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Elle a été la première à révéler la méconnaissance du monde arabe par l'Occident



Elle a été la première à révéler la méconnaissance du monde arabe par l'Occident
Celle qui vient de nous quitter a commencé sa carrière d'essayiste avec un pseudo. Elle a publié sa thèse de doctorat, évidemment aménagée, avec le surnom de Fatna Aït Essabah. Certes, elle n'avait pas la renommée mondiale qu'elle a acquise par la suite.Fatima Mernissi devait se prémunir contre d'éventuelles représailles de la part du Palais royal. Elle venait d'inaugurer un chantier nouveau de recherche sur le discours religieux que certains universitaires algériens investiront dans son sillage. Dans son premier essai, elle tentera de démontrer comment le discours savant coïncide totalement avec le discours populaire pour disqualifier les femmes et les charger de préjugés. Elle emploiera tout un corpus d'adages pour étayer sa thèse. Suite à son passage aux universités américaines, elle signera ses livres avec son propre nom. De sa longue bibliographie, on retiendra au moins deux titres dont Sultanes Oubliées paru chez Albin Michel qui n'a pas connu de succès retentissant. Pourtant, dans ce livre, Mernissi s'est employée à répondre à une interrogation de l'Occident quand la défunte Benazir Bhutto est devenue premier ministre du Pakistan, un pays musulman connu pour son rigorisme. Elle citera seize femmes qui ont dirigé les pays musulmans, même en se mettant derrière un voile. Le cas de Zeineb, la mère d'Haroun Errachid qui régnait sur l'empire abbasside. En fait, elle démontrera la méconnaissance de l'Occident du monde arabo-musulman. Le second livre, paru chez le même éditeur est La peur - modernité. Dans cet essai, chiffres à l'appui, elle démontrera que ce qu'investit l'Arabie saoudite dans l'achat d'armes, notamment les avions Awaks, peut servir au décollage de toute l'aire arabe s'il était investi dans le domaine de la recherche scientifique. Plus grave, elle expliquera que le royaume saoudien entretient sa dépendance en acquérant des armes sophistiquées. Rien que l'entretien et les pièces de rechange de ce matériel qui n'avait jamais servi entraînait la dépendance de ce pays envers son fournisseur, en l'occurrence les USA. Elle finira par démontrer que la modernité du monde passe inéluctablement par l'acquisition des sciences et des connaissances.La voix des femmesCes deux exemples triés sur le volet démontrent combien Mernissi était pionnière. Ses interrogations et ses constats sont toujours d'actualité dans le monde arabe, en prise actuellement avec le terrorisme se réclamant d'un islam rétrograde. Les algériens se rappellent toujours les larmes de cette grande figure quand son passage à Alger a coïncidé avec la chute de Baghdad lors de la première guerre du Golfe aux débuts des années 1990. Elle comparera les américains aux mongols qui avaient brûlé la bibliothèque de Baghdad au point où l'eau coulant dans l'Euphrate, fleuve qui traverse Bagdad, est devenue noire. L'image est d'elle. Encore une fois, les événements vont lui donner raison puisque les musées de Baghdad, renfermant des trésors de toute l'humanité, subiront un pillage dans l'ordre. Au-delà de ses écrits, Mernissi a introduit la voix des femmes dans la sphère politique de son pays et partant de tout le monde arabe. En Algérie, elle compte toute une génération d'émules. Et c'est énorme.


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