Alger - A la une

En attendant vendredi



La journée d'hier était particulièrement éprouvante pour les Algériens. La sérénité et la confiance acquises dans l'action de trois semaines de protestation grandiose et apaisée venaient d'être sensiblement ébranlées, pendant que montait l'appréhension qui ébréchait au passage la belle union autour des objectifs et du mode opératoire. Bien évidemment, la détermination est restée intacte : il faudra beaucoup plus que ça pour que le doute s'installe dans les rangs. Trop épais, trop engagés et trop sûrs pour céder à la panique au premier coup de semonce, qu'il soit l'émanation d'erreurs d'appréciation interne ou de man?uvres dilatoires dont on sait le pouvoir et ses démembrements toujours capables. Sur les trois semaines, au soir des marches de l'Algérie vers son destin, le pouvoir en avait déjà montré quelques facettes et parfois des plus grossières. Samedi, il venait de livrer la dernière. En décidant dans la précipitation d'avancer la date des vacances universitaires avec «effet immédiat», il commettait deux impairs d'égale gravité. Le premier est qu'en dépit des discours de contorsionniste par lesquels il a tenté de mettre un semblant d'humanité dans son regard sur le soulèvement populaire, il est resté raide dans ses vieilles pratiques de pilonnage de la contestation. Le second est qu'il venait de délivrer aux Algériens en lutte le message de ses intentions à terme : pas la moindre disponibilité à la concession. Traduits politiquement l'un et l'autre, c'est lourd de sens, en la circonstance. En man?uvrant comme de petits roublards pour amputer la contestation d'une force humaine aussi importante par son volume que par sa vigueur et en cachant très mal son entêtement à ignorer la gravité des choses, le pouvoir et ses annexes ont ajouté une couche à l'inquiétude sur l'issue des événements. Et à leur corps défendant, plus de détermination et de vigilance dans la poursuite de la contestation. Se posent déjà des questions, souvent sincères et légitimes mais parfois à dessein, sur l'utilité d'un durcissement de ton par la grève générale. Ou pire, la désobéissance civile dans un pays où on en est à se demander si les centres de décisions sont encore susceptibles d'assurer un minimum d'Etat. En la matière, la journée d'hier a été une illustration parfaite : des enfants du primaire ont été jetés dans la rue, des étudiants ont été contraints à la quête de gîtes et de couverts solidaires et, par endroits, il a été enregistré quelque panique sur les denrées alimentaires. Pour boucler la boucle, la journée a été rythmée par les informations qui allaient du vraisemblable au farfelu sur la destination de? l'avion présidentiel qui devait ramener le chef de l'Etat de Genève vers Alger. Quand tout le monde communique sur l'état de santé du Président, sur les couloirs aériens empruntés par son avion et «ses destinations plausibles», sauf les institutions, il y a de quoi s'inquiéter. Surtout que, s'agissant d'inquiétudes, ce n'était pas vraiment la seule source de ce dimanche. Ni la plus partagée, d'ailleurs.S. L.
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