Alger - A la une

Djoudi Attoumi, merci pour tout



Avec la disparition de Djoudi Attoumi, c'est une certaine idée du combat pour la liberté que l'Algérie enterre. C'est également une certaine image du combattant que les nouvelles générations d'Algériens n'ont pas eu beaucoup de chance de rencontrer, d'entendre ou de lire. Pour cela, les raisons sont connues, elles relèvent même du lieu commun. C'est enfin un bonheur, celui de découvrir l'existence d'hommes, de militants et de témoins de cette qualité n'était finalement pas une chimère. D'avoir détourné, perverti, caché et édulcoré bien des faits, des hommes et des lieux de notre histoire récente, d'avoir fait des monstres d'authentiques héros et d'avoir glorifié de vrais lâches, on a fini par nous désespérer ou, dans le meilleur des cas, nous faire intégrer une sentence aussi légère que péremptoire : tous les héros sont morts, n'ont survécu que les faux soldats, vrais imposteurs. Puis, un regret pour beaucoup de monde, comme toujours : apprendre tard, très tard même si ce n'est jamais trop tard des choses et découvrir les hommes qui les mettent sur la place publique. Et d'admirer à la fois leur courage, leur éthique et leur talent. En l'occurrence, tout y est chez Djoudi Attoumi dont même le nom échappe à la redondance des faux dévots. Et la limpidité du parcours en plus, dont beaucoup ne peuvent pas se prévaloir. À 15 ans, il s'engage dans le mouvement national à Alger et à 18 ans, il rejoint le maquis dans la Vallée de la Soummam aux côtés d'Amirouche dont il sera l'assistant, avant qu'on lui confie d'autres missions dont la réorganisation de l'ensemble des maquis de la région. À l'indépendance, il a certainement été aussi discret qu'utile. Et quand il s'est retiré pour se consacrer au témoignage historique, il est resté dans l'espace où il a été à la fois l'auteur et le témoin privilégié. Il y a travaillé avec méthode, éthique et vérité. Il a autant contrarié qu'anticipé le mensonge et la falsification, tout en allant spontanément, naturellement, sur des sujets... craints ou interdits ! Et dans la vie, il devait certainement ressembler à ça. Le devoir de vérité collé à la bouche, sans calcul ni appréhension, on le retrouve ainsi avec Mohamed Bessa qui raconte : «Je me souviens qu'il avait débarqué dans mon bureau pendant que j'essayais déjà de me défaire d'une ennuyeuse audience avec un maire de ce qui ne s'appelait pas encore «l'Algérie nouvelle». Je fais les présentations : voici le maire de je ne me souviens plus quelle localité de la région d'Adekar, voici le secrétaire d'Amirouche. «Mon père était aussi moudjahid», crut bon dire le maire. «Quel est le nom de votre père '», demande Djoudi. C'était untel. «Non c'était un traître», laisse simplement tomber Djoudi. «Oui , mon père avait travaillé avec l'armée française mais sur instigation du FLN», dit le maire. «Non, ton père était un traître tout court sans que nous lui ayons rien demandé», réplique Djoudi. J'étais dans mes petits souliers, je craignais le pire mais il ne se sera rien passé. Le maire avait piteusement mis sa queue entre ses jambes et filé comme un chien galeux». Adieu, Monsieur Djoudi Attoumi, merci pour tout.S. L.
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