Alger et Tripoli déterrent le passé colonial
Après le forcing d’Alger réclamant à cor et à cri des excuses officielles de Paris sur le tumultueux passé colonial que Sarkozy a soigneusement trempé dans un exercice sémantique, lors de sa dernière visite, en jouant à la realpolitik, voilà que Tripoli, par la voix de son Guide, exige elle aussi, lors du sommet UE/UA, ouvert dans la capitale portugaise, des compensations pour la période coloniale. Ainsi, Mouammar Kadhafi emboîte le pas à son homologue algérien, Abdelaziz Bouteflika, dont le ministre des Moudjahidin a tiré à boulets rouges sur le président français, réclamant de lui une reconnaissance officielle des exactions commises par l’ancien colonisateur. Mais, en faisant repasser les déclarations controversées du dirigeant libyen attendu en trombe pour une visite de cinq jours dans la capitale française, on comprend du coup cette diplomatie de deux leviers ou ce qu’on appelle «la diplomatie business» qui faisait renchérir le passif colonial autour du droit légitime à la compensation pour espérer décrocher en contrepartie des contrats juteux et tout bonnement une normalisation complète de ses relations avec l’Union européenne dont Paris en est le passage obligé.
D’autant plus que son fils, Seif El-Islam, a annoncé tambour battant que Tripoli voulait acheter pour plus de trois milliards d’euros d’avions Airbus, un réacteur nucléaire et de «nombreux équipements militaires». L’Algérie, première à déterrer la question du passé colonial de la France, a de son côté joué son va-tout économique dans un monde de pragmatisme, en opérant cette fois-ci un coup médiatique envers les opérateurs économiques français, espérant arracher des contrats assez conséquents (estimés à 5 milliards d’euros) en matière d’IDE.
Elle en obtient un accord-cadre entre Sonatrach et Total pour la construction d’un complexe pétrochimique à Arzew (Oran). Un investissement estimé à lui seul à 3 milliards de dollars. S’y ajoute la réalisation d’une centrale électrique à Terga (Aïn Témouchent) par le consortium Alstom-Orascom pour 800 millions de dollars. Quant à l’accord algéro-français sur le nucléaire, orienté sur le volet formation, il reste au stade de la réflexion malgré les déclarations d’intérêt des uns et des autres.
L’Algérie, souhaitant notamment un transfert de technologie dans ce domaine, refuse d’acquérir une centrale nucléaire clefs en main alors que Paris s’en est tourné déjà, avant, vers le Maroc et tout récemment vers la Libye avec la conclusion d’un accord sur le nucléaire au lendemain du dénouement de l’affaire des infirmières bulgares.
C’est ce qu’on appelle de la realpolitik affichée notamment par Sarkozy au premier jour de son investiture à l’Elysée, entretenue depuis même avec ses partenaires européens et outre-atlantique -les Américains- dans la guerre des gros contrats.
Abed Tilioua
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com