Alger

En Algérie, les lettres arrivent, le message est aléatoire



En Algérie, les lettres arrivent, le message est aléatoire
Le quotidien algérien El Watan a publié, le 18 février 2013, une lettre ouverte adressée par Hocine Malti, un ancien haut dirigeant de Sonatrach, au général Mohamed Mediene, chef du DRS (Renseignements militaires), l'interpellant notamment sur l'ampleur de la corruption qui gangrène le pays. L'interpellation publique de ce haut gradé de l'armée est une première en Algérie. La question ne s'en pose pas moins de savoir si le message a été bien compris par son destinataire.
En Algérie, même les lettres au bon Dieu finissent par arriver bien que la qualité des services postaux, et accessoirement celle des journaux, laisse à désirer. Mais comme le pays est bloqué dans un système qui n'est pas simple, nul n'est certain que le message soit bien compris par le destinataire souhaité ou s'il n'a pas été détourné, par un art subtil de la man'uvre, de son chemin prévu. La lettre adressée par Hocine Malti au chef du Département du renseignement et de la sécurité (DRS, Renseignements militaires) a donc été publiée dans un journal local et le ciel ne semble être tombé sur la tête de personne.
Certains s'empresseront, like usual, de s'étonner de ce « peuple qui ne bouge pas et ne s'indigne pas ». Mais qui peut lui reprocher d'avoir appris, à ses dépens, à ne pas croire aux évidences. C'est une sorte de sagesse qu'il a acquise à coup de votes détournés et de routes barrées réprimées: les lettres sont envoyées, elles arrivent parfois mais le message ne passe pas forcément. C'est un peu comme ces chiffres surprenants du chômage où l'évidence n'a rien... d'évident ! On cherche ce qu'il y a derrière ! Forcément, puisqu'au plan institutionnel, tout est affaire de décor... on cherche l'envers du décor ! Les Algériens n'attendent pas qu'un dirigeant leur dise : « Je vous ai compris ». C'est eux qui disent, de mille et une manières, en désertant les JT et les urnes: « Nous vous avons compris !».
Les lettres arrivent, les messages restent flous
Ces derniers temps, un ancien ministre de l'Economie revenu à ses chères études s'exerce à l'art du discours critique tout en restant accommodant et en s'auto-épargnant en cours de route. Il peut même se permettre, avec un aplomb extraordinaire, d'expliquer que le « multipartisme » n'a pas permis de résoudre la question de l'évaluation des politiques publiques en Algérie !
« Multipartisme » étant clairement entendu comme synonyme de démocratie, l'assertion laisse pour le moins songeur. Comme si le multipartisme hyper-contrôlé imposé par le système en place pouvait... contrôler quelque chose et évaluer ! Mais on aura compris, le professeur ne croit pas trop aux vertus de la démocratie et sans doute pense-t-il qu'une sorte de conclave d'experts pourrait y suppléer... Comme si l'histoire du monde n'existait pas pour nous montrer que l'évaluation des politiques est une affaire d'institutions, de citoyens où les experts apportent leur part à une évaluation « citoyenne ». Une affaire de « système » ! C'est bien la raison pour laquelle personne ne peut contester que la démocratie soit le pire des systèmes à l'exclusion de tous les autres.
Les lettres arrivent mais le message ne se déchiffre pas aisément
Et pourtant, Dieu sait le vacarme que cause dans nos têtes silencieuses et sceptiques cette « évaluation » de la gestion du secteur des hydrocarbures qui ne se fait pas en Algérie... Et qui nous arrive, collatéralement, par l'action des juges italiens qui s'entêtent à appliquer la loi aux voleurs et que l'Etat de droit, même imparfait, protège contre les puissants. En Italie, les lettres arrivent et le message passe.
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