«Ghir El-Barah» il était parmi nousSouffrant depuis plus d’une année, l’incontestable cheikh du chaâbi El-Hachemi Guerouabi a rendu l’âme avant-hier, à l’hôpital de Zéralda.
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Ils étaient nombreux, hier, à rendre un ultime hommage à l’un des plus grands chanteurs du chaâbi algérien. Au palais de la culture où a été présentée la dépouille de Guerouabi qui nous a quitté avant-hier soir, à l’hôpital de Zéralda, l’émotion était à son comble. Il y avait plusieurs dizaines de personnes, parmi les membres de sa famille, proches, amis ou simples admirateurs ainsi que la ministre de la Culture, Mme Khalida Toumi. Celui qui est considéré comme l’une des grandes figures du chaâbi contemporain nous a donc quitté dans la douleur. Pour Khalida Toumi, la ministre de la Culture, «c’était un monument de la musique algérienne et de la chanson chaâbie. Il restera dans l’histoire comme l’artiste qui s’est nourri de la sève des profondeurs de notre culture exprimée dans des poésies et des mélodies ancestrales en même temps que celui qui renouvela l’interprétation et la pratique du genre. Il s’est distingué comme le véritable architecte de la rénovation du patrimoine de la musique populaire algérienne et de son interprétation». Pour Abdelmadjid Meskoud, «c’est une grande figure de la chanson qui disparaît. Il était toujours souriant et de bonne humeur».
Pour sa part, Boudjemaa El-Ankis, l’autre chantre du Chaâbi, «c’est une grande perte pour l’Algérie. L’un des monuments de la chanson algérienne, l’un des derniers. C’était un homme joyeux et toujours souriant». Le maître de la chanson chaâbie se trouvait, en effet, depuis dimanche dernier dans un coma profond à l’hôpital de Zeralda où il a été admis pour des soins intensifs suite à une attaque cardiaque.
La rumeur de son décès a fait le tour du pays plus d’une fois, mais depuis avant-hier, le départ à jamais de celui qui a consacré sa vie entière à la chanson algérienne est effectif. Et c’est presque un séisme qui s’est abattu sur tous ses fans. Aussi sûr que la veillée funèbre aura lieu à son domicile familial, une autre aura lieu à travers l’ensemble des foyers des amoureux de son genre musical.
Né le 6 janvier 1938, à El-Mouradia (Alger), El-Hachemi Guerouabi a grandi à Belouizdad (ex-Belcourt). En plus de la musique, le baroudeur qu’il était occupé son temps dans le football. Excellent ailier droit, il a joué sa dernière saison footballistique en 1951-1952, sous les couleurs de la Redoute Club. Vers 1952-1953, il commença à s’intéresser à la musique et tout particulièrement à El-Anka, M’rizek, H’ssissen, Zerbout et autre Lachab. Vite découvert par ses pairs, il rejoint l’orchestre de Hadj M’hamed El-Anka, où il participait activement. Sa voix était singulière, à tel point que El-Anka faisait de lui le détonateur, dans chaque couplet ou refrain chanté ou répété, dans les spectacles et à la télévision nationale. Après la disparition d’El-Anka, maître du chaâbi durant près de cinquante ans, les regards se sont vite braqués sur la relève. Une relève nommée El-Hachemi Guerouabi. Ce dernier, qui avait un cachet «vocal» assez particulier et très distingué, avait trouvé du mal à se placer à la tête de la succession. Suivant les conseils et les orientations de ses pairs, il décide de s’investir dans le conservatoire, fondé par Mahieddine Bachetarzi, musicien -chanteur et comédien- dramaturge. Au music-hall El-Arbi, il se distingue en obtenant deux prix grâce à Mahieddine Bachetarzi.
De l’arabo-andalou, du chaâbi, de la chanson orientale, du jazz et autres styles qui accrochaient un public exigeant, Guerouabi, qui ne croyait pas devenir un cheikh, exprime alors son penchant pour les textes populaires du chaâbi. Cela lui vaudra l’accès immédiat à l’Opéra d’Alger, de 1953 à 1954, où il chantera Magrounet lehwajeb, qui fut un succès. Engagé à l’Opéra comme chanteur, il fera aussi de la comédie et jouera dans plusieurs pièces et sketches, dont Dahmane la chaire et Haroun Rachid. Après l’indépendance, il rencontre Mahboub Bati, avec lequel il enrichit ses connaissances, se perfectionne et enregistre des chansonnettes. Avec un premier rôle lyrique.
Un travail acharné qui lui permettra de devenir une référence dans la relève, mais aussi dans la production et le spectacle. «Elle m’a habité. Ça a été un long parcours jalonné de joie, de peine, de marginalisation et, heureusement, de beaucoup de succès», disait Guerouabi. Maître incontestable de tous les styles de musique chaâbi, dont la qasida medh (genre mystique), les gharamiat (poésie courtoise) et le mouachahate (textes classiques arabo-andalous). Chaleureux avec son public, attentif avec les chanteurs, compositeurs et autres poètes, il a toujours su renouveler la confiance autour de lui et instaurer une discipline dans l’art de chanter. «J’ai besoin qu’on m’interpelle sur tel ou tel morceau. Je n’ai pas de programme standard, c’est le public qui décide», ne cessait de répéter Guerouabi à ses cinq instrumentistes-choristes, dont le cithariste Lakehal Belhaddad, le banjoïste Sid Ali, le violoniste-altiste Abdessamed et les deux percussionnistes (darbouka et tar) Nabil et Hocine.
A 68 ans, il tire sa révérence après une longue maladie qu’il a combattue avec ses deux derniers concerts mais sur laquelle il n’a pas réussi à avoir le dernier mot.
Tahar A.O. & Idir D.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com