Alger - Revue de Presse

Dites seulement que vous êtes Algérien... !



Il ne fait vraiment pas bon être Algérien au Caire en ce moment et c'est le moins que l'on puisse dire. Vous me direz qu'il n'est pas non plus recommandé d'être originaire du pays des pyramides en Algérie à l'heure actuelle et vous aurez mille fois raison. La compétition sportive pour la qualification au prochain Mondial a tellement débordé de son contexte qu'elle a envenimé les relations entre les deux peuples pourtant assez proches. Depuis le match de samedi dernier entre l'Algérie et l'Egypte, le climat délétère s'est accentué un peu plus au Caire. Il suffit de décliner votre identité pour qu'aussitôt les reproches et les propos vexatoires pleuvent comme une pluie de grêle. Ce matin, le vendeur de journaux avec lequel votre serviteur a noué une amitié proportionnelle au nombre de journaux qu'il lui achète quotidiennement a cru bon de se fendre de quelques remarques sur la « violence » des Algériens avec une moue dédaigneuse. Un simple coup d''il à la presse du jour, qui s'étale longuement sur le « martyre » des Egyptiens en Algérie, suffit pour expliquer ce raidissement dans son attitude. Qu'à cela ne tienne, votre serviteur décide une sortie, direction le musée de l'Egypte pour voir de plus près à quoi peut bien ressembler la momie de Ramses II. D'entrée de jeu, l'un des policiers en faction devant l'entrée principale se permet, une fois mon passeport entre les mains, une série de remarques désobligeantes. Malaise. Une vingtaine de mètres plus loin, le préposé au tamponnement des tickets se croit obligé, lui aussi, d'y aller de sa pique désobligeante, alors que des touristes du monde entier sont accueillis avec le sourire. Je suis tenté de lui jeter son ticket à la face en faisant une croix définitive sur les trésors de Toutankhamon, mais je me dis qu'après tout, ce ne sont pas deux imbéciles qui vont me gâcher le plaisir d'une plongée dans les méandres de la civilisation pharaonique, l'une des plus prestigieuses du monde.La visite du musée terminée, place au shopping traditionnel précédant la rentrée au pays. Dans les magasins, il suffit d'ouvrir la bouche pour qu'aussitôt votre accent trahisse en vous le malchanceux qui n'a pas eu l'insigne honneur de naître à « Oum Eddounnia ». Dites seulement que vous êtes Algérien et vous verrez le sourire de votre serveur se muer en rictus. Vous aurez droit, dans la minute qui suit, à la liste complète des dégâts et des malheurs que vos compatriotes auront causés au « pays de la civilisation ». Pour une fois, chez nos amis égyptiens, l'attrait de la vengeance verbale passe avant celui de la livre. Un court instant, je suis tenté de ne plus décliner ma nationalité quand on me le demande ou de me faire carrément passer pour ce que je ne suis pas pour m'éviter les désagréments. Mais par bravade, je décide que ma fierté d'Algérien passera bien avant les blessures de mon ego. Néanmoins, dans les quelques magasins que je décide de visiter pour quelques babioles en guise de souvenirs, je ne m'exprime plus qu'en anglais. Ne plus être obligé de baragouiner en égyptien est déjà un acquis en soi quitte à passer pour un touriste espagnol ou italien à débourser un peu plus. La semaine dernière un journaliste d'un quotidien égyptien ' je ne sais si c'est Echourouq ou El Masri El Yaoum ' a tenté l'impossible pari de se déguiser en supporter algérien et d'arpenter les rues du Caire deux jours avant la rencontre du 14. Dans un long article publié à la une du journal, le reporter téméraire raconte les brimades, les propos vexatoires et les tentatives d'agression, avouant n'avoir échappé à la foule en furie qu'en se réfugiant dans un immeuble pour se débarrasser de ses peintures et de ses drapeaux algériens. C'est une anecdote qui en dit long sur le ressentiment des Egyptiens envers les Algériens. Elle nous renseigne également sur la responsabilité de certains médias dans le climat de tension extrême qui s'est installé entre l'Egypte et l'Algérie. Pour dire qu'entre le lynchage médiatique et le lynchage tout court, la frontière est tellement mince qu'on peut la franchir sans même se rendre compte.
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)