19 morts, des dizaines de
blessés. C'est le bilan, encore provisoire, de l'attaque de l'armée israélienne
contre la «flottille de la liberté» à destination de Ghaza. Deux Algériens
feraient partie de ceux qui sont morts pour Ghaza. Les commandos de l'armée
israélienne ont sauté des hélicoptères sur le cargo turc Mavi Marmara et ont
commencé à tirer dès qu'ils ont touché le pont. Les derniers récits des témoins
avant qu'Israël n'organise le black-out et ne lance, en vain, une
contre-attaque médiatique destinée à présenter les victimes civiles comme des
agresseurs, sont édifiants. «Ils ont tiré directement sur la foule de civils
endormis», a accusé le mouvement Free Gaza, organisateur de la «flottille de la
liberté», dans un communiqué sur son site internet, après l'abordage du Mavi
Marmara, le «navire amiral» turc. L'envoyé spécial de la chaîne Al Jazeera a eu
le temps, avant d'être brutalement interrompu, de donner un récit clair de ce
qui se passait. «Je vous appelle en cachette, des centaines de soldats israéliens
ont attaqué la flottille de la liberté et les passagers du bateau à bord duquel
je me trouve se comportent avec beaucoup de courage», a indiqué le journaliste
Abbas Nasser. «Le capitaine de notre bateau est grièvement blessé et il y a
deux autres blessés parmi les passagers. Le sort de Cheikh Raed Salah, le chef
du mouvement islamique dans les territoires de 1948 et bête noire de Tel-Aviv,
était incertain en début de soirée, certaines informations indiquant qu'il a
été touché d'une balle dans la tête et qu'il serait dans un état critique.
La fermeté des dirigeants turcs
Le Haut comité de suivi des Arabes, la plus importante organisation
représentant les 1,3 million «d'Arabes israéliens», a appelé à une journée de
grève générale mardi et à des manifestations en Palestine occupée. La police
israélienne a pris les devants et s'est déployée avec force dans les
territoires occupés mais également dans les territoires de la Palestine
historique. L'opinion publique mondiale, y compris en Europe, en avance sur des
establishments fortement travaillés par la propagande sioniste, est indignée
par le comportement d'un Etat voyou, assuré, grâce au veto des Américains, de
l'impunité. L'image d'Israël, déjà dégradée malgré le formidable arsenal
médiatique mis à sa disposition, apparaît dans sa réalité. Israël qui ne craint
pas de réactions «excessives» de la part des Etats arabes – il faut rappeler
que le blocus contre Ghaza se fait avec l'aide de l'Egypte – a déjà perdu la
vieille alliance avec la Turquie. Les dirigeants turcs, qui enregistrent des
records de popularité dans le monde arabe, ont réagi avec fermeté. Le Premier
ministre Recep Tayyip Erdogan a dénoncé un «terrorisme d'Etat inhumain» et a
averti que la Turquie ne «restera pas inerte et silencieuse au sujet de cet
acte de terrorisme d'Etat inhumain». «Le droit international a été piétiné …
L'attaque démontre qu'Israël ne veut pas de la paix dans sa région», a-t-il
indiqué. De grandes manifestations ont été organisées en Turquie pour dénoncer
l'acte barbare. Le Conseil de sécurité de l'Onu devait se réunir, hier, alors
que dans le monde les réactions oscillaient entre la condamnation de principe
de l'attaque et les regrets contre «l'usage disproportionné» de la force. La
Russie a dénoncé une «violation grossière des normes du droit international»
alors que l'UE demande à Israël «une enquête complète» ! L'attitude américaine
est, sans surprise, très complaisante. Barack Obama a parlé à Netanyahu qui
venait d'annuler sa visite à Washington, pour lui dire sa «compréhension».
Auparavant un porte-parole de la Maison-Blanche a «regretté profondément» les
pertes humaines. Une réaction qui indique clairement qu'une résolution du
Conseil de sécurité condamnant Israël fera l'objet d'un veto américain.
Le passage de Rafah toujours fermé
Dans le monde arabe, une grande effervescence règne. Des manifestations
ont été organisées, certaines en Jordanie et en Egypte, appelant à rompre les
relations avec Israël. Le mouvement Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, a
dénoncé l'»attaque barbare» et a appelé par la voix de Sami Abou Zouri tous les
Arabes et les musulmans à se soulever devant les ambassades sionistes dans le
monde entier». Le carnage a en tout cas fait bouger les officiels, du moins au
plan des discours. L'émir du Qatar, cheikh Hamad Ben Khalifa Al-Thani, a appelé
«à briser» le blocus imposé par Israël à la bande de Gaza. «Les crimes
perpétrés aujourd'hui (...) nous rappellent, à nous tous, que le blocus est
injuste», a déclaré le chef de l'Etat du Qatar devant les participants à une
réunion économique à Doha, dénonçant l'attaque israélienne comme «un acte de
piraterie». Amr Moussa, secrétaire général de la ligue arabe, a condamné un
«crime contre une mission humanitaire» et a annoncé qu'une réunion se tiendra aujourd'hui
au Caire «pour adopter une position arabe collective». Les réactions
officielles sont jugées particulièrement molles par des opinions qui constatent
que certains Etats occidentaux sont plus critiques.
Le président égyptien, dont le
gouvernement participe de fait au blocus contre Ghaza, a dénoncé «l'usage
excessif et injustifié de la force par Israël et la perte de vies innocentes»
et semble se défausser de ses responsabilités en indiquant que «la
réconciliation palestinienne est la voie vers la levée du blocus et la fin de
la souffrance humanitaire des habitants». Au Maghreb, la condamnation est
unanime. Alors que la colère monte dans le monde arabe, on peut se demander si
l'Autorité palestinienne pourra – et au nom de quoi - poursuivre ce fumeux
«dialogue indirect» avec Israël. L'Egypte, qui construit un mur d'acier pour
enfermer davantage Ghaza, persiste à maintenir fermé le passage de Rafah. En
haute mer, des Turcs, des Européens et des militants du monde entier ont donné
une leçon de solidarité…
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Posté par : sofiane
Ecrit par : M Saadoune
Source : www.lequotidien-oran.com