Alger

El Hadi Lechreg



Je garderai toujours en moi cette image atroce du visage ensanglanté de Maâmar Kadhafi, au dernier instant de sa vie, lui le tout-puissant, l'imprévisible, l'excentrique chef d'Etat - moqué et craint à la fois, à tort ou à raison. Nos officiels avaient pris le parti de ménager l'enfant terrible d'une Libye voisine, si vaste, si peu peuplée et si riche. La paix à la frontière sud-est a un prix. Kadhafi le savait et prenait un malin plaisir à tenir en haleine ses pairs de la région. À sa façon, il prônait la révolution permanente, le «Livre vert» brandi en lieu et place du «Livre rouge» de Mao Tsé Toung ou du Capital de Karl Marx. L'amuseur ne dérangeait pas outre-mesure, tant qu'il ne sortait pas de ce rôle. Puis un jour, les maîtres de ce monde commençaient à s'en lasser.Le guide libyen ne comprenait pas que son sort était scellé. Volant au secours du condamné, nos officiels ne purent reporter la sentence surtout que les «frères» arabes s'étaient déjà rangés du côté des bourreaux. Le ciel fermé à l'aviation civile, soit. Des Algériens iront à Tripoli par route. Feu le président Chadli le fera. Mais pourquoi tant d'empressements puisqu'il n'y ni communauté algérienne établie sur le sol libyen, ni gros contrats à préserver '
L'argument Histoire peut paraître ringard aux yeux de certains, pourtant il a son poids dans le rapport si particulier qu'entretiennent tous les responsables algériens qui se succèdent avec les dirigeants de ce pays avec lequel nous partageons une frontière longue de mille kilomètres. Et puis la Libye c'était aussi une base arrière de l'ALN en lutte pour l'indépendance. Les armes en provenance du Moyen-Orient transitaient par ce pays. Nos djounoud s'y entraînaient.
Des témoins signalent que le soutien aux insurrections date des années quarante. Un exemple et pas des moindres, ce grand bourgeois libyen qui nourrissait une passion sans borne pour l'Algérie, a mis sa fortune au service de l'Algérie en guerre. Il était totalement désintéressé. Son nom : El Hadi Lechreg. Jusqu'à sa mort, à l'âge de 105 ans en 2005, il aura été un Algérien dans l'âme.
C'est si vrai que dans son testament, il avait demandé à être enterré sur le sol algérien et ce, en dépit de quelques réticences au sein de sa famille et aussi de Maâmar Kadhafi. Il repose au Carré des Martyrs, à El Alia. Ce personnage et bien d'autres expliquent pourquoi les autorités algériennes sont si attentives à tout ce qui touche à la Libye. Elles le prouvent, aujourd'hui, dans leurs efforts pour la paix et de la stabilité à travers de multiples rencontres des responsables des deux pays, à Alger, Tripoli ou Benghazi.
Les évolutions dans ce pays confirment la pertinence du choix du dialogue excluant le vacarme des armes. La fraternité de combat contre les hégémonismes extérieurs trouve ainsi son prolongement, en temps de paix, dans la solidarité et le raffermissement des liens économiques notamment. C'est d'ailleurs le message du récent Forum d'affaires algéro-libyen d'Alger. L'ouverture prochaine du poste frontière de Deb-Deb (Illizi), situé à six kilomètres de la vieille ville de Ghadamès, n'est rien d'autre qu'un message de continuité des liens tissés par l'histoire.
B. T.
[email protected]
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)