C'est le président du Haut Conseil de l'arabisation (HCA) qui dirigera la
liste FLN de la capitale pour les élections législatives du 10 mai prochain.
Larbi Ould Khelifa a fait
hier un saut d'une heure à l'hôtel Mouflon d'Or de Ben Aknoun
pour, probablement, s'assurer qu'il était véritablement à la tête de la liste
FLN d'Alger.
«Vous allez voir, vous allez avoir de grandes surprises quand les listes
seront rendues publiques», a déclaré le secrétaire général du parti aux
journalistes qui l'interrogeaient il y a quelques jours sur les éventuelles
candidatures. Pour une surprise, c'en est une véritablement. Abdelaziz Belkhadem a donc tenu sa promesse. Aucune observation sur
l'établissement des listes FLN n'avait évoqué le nom de Larbi
Ould Khelifa qui reste une
personne assez discrète et plutôt réservée. Ainsi, ni Ziari
ni Harraoubia n'ont été retenus pour être en tête de
la liste d'Alger. On dit du premier qu'il ne devait pas l'être en raison du
refus du président de la République de le (re)voir
briguer un second mandat à la tête de l'Assemblée. Des indiscrétions disent
même que celle qui l'a porté à cette tribune n'a plus les mêmes pouvoirs pour
le (re)faire.
Zohra Drif Bitat, que Bouteflika respecte pour des considérations, semble-t-il, «très
personnelles», n'aurait pas réussi cette fois-ci à le convaincre pour
reconduire son candidat «préféré» à son poste. Harraoubia
devait l'être lui aussi pour être placé à la présidence de la nouvelle
Assemblée. Mais il paraît que l'idée n'a pas été du goût d'un grand nombre des
«ténors» du FLN. L'on dit d'ailleurs que d'autres ministres convoitaient ce
même poste. Pour l'instant, rien ne dit que Ould Khelifa l'occupera. Il faudrait attendre pour cela, non
seulement les résultats du scrutin du 10 mai mais peut-être aussi la formation
du nouveau gouvernement qui devra remplacer celui en fonction actuellement. Seul
le président sait qui des ministres actuels va-t-il garder. Il les a depuis
tellement longtemps qu'il lui sera difficile de s'en séparer même s'il n'a
aucune estime pour la plupart d'entre eux. C'est ce qui se dit du côté de la
présidence de la République en insistant sur le fait que le chef de l'Etat ne
communique avec personne d'entre eux, y compris le Premier ministre qui, dit-on,
reçoit les instructions du président par l'intermédiaire de son secrétaire
personnel, Mohamed Rougueb.
Mais il est évident que rien n'est important de tout cela quand on sait
que les élections à venir sont qualifiées de «cruciales» et de «facteur clé du
changement» alors qu'elles ne semblent pas permettre la reconfiguration du
paysage politique. Il est admis que cette dernière a été faite dans la
continuité, comme déjà souligné dans ces mêmes colonnes. D'ailleurs le
président de la République avait, lors de l'ouverture de l'année judiciaire, annoncé
sa recomposition sur un ton mêlé de déception et de mécontentement. «A chaque
fois que le parti est petit, sa voix monte. Vous voulez qu'il y ait des petits
partis, eh bien, qu'il en soit ainsi ! Vous les aurez !», a-t-il lancé à
l'assistance.
BOUTEFLIKA A TENU SA PROMESSE
Ce jour-là, Bouteflika avait repris son
ancienne habitude qui fait qu'il sort de son discours solennel pour faire des
digressions en relation avec la conjoncture ou les grandes questions qui se
posent sur la scène nationale. L'Assemblée sera ainsi garnie de petits partis, comme
promis par le président de la République. Ils seront ces voix dont aura besoin
le pouvoir pour bloquer ou débloquer des textes de lois, c'est selon ses
objectifs et ses visées.
Larbi Ould Khelifa aura
derrière lui Wahid Bouabdellah,
l'ex-PDG d'Air Algérie. Militant «assidu» du FLN, Bouabdellah
a déjà été député. Il le sera certainement pour les cinq prochaines années. Il
semble avoir pour cela, la «baraka» de la confrérie (El-Belkaïdia)
de laquelle il est membre.
Le troisième de la liste FLN d'Alger est le professeur en cardiologie Bourezague, «inconnu au bataillon militants de base FLN», disent
les grogneurs, suivi de l'actuelle PAPC de Kouba, Mme
Bounab.
Bien que ce soit un parti qui est d'ores et déjà donné favori, le FLN a
fait beaucoup de mécontents en instituant des listes qui n'ont pas plu aux
militants. Il faut reconnaître qu'ainsi, il reste fidèle à ses pratiques. Si
les candidatures suivent un circuit infernal pour être retenues, l'on reste
convaincu que le dernier mot est dit par le président d'honneur - le chef de
l'Etat - et son entourage, notamment pour ce qui est de la liste d'Alger qui, à
elle seule, lui permet de déterminer les forces d'équilibre devant être
constituées pour gérer les affaires de l'Etat, au moins pendant cinq ans sans
trop craindre des revirements de situation inattendus.
«ILS ONT CHOISI LEURS COPINES»
Les listes FLN de toutes les wilayas sont contestées par ses militants. Nombreux
sont d'entre eux dont la grogne se fait entendre au
niveau du siège de leur parti ou du Mouflon d'Or où Belkhadem
tient son quartier général depuis la première étape de la confection des listes
jusqu'à aujourd'hui. Hier, des militants d'El-Harrach bavaient de colère pour
n'avoir vu aucun nom de leur mouhafadha figurer sur
la liste d'Alger. «Nous sommes 5.000 militants à El-Harrach, aucun d'entre nous
n'est porté sur la liste, ils pensent qu'El-Harrach n'est bon que pour les
bidonvilles, la prison et les marchés de gros mais pas pour voir ses enfants députés.
C'est du mépris de la part des responsables du parti !», disait l'un d'entre
eux. «J'ai fait des sacrifices pour le parti, mais cette fois-ci, on ne laisse
pas faire, on ne travaillera plus pour lui, il y a d'autres partis !», renchérit
son collègue. Plusieurs d'entre eux accusaient hier l'état-major du parti de
faire dans «la discrimination en ne respectant pas les quotas ni les critères».
L'un d'eux interroge «comment Djouhri arrive à se
maintenir et à placer en plus son fils à la tête de la liste FLN Tunis ?». Un
autre, encore plus énervé, interroge «nous avons un candidat de consensus, que
personne ne conteste et que tout El-Harrach respecte, pourquoi n'a-t-il pas été
retenu ?». Une militante de Blida rouspétait elle aussi à haute voix. «Je suis
militante FLN depuis de longues années mais on a préféré mettre avant moi leurs
copines, je n'ai pas honte de le dire parce que c'est la vérité !», assène-t-elle.
L'argent aurait aussi été, selon elle, le nerf de la guerre des candidatures. «Certains
noms ont payé des sommes faramineuses pour y être et ils le sont. Ils ont
travaillé entre eux, avec leurs clans et ils ont méprisé les jeunes», ajoute-elle.
«Un candidat de la liste Tizi Ouzou
ne sait ni parler, ni se taire, ni se tenir, comment ont-ils fait pour le
prendre si ce n'est une question de pouvoir financier», interroge un militant
d'Alger à bout de nerfs.
Belkhadem a préféré tout le temps qu'a pris l'établissement des listes finales se
retrancher au Mouflon d'Or et ce pour ne pas subir les crises de nerfs de ses
militants. Il aura remarqué que même les ministres et les hauts responsables
ont fait le pied de grue devant cet hôtel pour savoir s'ils étaient retenus sur
les listes finales ou non. Ils restaient debout devant la porte jusque tard
dans la soirée. Hier, tout le monde était désormais fixé. A l'instar des autres
partis, le FLN devait déposer ses listes avant minuit.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : Ghania Oukazi
Source : www.lequotidien-oran.com