Alger

Economie algérienne: "Mieux vaut une fin désastreuse qu'un désastre sans fin", disait Churchill



Pour l'auteur de cet tribune, le système de gouvernance algérien ne se réformera de lui-même que sous la contrainte d'une conjoncture économique difficile, comme celle des années 1990. En temps d'aisance financière, affirme-t-il, il est illusoire d'espérer le voir prendre l'initiative de se soigner, autrement dit, de se débarrasser de son caractère rentier. La rente, écrit-il, est « le principal carburant de la mauvaise gouvernance ».
Diverses initiatives, telles que celle du collectif Nabni, ont été lancées dernièrement dans le but d'initier des réformes politico-économiques en Algérie. Même El-Kadi Ihsane, dans une récente tribune, pensait que les plans d'ajustement structurel devraient déjà être en gestation compte tenu de la falaise (pas fiscale) de la faillite qui se profile vers 2020. Cela laisse à penser que le système de gouvernance algérien peut se réformer de lui-même. On ne peut s'empêcher de faire les réflexions suivantes.
La première est que les reformes et les plans d'ajustement ne sont jamais élaborés en temps d'aisance financière mais plutôt quand les gouvernements ont le couteau sous la gorge. On n'a jamais vu quelqu'un en bonne santé (ou qui croit l'être), à moins qu'il ne soit hypochondriaque, aller de son propre chef consulter et prendre des médicaments. La seconde est qu'il n'est pas illégitime de s'interroger : et si c'était la meilleure chose qui pouvait arriver à l'Algérie, l'extinction de la rente qui a été et reste le principal carburant de la mauvaise gouvernance '
« No presentation without taxation »
« No taxation without presentation », pas d'impôts sans représentation : c'était là le cri de ralliement des insurgés américains contre la Couronne britannique pendant la Guerre de libération américaine, par lequel ils exprimaient leur refus de payer des impôts s'ils n'étaient pas représentés au Parlement britannique.
L'inverse de ce slogan est tout aussi vrai, no presentation without taxation, autrement dit, pas de représentation sans impôts. Cela signifie que sans payer d'impôts, sans contribuer par ses finances, et donc son travail, à l'organisation et au fonctionnement de l'Etat, les citoyens ne peuvent aspirer à être représentés dans la décision politique ou économique. Ainsi, un Etat qui peut se passer de la contribution financière de ses citoyens peut s'exonérer de leur demander leur avis.
Disposant de la rente, l'Etat algérien peut se permettre l'une des plus basses impositions de la région, battu en cela seulement par les monarchies pétrolières du Golfe. On peut remarquer aussi que la part de la fiscalité ordinaire (hors pétrole) est en constante diminution, parallèlement au délitement de la démocratie. Peut-on espérer de réelles reformes démocratiques alors que l'Etat, tout en diminuant les impôts, multiplie les subventions et développe l'assistanat de sa population '
En organisant un système de subventions généralisées (électricité, essence, blé, lait et jusqu'aux pois chiches...), l'Etat instaure une relation de dépendance de ses administrés qui soit se sentent inconsciemment ou non redevables soit estiment que tout leur est dû et que ce sont leurs droits. Par contre, des citoyens qui financent un gouvernement ont plutôt tendance à lui demander des comptes quant à l'emploi de leur argent. Les gouvernements se sentent plus enclins à associer leurs citoyens quand ils sont obligés de leur demander des sacrifices, mais si une rente leur permet de s'en passer, ils n'auront de compte à rendre à personne.
Les réformes des années 1990 ont été exécutées le couteau sous la gorge
De même, quand les caisses sont pleines, la mauvaise gestion, l'incompétence et l'incurie sont beaucoup moins visibles, les disponibilités permettant de les couvrir. Lorsque la disette et la crise s'installent, les décideurs sont plus prudents, les incompétents sont vite repérés et les nouvelles compétences émergent et accèdent à la décision, car c'est dans la tempête que les vrais capitaines se révèlent.
On peut remarquer aussi - et même si les causes peuvent être diversement interprétées - que l'ouverture démocratique dans les années 1990 a été concomitante avec les difficultés économiques de l'Algérie et qu'elle s'est refermée à mesure que les caisses se remplissaient. Les reformes les plus courageuses, sous injonction du FMI, il est vrai, ont été initiées lors de cette conjoncture économique difficile mais ont été vite abandonnées aux premières lueurs d'amélioration des prix de pétrole et après, avec l'embolie, non seulement on est revenu sur ces réformes mais on a fait carrément un virage à 180 degrés. C'est comme un toxicomane qui, à la sortie d'une cure de désintoxication, retombe de plus belle dès qu'il voit l'objet de son addiction.
Comment peut-on expliquer autrement qu'un pays ait pu maintenir sous perfusion et régulièrement renflouer des canards boiteux industriels génétiquement déficients, salarier (et augmenter) des gens sans réelle occupation ' Comment a-t-il pu handicaper à vie ses jeunes en leurs déversant des tonnes d'argent ou donner des logements pratiquement gratuitement ' Qu'est-ce qui permet à un Etat de perdurer dans des politiques empreintes de non-sens économique et de différer la sanction qui, fatalement, aurait dû frapper ses errements ' Il n'y a que la rente qui lui donne la possibilité de défier impunément (pour l'instant mais jusqu'à quand') les lois économiques qui régissent le monde et il ne faut pas alors s'étonner que l'économie algérienne ne se soit pas diversifiée et que les exportations hors hydrocarbures n'aient pas démarré. Le système n'est absolument pas configuré pour. Il est simplement là pour distribuer sous des formes diverses la rente. Et c'est cette rente-là qui est le carburant qui nourrit l'incompétence et la mauvaise gouvernance. Ce système disparaîtra le jour où, faute de carburant, il s'éteindra de lui-même et l'on comprend mieux alors ses efforts désespérés pour lancer les gaz de schiste, la lampe-témoin du réservoir a déjà commencé à clignoter...
Churchill a dit: « Mieux vaut une fin désastreuse qu'un désastre sans fin ». Peut-être est-il temps de hâter cette fin pour que l'on puisse construire quelque chose de nouveau sur des nouvelles et saines bases...
Tweet
Partager
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)