Gouvernement et partenaires sociaux se rencontrent jeudi à Alger. Mais tout le monde regardera vers l'élection présidentielle, prévue pour avril 2014.La réunion tripartite regroupant le gouvernement algérien avec ses partenaires économiques et sociaux s'ouvre jeudi matin, dans une atmosphère inhabituelle. Alors que le gouvernement semblait avoir pris les devants, pour préparer la rencontre dans les meilleures conditions, de nouveaux bouleversements sont venus perturber le calendrier, obligeant patronat et syndicats à revoir leur copie, alors que le gouvernement fait face à une nouvelle poussée de fièvre.
Pour le gouvernement de M. Abdelmalek Sellal, cette tripartite devait être la dernière avant les élections présidentielles d'avril 2014. Il s'y est préparé, anticipant les demandes du patronat, en prenant une série de mesures destinées à satisfaire toute revendication éventuelle des milieux d'affaires. Il a également prévu de maintenir, dans le budget 2014, l'ensemble des subventions et transferts sociaux en vigueur jusque-là, malgré les virulentes critiques suscitées par certaines mesures, comme la subvention à près de 80% du prix du carburant, et celles allant de 30 à 60% touchant certains produits comme les céréales, le lait, etc.
Ces mesures provoquent un déficit budgétaire « abyssal », selon un économiste, et poussent les dépenses publiques à un niveau très élevé. Elles atteignent la moitié du budget de l'Etat, alors qu'en Tunisie et au Maroc, ce chiffre atteint à peine 25%. Mais fort des recettes provenant des hydrocarbures, qui devraient atteindre les 70 milliards de dollars cette année, M. Sellal fait preuve d'une grande générosité pour préserver coûte que coûte la paix sociale.
Un scénario bousculé
Avec de telles annonces, M. Sellal pensait transformer la tripartite en un show médiatique, où différents partenaires reconnaitraient la bonne volonté dont fait preuve le gouvernement, aussi bien envers les travailleurs qu'en direction du patronat. En élargissant la participation à de nouveaux syndicats de travailleurs et organisations patronales, et en invitant des économistes et des think tanks, il pensait aussi atténuer la pression de ses interlocuteurs traditionnels et réunir un large consensus autour de la politique du président Abdelaziz Bouteflika.
En plus, le premier ministre a soigneusement écarté le volet « social », en consacrant la tripartite au seul volet économique. Cela lui donnerait le temps de mieux affiner les mesures destinées aux travailleurs, avant un « sommet social » qui doit se tenir avant la fin de l'année.
Ce scénario a été perturbé par une brusque montée de fièvre sur le front social. Les travailleurs de l'Entreprise de Transport Urbain d'Alger (ETUSA) ont lancé une grève sauvage, pour protester contre le non-paiement de leurs salaires et demander le départ de leur directeur général. Auparavant, les enseignants avaient lancé une grève « illimitée », et décliné l'invitation au dialogue lancée par le ministère de tutelle, pour réclamer d'abord l'application des accords conclus auparavant.
Remous au sein du patronat
Côté patronat, une nouvelle crise, sur fond de rivalités personnelles et familiales, est venue renverser l'ordre de préséance établi jusque-là. Abdelouahab Rahim, ambitieux président d'une organisation patronale récemment créée, a bousculé l'équilibre en vigueur jusque-là, en créant une « coordination patronale » regroupant huit organisations. Il a réussi à supplanter Rédha Hamiani, patron du Forum des Chefs d'Entreprises (FCE), pour tenter de prendre le leadership et s'imposer comme nouveau porte-parole du patronat. Pourtant, sous la présidence de M. Hamiani, le patronat a obtenu de très nombreuses aides du gouvernement, allant des facilités fiscales et financières, à l'effacement des dettes, en passant par la mise à niveau des entreprises. Seul écueil sur lequel a buté le gouvernement : l'application des décisions prises a toujours buté sur la bureaucratie algérienne, qui les a ignorées.
Elément cocasse venu pimenter ces rebondissements, Abdelmadjid Sidi Saïd, patron de l'UGTA, le principal syndicat des travailleurs algériens, a assisté à l'assemblée générale qui a débouché sur la création de la toute nouvelle « coordination patronale». Son attitude ne devrait toutefois pas influer de manière significative sur la tripartite, car M. Sidi Saïd s'est toujours montré extrêmement conciliant avec le gouvernement.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Abed Charef
Source : www.maghrebemergent.info