Le troisième jour pour l'Afrique. Depuis le sommet de Kananaskis, au
Canada en 2002, c'est une tradition de convier l'Afrique au sommet du G8, une
occasion pour les pays riches de faire preuve d'une générosité verbale pas
toujours suivie d'effets. Le sommet de L'Aquila, en Italie, qui a pris fin
officiellement hier soir, n'a pas failli avec la tradition. Le G8 et les pays
émergents ont annoncé la mobilisation de 20 milliards de dollars - 5 de plus de
ce qui était prévu - pour la sécurité alimentaire. La déclaration commune des
pays du G8, des émergents et des pays africains invités au sommet de L'Aquila
(Algérie, Angola, Egypte, Ethiopie, Libye, Nigeria, Sénégal, Afrique du Sud et
Union africaine) annonce la mobilisation de cette somme sur trois ans pour
garantir la sécurité alimentaire et lutter contre la faim. Le but de
«l'Initiative de L'Aquila sur la sécurité alimentaire» est d'accroître les
investissements afin d'augmenter la production agricole dans les pays en
développement.
Les dirigeants se sont engagés à «assurer le développement durable de
l'agriculture, tout en restant déterminés à apporter une aide alimentaire
d'urgence adéquate». C'est la seule «décision» de ce sommet. Elle suscite
l'approbation du président du Fonds international pour le développement
agricole (FIDA), Kanayo Nwanze. Selon lui, c'est un changement «majeur» qui
passe de l'aide alimentaire au soutien aux «pays pour qu'ils mettent en place
les bonnes politiques afin de produire de la nourriture». Tout dépendra en
définitive de la concrétisation des engagements pris, la tradition étant de
découvrir, à l'heure des bilans, qu'on est loin des comptes. Il faut juste
rappeler que les pays riches ont déjà fait la promesse d'augmenter de plus de
26 milliards de dollars par an les aides à l'Afrique d'ici à 2010. L'Onu et
l'Union africaine sont catégoriques: à ce jour, moins d'un quart seulement de
la somme initialement promise a été versé.
La «dette climatique» des pays industrialisés
Le «consensus» formel sur la faim dans le monde ne s'est pas étendu à
d'autres sujets comme le réchauffement climatique. Les membres du G8 - avec une
sérieuse réserve russe - ont approuvé la limitation à 2 °C au maximum le
réchauffement à l'horizon 2050 avec une réduction de 50% des émissions de gaz à
effet de serre dont 80% pour les pays industrialisés. Les pays émergents
membres du Forum des principales économies (MEF) - qui regroupe les pays du G8,
le G5 (Chine, Inde, Afrique du Sud, Brésil, Mexique) ainsi que l'Australie, la
Corée du Sud et l'Indonésie - ont refusé d'endosser un objectif de réduction de
50% des émissions d'ici 2050. Ces pays émergents soulignent, à juste titre, que
les pays industrialisés sont les principaux responsables du réchauffement
climatique et qu'ils ne doivent pas en faire un prétexte pour figer le développement
des autres pays. Selon eux, ils doivent, non seulement réduire rapidement leurs
émissions, mais aussi apporter un soutien financier aux pays en développement.
Il y a aux yeux des pays en développement une «dette climatique» lourde dont
les pays industrialisés doivent s'acquitter.
Le dollar, encore tabou
Barack Obama a demandé aux «pays en voie de développement», qui «ont des
inquiétudes réelles et compréhensibles quant au rôle qu'ils joueront dans cet
effort», à avoir une «participation active (...) parce que les projections
prêtent à ces pays la majeure partie des émissions dans l'avenir». Il a admis
néanmoins que les «pays développés comme le mien ont la responsabilité
historique d'être à la tête de cet effort». Il reste à «chiffrer» cet effort et
ce ne sera pas le moindre des sujets de débats pour la conférence de Copenhague
qui doit plancher en décembre sur la suite à donner au protocole de Kyoto. Sur
l'économie, les dirigeants du G8 ont relevé des «signes de stabilisation» de
l'économie tout en relevant des «risques importants» pour la «stabilité
sociale» que constitue la montée du chômage. Le G8 et les grands pays émergents
ou le G14 se sont engagés à coopérer pour garantir une «économie mondiale
équilibrée, équitable et durable, au bénéfice de tous, notamment les plus
vulnérables». Ils s'engagent à résister au «protectionnisme» et à encourager
«l'ouverture des marchés pour les échanges et les investissements».
Ils affirment s'abstenir d'effectuer des «dévaluations concurrentielles»
de leurs monnaies et favoriseront «un système monétaire international stable et
qui fonctionne bien». La question du rôle du dollar reste encore taboue malgré
le souhait de la Chine, soutenue par la Russie, d'ouvrir un débat sur les
monnaies de réserve et le nécessaire passage à un système financier qui ne soit
plus dépendant exclusivement de la monnaie américaine. Le G8 semble avoir
estimé que pour l'instant cette délicate question est un débat propre à la
Chine et aux Etats-Unis, les excédents chinois finançant les déficits des
Américains.
Pressions sur l'Iran
Sur le pétrole, la volonté des Occidentaux «d'encadrer» le prix du
pétrole s'est heurtée au refus de la Russie, pays producteur, qui a déclaré se
refuser à toute «cartellisation» du marché du pétrole. Sur l'Iran, le G8 a fixé
une sorte d'ultimatum à Téhéran jusqu'en septembre, à l'occasion du sommet du
G20 à Pittsburgh (24 et 25 septembre). Le texte officiel ne parle pas de
sanctions mais certains dirigeants occidentaux ont fait savoir que c'est de
cela qu'il s'agit. Barack Obama a indiqué que le message du G8 à l'Iran était
que si Téhéran n'infléchit pas son attitude sur son programme nucléaire d'ici
la date butoir de septembre, «nous devrons prendre d'autres mesures. Nous
n'allons pas attendre indéfiniment». La déclaration sur l'Iran est sans
surprise.
Son caractère général doit beaucoup aux Russes qui ne voulaient pas
entendre parler de sanctions. Mais celles-ci sont implicitement évoquées. Rien
de nouveau pour Téhéran qui refuse de renoncer à son programme nucléaire. Le G8
de L'Aquila a été, sans surprise, l'occasion pour le colonel Kadhafi de dresser
sa tente. Mais on peut aussi constater que la tente du G8 n'est plus capable
d'abriter et de décider pour le monde.
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Posté par : sofiane
Ecrit par : MSaâdoune
Source : www.lequotidien-oran.com