et l'expertise des ressources humaines locales. Des politiques publiques ciblées d'aménagement des territoires peuvent y contribuer efficacement.
En conclusion on peut soutenir l'idée, sans passer pour être trop libéral, que des systèmes de formation basés uniquement sur l'offre sont caractéristiques, aujourd'hui, des pays dont les économies sont le plus en retard. Il reste là aussi, en matière d'éducation et de formation, à trouver les déterminants d'un nouveau contrat social où l'on impliquerait les organisations estudiantines, celles des enseignants, des parents d'élèves le cas échéant et des organisations patronales autour d'un système d'évaluation lisible et transparent. Cela éviterait les fausses querelles sur le LMD et participerait subsidiairement à la promotion de la démocratie participative.
M. M.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mustapha MEKIDECHE
Source : www.liberte-algerie.com